BABET, LE MARQUIS, CHICHOTTE
dans la chambre à yauche.
BABET, ayant ouvert la porte au marquis. Monsieur, je ne conçois pas une pareille insistance. .. Que me voulez-vous?
LE MAiîQUiS. Vous m'aviez permis de me présenter, hier, h votre loge; je devais me trouver seul avec vous. Je viens vous supplitr de me dire pourquoi vous m'avez si crueilcnient fermé votre porte.
BABKi. J'ai chargé .M. le baron de Swccrls de vous expliquer mes motifs; je sais qu'il s'est acquitté de sa mission.
LE MARQUIS. Babet, je vous en supplie, cousentcz à fuir en France avec moi.
BABET. Que sont devenus ces beaux prin-
cipes de morale dont vous faisiez un si pompeux étalage, mon maître en philosophie?
LE MARQUIS. Je jure de vous épouser.
BABET. Oublicricz-vous, par hasard, que vous êtes marié ?
LE MARQUIS, balbutiant. Mon mariage...
Babet... mon mariage... n'a jamais... existéc, des raisons...
BABET. Quej'entrevois.que je comprends, monsieur... {À part.) C'est donc vrai!... {Haut.) Vous avez forgé un obstacle imaginaire à ce que vous regardiez comme le plus ardent de mes vœux. L'offre de votre main, naguère si flatteuse pour moi, n'est plus qu'une injure aujourd'hui... c'est le comble de l'offense.
LE MARQUIS. Babet !
BABET. Vous croire obligé de jouer une pareille comédie! oh! monsieur, monsieur!
LE ?,îABQUis. Chère Babet, je vous en supplie, écoutez-moi...
BABET. Je n'entends rien.
LE MARQUIS. Si VOUS cusslcz été seule au monde.. .
BABET, raillant. Alors, vous m'eu.ssiez épousée à la face de l'univers , n'est-ce pas?
LE MARQUIS. Qu'en pareil moment la plaisanterie est cruelle!,.. Oui, sans votre famille...
BABET , avec dignité. Vous savez , monsieur, que mon devoir m'appelle à l'Opéra , permettez...
LE MARQUIS. Oui, l'heuvese seraécoulée... j'ai ma voiture...
BABET, à part. Ciel ! {Haut.) Je ne puis accepter, monsieur... {vivement) d'ailleurs, j'attends mon frère d'un moment à l'autre, et vous concevrez que voire présence ici...
LE MARQUIS. J'eutends... Un dernier mot, Babet!... consentez à venir en France avec moi, et nous partons à l'instant. Aussitôt arrivés, je jure que devant Dieu.,.
BABET. Un mariage secret ! je n'en veux pas... Oh! non, cent fois non ! je ne serai l)as marquise à ce prix ! Je le serai ici, pour tous, ou point, maïquise affichéesur le mur, coiume l'est Babci la danseuse.
LE MARQUIS. Mais vous n'ignorez pas que j'ai présenté à la cour et à la ville la fausse marquise d'Argens; je ne puis donc vous y présenter sans encourir les plus cruelles disgrâces.,, qui sait même si, dans son juste ressentiment, le roi ne porterait pas atteinte à ma liberté?
BABET, C'e.sl une chance, que vous avez bien courue pour ne pas m'épouser... Mar- (piis, vous venez do me dire votre dernier mot, voici le mien : Pour m'obtenir, il faut me demander à mes parents; il faut tpie le mariage se fasse à Berlin... la cérémonie
LA FAMILLE COCHOIS
achevée , je m'engage à vous suivre partout où il vous plaira de me conduire, mais sous le titre de marquise d'Argens.
LE MARQUIS. Réfléchissez, Babet...
CABET. Je n'entends plus à quoi que ce soit... oui ou non !
LE MARQUIS, à part. Le frère va venir, plus un instant à perdre. {Haut. ) Oh ! c'est une tyrannie! Maudit soit le jour où mes yeux rencontrèrent les vôtres ! maudit soit mon amour! maudite soit votre coquetterie! c'est elle qui a allumé une passion qui m'a fait fouler aux pieds tous les devoirs , qui a troublé à jamais mon repos... Mais, puisque je n'ai pu vous Uéchir par les plus tendres comme par les plus honorables propositions, de gré ou de force il faudra bien... {Chichotte entr'ouvrelaj^orte, quand du dehors dans la cour, à gauche, on entend M"" Cochais crier : Babet ! Babet !)
Chichotte referme doucement la porte , sans être ni vue, ni entendue.
BABET. Ma mère !. .. au nom du ciel, marquis, entrez ici.
LE MARQUIS , à part, avec joie. C'est sa chambre !
BABET? iMafamilIe déjà irritée contre moi. .. ma mère surtout... je serais perdue !
LE MARQUIS , d'un ton hxjpocrite. Plutôt mille morts que de vous compromettre!.... {A part.) Cette fois, je ne serai peut-être pas débusqué. (// entre, à droite, dans la chambre de Babet. On entend 31"''' Cochais crier dans la cour : Babet ! allons vite, il est l'heure, descends ! )
a\'W\VVU\\VVa\V\/VXWW\/',\r\\"\V\VVA.XVVV\VV\V\VlA'î,A/VVVVl\V\V'tV
SCÈ^^E YII.
CHICHOTTE, BABET.
Babet va pour ouvrir la fenêtre à gauche; Chichotte l'arrête.
CHICHOTTE, bas, à Babet. Gardez-vous de répondre!... Portez ce paquet au marquis... {le paquet de Laulau) que, sans perdre de temps en vaines quesiions, il mettele costume de votre frère. Dites bien à M. d'Argens qu'il faut cela pour vous sauver... Accordezlui sa grâce à ce prix... Allez et revenez; je vous dirai le reste pendant que le marquis s'habillera... Surtout, qu'il ignore ma présence ici... Allez !
BABET, prenant le paquet des mains de Chichotte, bas. Mais ma mère...
CHICHOTTE, bas, avec aplomb. Cinq minutes encore à s'impatienter en bas... le temps de monter, . . et moi qui suis là pour parer à tout.. . Entrez...
Babet entre à droite avec le paquet.
VVVVt\VVV\\VVVV^V\/VVViVVVVVUVVUtVVVVVVVVVVVVVlV\\\VV\\\VVVV