SCENE VIII
M«a VALLERAY , seule.
La vie est un mensonge 1 Si j'étais morte hier, je me serais endormie la plus heureuse des femmes! et aujourd'hui... Je crois que je lui aurais pardonné l'inconstance... mais la fausseté 1 ..Ah! qu'il est cruel de se voir arracher une illusion de sept années, et de rejeter de son cœur celui quon y avait placé si haut! Partons; mieux vaut encore ne plus le voir que de le voir coupable et avili! partons ! Demeure jadis sainte et maintenant profanée , tu seras le tombeau de mes joies, de mes espérances, de mes souvenirs. Ici encore, où tout me rappelle un bonheur qui n'est plus, il y a des larmes dans mes yeux et de la faiblesse dans mon cœur; mais une fois hors de cette maison, mes yeux redeviendront secs, et mon cœur sera de marbre. Allons.
Elle va pour sortir.
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M°" VALLEUAY, PROSPER, LOUISE au fond.
Il veut l'tnipcclicr J'cnlicr.
LOUISE
Laissez-moi lui parler.
«me VAI-LERAY.
Qu'cnlcnds-jeî vous ici?
i-ouiBE, au fond.
A genoux, oui, c'est à genoux, madiroc, que je vous prie de ne pas me chasser une seconde fuis.
M""-' VALLERAY.
Ah! levez-vous.
LOUISE
Cette attitude est la seule qui me conT:enneen présence de celle que j'ai tant offensée.
M""* VALLP.RAY.
Vous vous le rappelez bien tard.
Sur un nouveau signe de M""» Vallcray, elle se relève LODISE.
Oui, j'aurais dû dévorer mon humiliation, j'aurais dû dépouiller toute fierté, toute passion amèrc, devant vous, madame, qui êtes si digne de respect, devant vous, la bienfaitrice de mon enfant.
Sjme VALLERAY.
Pourquoi chercher à me revoir? Que me voulezvous? Le lien qui nous a rapprochées est un crime ; j'ai hàtc de le briser : je ne vous connais plus. N'est-ce pas lace qui nous convient le mieux à l'une et à l'autre?
LOUISE
.Te serais, en elïct, bien méprisable si je voulais VOUS intéressera moi, madame. Ce n'est pas pour moi que j'implore la faveur d'être entendue, c'est pour vous-même, pour lui.
ÎI^lS VALLERAY.
Pour lui!
LOUISE
J'ai un dcvoirà remplir, un devoir de conscience, qui me presse comme si je touchais à ma dernièro heure. C'est ce qui m'a donné la force de chercher ce pénible entretien. Celui que j'ai accusé par ma présence, c'est à ma bouche de le justifier. Dieu sait ce qu'il m'en coûte! Vous le croyez coupable de perfidie, et cependant, s'il a trompé une femme, ce n'est pas vous, madame , car il vous aime et n'a jamais aimé que vous.
M™e VALLERAY.
Ah! cessez de le défendre et do vouloir m'abuser! Comment pourrai-je ajouter foi à vos paroles?
LOUISE
Vous devez me croire, madame, moi plus que personne. S'il m'aimait, je ne serais pas femme à vous faire un pareil sacrifice. Si seulement il m'eût aimée un instant , j'espérerais encore réveiller une passion mal éteinte; et qui sait, folle que je suis, si j'aurais pensé à vos larmes et à voire désespoir? Ah I croyez-moi, si je vous dis de l'aimer encore, c'est qu'il ne m'aime pas, c'est qu'il ne m'a jamais aimée.
M™e VALLERAY.
LOL'ISE.
C'est la vérité, madame : et vous l'avez devinée, vous l'avez dite ce matin, lorsqu'on me chassant avec indignation, comme je le méritais, vous me maudissiez, moi seule, comme la seule coupable : oui, c'est moi qui l'ai aimé la première. Je me suis attachée à lui, comme son mauvais an;;e, pour le pcrdrol Voili\ des aveux bien huinilians; et pourtant ce n'est pas tout encore: je lisais sa pensée dans ses regards inquiets • ic voyais qu'un autre amour l'occupait aoorès df
LES SUITES D'UNE FAUTE
moi , et une fois j'ai surpris sur ses lèvres un nom...
Mme VALLERAY.
Le mien ?
LOUISE
le vôtre. Le jour même où il allait fuir loin de moi, pressé sans doute du désir de vous revoir, ce jour-là son front était radieux.
Uine VALLERAY.
Ahl
LOUISE
Pas un regret pour celle qu'il abandonnait...
Mine VALLERAY.
Il serait vrai !... Mais que dis-je? lui qui, en vous revoyant...
LOUISE
Il a eu peur pour vous. Je ne lui ai apparu, moi, que comme un fléau, comme un remords vivant... je l'ai observé avec mon amour et ma jalousie... L'enfant n'a pas obtenu grâce pour la mère... S'il vous a pressée de l'adopter, c'étai» pour me chasser plus vite!... Oui, madame... ah l ne me cachez pas votre émotion... point de pitié pour une rivale. Moi aussi , je vous ai détestée quand j'ai appris que vous étiez sa femme, j'ai formé mille projets de vengeance!... devenue mère, je n'en ai eu qu'un seul, j'ai voulu vous forcer à protéger mon enfant.
Miae VALLERAY.
Moit
LOUISE
Vous ne savez pas comme une mère aime sa fille I et moi, je vous donnais la mienne ! Et maintenant encore, si je prends pour moi la honte et le mépris, si je suis à vos genoux, si je pleure et supplie, vous voyez bien, madame, qu'il faut me tuer pour m'empécher de prononcer le seul nom qui soit dans mon cœur et sur mes lèvres!...
«■"« VALLERAY.
Assez!... Espérez-vous m'attendrir?
La nuit vient graduellement justju'à la Ca. LOUISE.
Ah! VOUS pleurez, madame! Je vous ai appris qu'il y avait une douleur plus grande que la vôtre, des larmes plus amères que vos larmes. Vous m' écouterez , et vous oublierez tout : un instant d'égarement, mon amour insensé et coupable, ma présence ici, pour ne vous souvenir que de cette enfant que vous aimiez sans la connaître, et de lui qui me méprise , qui vous aime toujours et qui mourrait si vous le repoussiez...
jime VALLERAY.
Je ne dois plus le revoir; tout est fini entre nous... il a quitté cette maison... il a fui loin de moi.
Le voici!...
Valleray est entre pendant les derniers mois cl s'of ^luie contre la tahle.
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