‹ [Magasin théâtralChapitre 1118 sur 1545 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

Mme VALLERAY, LOUISE.

LOUISE

Madame a sonné ?

Mlle VALLERAY.

En effet, je me rappelle, tout-à-l'heure... oui, venez, c'est à vous que je veux parler.

LOUISE

Vous paraissez bien émue?

M™« VALLERAY.

Ce ne sera rien : me voilà remise, et je reprendrai assez de calme pour l'entretien que nous allons avoir ensemble.

LOUISE

Un entretien, madame ! que s'est-il donc passé ?

M™* VALLERAY.

Je vais vous l'apprendre. Hier, quand vous vous êtes présentée chez moi, je vous -ai accueillie avec bonté : vous n'aviez pas d'amis , pas de protecteurs; et, sans autres recherches , je m'en suis rapportée à vous seule. Une confiance si complète méritait d'être mieux reconnue, car vous m'avez trompée.

LOUISE, à part.

Grand Dieu ! serait-elle instruite ?

M"*" VALLERAY.

Et d'abord, vous vous êtes annoncée ici sous un nom qui n'est pas le vôtre : vous en portiez un autre à Lambzac.

LOUISE, à j)art.

Elle sait tout!

Vous le voyez, on est informé ici de ce qui vous concerne , et vous devez par un aveu sincère de vos torts...

LOUISR.

Des torts! je n'en al pas, madame.

Umo VALLERAY.

Comment!...

LOUISE

Je n'en ai pas, vous dis-je; et si j'ai osé venir dans cette maison, c'est que j'y étais poussée par une sorte de fatalité, par la Providence, peut-être, qui en me montrant un devoir à remplir, préparait en effet le châtiment du vrai coupable.

M"" VALLERAY, (1 part.

Que dit-elle? quelle exaltation dans son langage? {Haut.) Rcmcttoz-vous,

LFS SilTES D'UKE FAUTE.

LOUISE, avec entraînement.

Ah ! je ne voudrais pas aggraver à vos yeux les torts de celui qui m'a perdue; mais sans cela, pourtant, comment me justifier? il faut bien que ]C vous le dise, madame : j'étais toute jeune encore, il y a trois ans; j'étais seule, sans protections, sans expérience , quand il vint à moi , endre , aimable , empressé, armé de toutes les cssources de la séduction , et qu'il m'offrit son cœur et sa main. Oui, madame, il se disait le fils d'un négociant; il jurait de m'aimer toujours et de n'aimer que moi seule. Pouvais-je résister, moi, pauvre fille, à qui ce langage était inconnu? Je me suis fiée à lui , je le croyais sincère, je le croyais libre! hélas! j'ignorais, madame, car j'en aurais eu horreur, j'ignorais qu'il lut marié.

M'"<^ VALLEUAY.

Marié, dites-vous? il était marié? De quel homme parlez-vous?

LOUISE

Quoi ! vous ne le savez pas ?

M™« VALLEUAY.

Gomment le saurais-jc?

LOUISE

Je ne l'ai donc pas nommé?

«■"<= VALLEUAY.

Non ; mais à vos paroles , à ce trouble , il semblerait... que je le connais... et que... LOUISE, à part.

Imprudente! {Haut.) Ah! madame, ne supposez pas... je me serai mal exprimée... le désordre de mes idées... l'égarement.... j'ai tant souffert 1... ( A part. ) 0 Dieu !

M""^ VALLERAV.

Achevez! il y a trois ans, dites-vous?...

LOUISE

Ai-je dit trois ans?... plus, je crois, oui, beaucoup plus.

M""'. VALLEP.AY.

Ce n'est donc pas lui?

Qui donc, madame?

M'"<= VALLERAV.

Ahl je suis folle! jamais il n'a été dans ce pays... quel soupçon ridicule! j'en ai honte à présent. Remettons-nous. {A Louise.) Il y a ici quelqu'un...

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