‹ [Magasin théâtralChapitre 1162 sur 1545 · I.AVIMA · texte numérisé non relu

I.AVIMA

Oh! par pitié, laisse-moi fuir d'ici!

Jeune homme, je le sais, je suis à ta merci ; Mais, câlinant pour un jour celle fougue insensée, Eloigne tes transports de ma frayeur glacée, V.l jugeant par le tien mon cruel abandon, 'fu voudras me donner la mort ou le pardon. Va, si d'un fiel amer ton âme est imprégnée, Les cuisantes douleurs ne m'ont pas épargnée; l'.t, lors(pie mes amis m'apprennent à pleurer. H ti'est plws que toi seul que je puisse inqilorcr. l-aisse r.iliuer les sens, apaise cet orage Qui me ferait douter même de ton courage;

Et, sans charger Ion cœur d'un nouveau repentir, Prends mon sang, prends ma vie ou laisse-moi ANMUS. [partir.

Oh! ton émotion suppliante m'éclaire:

Mon amour te fait honte, et tu veux ma colère... Viens.,.

LAVIMA.

Laisse-moi partir!

ANNIUS

Jamais !

LAVINIA, se reculant avec horreur'.

Monstre odieux!

Crains-tu pas d'attirer la vengeance des dieux? Nul ne fuit ici bas leur grandeur implacable. Et Ncmésis frémit derrière le coupable.

ANNius, souriant.

Mots sonores!

LAVINIA

Pitié ! laisse-moi fuir I

ANNIUS

Jamais!

M'aimcs-tu?

LAVINIA

Laisse-moi !

ANNIUS

M'aimes-tu ?

LAVINIA, se retourne avec un élan de colère im" pélueuse.

.Te te hais.

De tous les déshonneurs j'accepte la torture. Pour le droit d'insulter ta lAche dictature. Pour grandir ton forfait en proclamant ici Que je te hais!

Annius, Lavinia.

ANNIUS, à part.

Allons, je l'aime mieux ainsi.

LAVINIA

Est-ce donc que je dois profaner ma prière Dans l'antre de l'hyène à la dent meurtrière? Un jour nos sénateurs, dans le temple des lois, Se virent investis par des brigands gaulois : Pas un d'eux ne s'émut de cette populace. Et tous ces grands vieillards moururent à leur place; Car celui-là que rien ne peut plus secourir Est à demi vainqueur quand il sait bien mourir. ANNIUS va froidement à la porte du fond, l'ouvre et parle à ses esclaves assemblés.

Vous, esclaves de Gaule, à la force athlétique, l\angez-vous en dehors sous le dernier portique : Ceignez autour de vous des glaives bien trempés, Et, si quelqu'insolent vous approche, frappez !

coRAX. [pleure

Maître, un vieillard tremblant qui menace et qui Vient au seuil du logis d'arriver tout à l'heure.

ANNIUS

Frappez I

LAVINIA

0 bon Titus!

ANNIUS

Frappez !

LAVINIA

0 nuit d'effroi!

Malheur à toi, Cimber, malheur !

ANNIUS

Elle est à moi.

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