‹ [Magasin théâtralChapitre 1160 sur 1545 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LAVINIA, seule.

Ils s'en vont,., et livrée au crime solitaire... Dieux cruels ! quel est donc cet horrible mystère? Ne me trompé-je pas?... était-ce Lepidus? Le doute vient troubler mes esprits éperdus.. Je ne puis concevoir une telle infamie! Elle s'arrête un moment , essuie à son front une sueur glacée, et reprend avec une espèce de stupéfaction :

— Est-ce que, par hasard, je serais endormie? Vous donc qui m'enlacez de mille affreux détours. Qui crispez sur mon cœur vos serres de vautours.. . 0 songes, laissez-moi! laissez-moi! je succombe.

— Ces murs sont froids... du moins si c'était une

[tombe!

On vient... H n'est donc pas, ô triste vérité, De rêves plus hideux que la réalité!

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sci:ne VI.

LAVINIA, ANNIUS, entrant par la porte de droite, et paré avec la dernière élégance.

ANMUs, à part. Le silence est partout, et j'arrive... C'est elle! Plus pure en sa beauté que Vénus immortelle. Le dieu de rcloquence a gagné mon procès Et plus loin que l'attente est allé le succès. Dès demain le sénat, tout fier de ce prodige. Décrétera la mort du vainqueur de l'Adige. Le peuple, en ma faveur prompt a se soulever, M'idolàlic... A présent rien ne peut m'entravcr... Il viciit à Lavinia et s'accoude sur le siège où elle est tombée.

— Et toi, beauté sans cesse à mes songes présente, Toi qu'a mise en mes mains une ruse innocente.

l.vviNiA, avec répulsion.

Oh!...

AîiSivs, continuant. [géant,

Quand les dieux marins traînent, moitié pion- La conque d'Amphitrile au sein des flots d'argent, Lorsque, les yeux voilés et mollement couchée, Oubliant sa ceinture à moitié détachée, La déesse sur l'eau laisse aller ses pieds blancs Que dore le soleil de ses rayons brûlants. Le dieu de l'Océan derrière elle s'élance. Et commande à la vague un amoureux silence. Déesse, à tes coursiers j'ai montré le chemin, Et j'ai dit de se taire à l'Océan romain. Va! je me sens encor les fiertés de la vie. Tout à l'heure, à mes pieds, une foule asservie, Avec des cris, rendait hommage à ma grandeur; Nais, moi, je ne songeais qu'à vaincre ta froideur. Foule, disais-je en moi, courtisane insolente, rius folle en tes fureurs qu'une mer turbulente, Certes, tu ne vaux pas, insensé tourbillon, La peine que l'on prend pour te mettre un bâillon. Que je préfère à tes faveurs, foule traîtresse, Le iront pur, les yeux noirs de ma belle maîtresse ! Cette fraîcheur sans fard, ce corps voluptueux, Et ce regard tout plein d'éclairs impétueux ! Déesse, de mon cœur daigne accepter l'hommage; Assez longtemps il s'est ravi de ton image ; J'ai vécu trop de jours en froid contemplateur. Sois a celui qui l'aime.

LAViMA, se levant, et d'une voix altérée. Oh! jeune sénateur, Toi qui de ton esprit fais un infâme usage. Ton mépris de la foule est d'un triste présage Pour l'èlre misérable à l'aimer condamné. Car tu n'as rien au cœur qu'un orgueil ellréné. Non, je t'aime pas, l'iomain, je te méprise. Comment stiis-jc chez toi? l)is, par quelle surprise M'a-l on traînée ici, seule en ce lieu caché. Comme une indigne esclave achetée au marrhé? Koniain, si c'est ainsi que ton amour procède. Aux Phrynés du forum permets (jue je le cède. D'une lâche action .sachant le repentir. .Vuras-tu la fierté de me laisser sortir? A^?lll;s, l'ai iClant au pasiaye.

Pc:!4Ci-lu m'élonner avec ce froid langage?

Quand j'ai, do ton sourire acceptant le présage, Vu, sans m'en émouvoir, mon succès compromis. Pensais-tu que je du.«se accepter ton mépris? Ah! si ta bouche fut (i'accord avec ton âme En offrant à mon cœur l'espoir dont il s'enflamme. Viens, et foulant aux pieds tes scrupules vaincus, Accepte le transport des filles de Bacchus. Mais si tu m'as trompé, si ta voix de syrène A voulu seulement m'éloigner de l'arène. Prends garde aux châtiments mornes et ténébreux ; Car se jouer de moi c'est par trop dangereux. Je suis faible parfois devant l'humble innocence; Maisquand vientà tomber la ruse en ma puissance, Je venge en la frappant mon orgueil irrité. Et je la foule aux pieds avec férocité. Dis, veux- tu me laisser comprendre ton silence?

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