‹ [Magasin théâtralChapitre 1069 sur 1545 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

PEDRO, GUSMAN, un Alguasil, à la porte du fond, en dedans.

GUSMAN

Fabricio, mon cher, me l'a bien attesté. Ton espoir était vain, l'armée a résisté'. Et nos amis, sachant la fuite difficile, Chez leur ambassadeur ont pris tous un asile.

PEDRO

Chez leur ambassadeur ! Bien, bien, parfaitement ! ils sont souvé.s '....

Avec douleur.

Mais toi ? mais nous, mon cher Gusman ?. . . GUSMAN, secouant la tête.

Hum! pour qui se #)uvient d'un certain épisode, La comtesse n'est pas une femme commode! Son dernier secrétaire (un jeune homme charmant) !

Avec mystère. A disparu sans bruit... on ignore comment.

PEDRO

Placés sous son pouvoir, en butte à sa colère, Qu'allons-nous devenir?

GUSMAN, allant s'asseoir.

Ma foi, c'est ton affaire.. .

Je vois avec plaisir, pourtant, que sa maison Nous a jusqu'à présent tenu lieu de prison.

Gaiement.

Mais ne soyons pas liers de ces condescendances ; On ne fait rien gratis... on veut des confidences !

PEDRO, absorbé dans ses méditations.

Pour être quelque chose, en vain j'ai tout tenté, Le barreau, le commerce et l'université. Je n'ai pas même pu trouver, dans ma misère. Un emploi de commis. Ne sachant plus que faire,

Las de tant de refus, de tant d'espoirs trahis,

Avec une gaieté amère.

Pour vivre j'ai voulu gouverner le pays. Dans ce nouvel essai quel méconopte j'éprouve! La vie était mon but, c'est la mort que je trouve... Je connais la Berlips ; le glaive est suspendu!

S'attendrissant.

Pauvre mère, c'est vous, vous qui m'avez perdu ! Sans votre ambition, dont la cause m'est chère, J'existerais obscur, heureux comme mon père. La science, à coup sûr, est un bel instrument; Mais il en faut trouver l'emploi, le placement. S'il ne me nourrit pas, à quoi sert le mérite? Je dirais volontiers à qui me félicite : Ou prends-moi mes talents, ou tâche d'inventer Un état social qui me fasse exister. .. Cet état social d'équité, de bien-être, Quelque jour nos neveux en jouiront peut-être...

Avec un rire amer.

Nos neveux ! quelque jour!... En attendant, j'ai

[faim.

En attendant, je meurs; ô douloureuse fin!...

Avec emportement et rapidité.

Eh, quoi ! pas un emploi? nul moyen d'existence?

Avec lenteur.

Pas un vide à remplir dans cette Espagne im- Sacrifié sans cesse à des rivaux heureux, [mense?.. . Pour avoir cent fois moins, j'ai fait cent fois plus Hélas! j'exigeais peu de la bonté divine ; [qu'eux j

S'attendrissant.

Je ne voulais que vivre... Hier je m'imagine Que j'y suis parvenu; mais ne voilà-t-il pas Que mon sort se rattache à celui des états? Dans tous ces grands conQits, moi, chétif, je me Et ma tête va faire incliner la balance ! ! ! [lance,

Avec une gaieté sombre.

La veille sans abri, je meurs le lendemain En criminel d'état. . . J'ai bien fait mon chemin ! Des héros malheureux je vais grossir la liste;

D'un ton solennel.

Ma mort à l'univers apprendra que j'existe.

GiSM.*N, avec bonhommie, et en se levant. Peut-être que j'ai tort de parler de cela ; Mais si tu m'avais cru... nous n'en serions pas là! t'est la rage de faire...

PEDRO, le regardant fixement.

Eh! dis donc, je te prie, Crains-tu de mourir?

GLSMAN, vivement.

Moi ?. . . je méprise la vie ; Mon courage, mon cher, est au niveau du lien.

Hetuiubant dans sa nonchalance.

Mais il eût mieux valu ne se mêler de rien.

im:i>ui», s animant tout à coup.

Notre cause, après tout, n'est pas désespérée...

GUSMAN

Elle est belle!

PKDno.

Je tiens la victoire assurée ■Si je pouvais brouiller lierlips avec le roi; Et peut-être bientôt y parviendrai-je !

fiUSMAN, ricatiant.

Toi?

Un chétif vermisseau !

PEDRO, froidement.

C'est là mon avantage.

Sans être vu', je vois de près chaque rouage,

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