SCENE VIII
LOUISE, VALLERAY.
VALLERAY , l' examinant quelque temps avant de parler.
Vous avez désiré, comme moi, cet entretien secret, et je n'ai pas voulu le différer davantage : il devait avoir lieu entre nous, il doit être le premier et le dernier. J'ignore quel espoir coupable et insensé vous a conduite ici... [Louise fait un TKouyemen t.) Écoutez-moi d'abord. Je pourrais éclater en reproches, en menaces, et, justement offensé du défi audacieux que vous me jetez, vous ordonner de sortir ; mais ces reproches , je vous les épargne : en présence de mes torts que j'avoue, j'aime mieux oublier que vous êtes venue me braver. Si maintenant vous êtes troublée, remettezvous : mes paroles doivent être froides et sévères comme la résolution que j'ai prise; mais vous n'entendrez sortir de ma bouche aucun mot qui vous force à rougir.
LOUISE, le7itement et avec dignité.
Je vous remercie de vous rappeler à qui veut parlez. J'ai assez souffert, assez recueilli d'humiliations, pour trouver, au moins près de vous une apparence de respect, et, pendant que nous sommes seuls, pour remonter du rang de domestique qu'on peut chasser à celui d'une femme dont il faut écouter les plaintes, et quialedroitdc mettre des conditions à son silence, au lieu de recevoir l'ordre de se taire. Jetons tous deux le masque qui nous couvre aux yeux du monde : il n'y a plus ici ni maître ni servante. Quand vous veniez autrefois chez moi, je no vous forçais pas à me parler debout; aujourd'hui j'arrive chez vous, asseyons-nous, monsieur.
Elle s'assied.
VALLERAY, s'assBijant.
C'est bien... vous avez compris, je te vois, que désormais tout était fini... que ni larmes, ni prières, ne pourraient faire revivre un temps qui n'est plu et renouer la ciiainc brisée entre nous. L'ainerlunio et la fierté de voire lanttaco aïo in«lt9n(
LES SLITES D UNE FAUTE
â l'aise, je ne crains plus de blesser votre cœur, puisque, cosame le mien, il est devenu indifl'érent.
LODISE.
Oui, indifférent. Rassurez-vous : je ne suis pas venue pour essayer de rallumer un amour éteint depuis trois années.
VALLERAY.
Qu'attendez-vous de moi?
LOUISE
Une réparation.
VALLERAY.
Il fallait la faire demander sans venir la chercher vous-même.
LOUISE
L'auriez-vous donnée?
VALLERAY.
Si vous aviez eu ma parole...
LOUISE
J'y ai cru autrefois, je n'y crois plus... Sans doute, il vous eût convenu que je fisse de loin un appel à votre pitié ; mais me voici, et, quelque chose que votre orgueil ait à souffrir de ma présence, vous la souffrirez, monsieur.
VALLERAY.
Vous vous trompez. Égaré un moment, je suis revenu vite au sentiment de mon devoir : accusez-moi de cruauté , accablez-moi des noms les plus odieux, j'y consens ; mais vous partirez I
LOUISE
Et le secret que vous voulez garder?
VALLERAY, SB levant.
Amélie doit tout ignorer : je donnerais ma vie pour lui épargner un chagrin ; mais la tromper ainsi ! lui faire cet outrage ! . . . non, non, c'est impossible ! et plutôt que d'y consentir , s'il ne me restait que ce moyen, eh bien! je crois qu'au prix du repos de ma vie entière et de la sienne, je m'accuserais moi-même I
LOUISE
Vous lui diriez tout?
VALLERAY.
Oui, tout!
LOUISE
Vous lui diriez qu'il y a trois ans, avant de VOUS connaître, j'étais pure, innocente, et que VOUS m'avez perdue?
VALLERAY.
Oui.
LOUISE
Vous lui diriez de quels mensonges vous vous êtes servi pour me tromper, moi, qui ne vous connaissais pas? moi, qui devais porter un jour votre nom?... Vous me l'aviez promis!
VALLERAY
Je le dirais.
LOUISE, se levant.
Malheureux ! lui direz-vous aussi que l'enfant que vous avez recueilli est votre fiileî
VALLERAY.
lUfiUet...
LOniSB.
Oui, votre fille que j'ai arrachée de mes bras pour la déposer comme une orpheline à la porte de son père I... et à l'aspect de cette enfant, rien ne s'est éveillé en lui! Il s'est armé contre moi de froideur , il a pensé que je venais ici comme une femme perdue, mendier un sourire, une caresse! il m'a épargné ses reproches! et peut-être maintenant il doute encore
VALLERAY.
Ma fiUe 1
LOUISE
Sans elle m'auriez- vous revue? ne savais-je pas que j'étais délaissée et trahie? J'ai pleuré amèrement mon abandon, j'ai voulu mourir d'abord , mourir loin de vous, sans m'exposer à vos mépris; mais le pouvais-je ?... j'étais mère! Un sentiment nouveau, plus fort que la honte, me rattacha à l'existence, et j'ai juré de vivre pour ma fille, de lui donner un appui: j'ai juré qu'elle ne serait pas, comme sa mère, isolée dans le monde, sans défense, sans protecteur... et je la remets entre vos mains, monsieur, car vous êtes de moitié dans mon serment, et vous m'aiderez à le tenir.
VALLERAY.
Qu'avez-vous fait?
LOUISE
Mon devoir : ferez-vous le vôtre ?
VALLERAY.
Que demandez-vous ?
Rien pour moi, tout pour elle. Lorsqu'après trois ans de soins et de recherches, j'ai su qui vous étiez, Dieu m'a inspiré la pensée que j'ai eue : si l'on exigeait de moi un sacrifice, une réparation , je ne pourrais donner que ma vie... vous, monsieur, vous êtes riche...
VALLERAY.
Je vous comprends : le sort de cette enfant sera
assuré comment? je ne sais encore; mais je
le dois, je m'y engage. Je l'embrasserai une fois en secret, et vous partirez ensuite avec elle.
LOUISE
Non, monsieur... voici ce que j'attends de vous : vous lui donnerez un nom, une fortune, un rang dans le monde, enfin vous ferez ce qu'on fait pour ses enfans... Vous garderez votre fille adoptive.
VALLERAY.
Je ne le puis pas...
LOUISE
Vous rendrez à l'enfant ce que vous avez ôté à la mère, une famille, et le droit qu'a toute jeune fille de marcher tête levée et sans rougir. A ce prix, à ce prix seulement, je m'éloigne! Le jour où vous aurez dit solennellement: Que cet enfant soit le mien, je l'adopte ; ce jour-là, vous aurez acheté votre repos et mon silence.
VALLERAY» uvec fierté,
Pauline l...
LOUISE
Je m'éloignerai... Il ne restera ici rien de moi, pas même un souvenir dans la pensée de ma fille, dont je me souviendrai toujours... personne ne s'inquiétera de moi , ne vous demandera ce qu'est devenue votre servante ; ma trace est-perdue dans le monde, et il- est assez grand ponr qu'une infortune de. plus y trouve sa place. Si je vivrai ou si je mourrai, peu impûrle;;-ma tâche sera remplie , ma fille sera s?iuvée ; Dieu pour moi là-haut, son père ici-bas pour elle,. ^« ^ p
VALLP.RAY, ému.
Que m'avez-vous appris? Ah ! laissez-moi voir cette enfant !
LOOISE.
Oui, oui... c'est une bonne pensée que vous avez... oui, à genoux près d'elle, avec moi, vous
ferez le serment que je vour. demande... Venez... venez...
VALLEHAY.
Quelqu'un! Amélie, peut-être . Laissez-moi, laissez-moi.
. Louisii:.
Et votre promesse?
VAKLEKAY.
Silence! c'est elle... Si elle entrait I troublés ainsi tous deux... si elle nous voyait?...
LOUISE, monlrant la chambre à droite.
Je vous attends là.
VALLERAY.
J'irai... j'irai... Silencei-i.i.j. > "■
'■•A At- Il sort parle l'oud.
LOUISE, le Xjefjardant sortir.
Ah ! je sens que je l'aime encore!
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