‹ [Magasin théâtralChapitre 1221 sur 1545 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

LE BARON, CEÏCHOTTE ; ils entrent par la droite.

LE BARON. Cela s'est donc bien passé dans la maison Cochois?

CHICHOTTE. Divinement, baron... Et le marquis? qu'en avez-vous fait?

LE BARON. Je ne l'ai pas vu.. . je m'en suis bien gardé ; mais affublé du costume d'Arlequin, il s'est, comme bien vous le pensez, laissé enfermer, sans dire mot, dans mon cabinet, où il est gardé à vue.

CHICHOTTE. Croyez-vous que Babet soit bientôt prête ?

LE BARON. Avant cinq minutes, elle ira chercber le marquis, et l'amènera ici, le tout suivant vos instructions. A propos , pourquoi avoir choisi cette pièce, qui est la loge de Loulou ?

CHICHOTTE . Afin qu'en voyant sortir d'ici le marquis, dans son accoutrement d'Arlequin, les gens du théâtre ne se doutent de rien, et soient bien convaincus que c'est Loulou qui entre en scène.

LE BARON. Comment, ma belle! vous voulez absolument faire danser ce pauvre marquis sur le théâtre ?

CHICHOTTE. Je le veux, il le faut.

LE BARON. Mais s'il allait estropier son pas?

CHICHOTTE. On dit qu'il le danse d'une façon fort comique. Et d'ailleurs, est-ce qu'on estropie quelque chose aujourd'hui ? On ne verra que le nom de Cochois, et le succès est au bout.

LE BARON. Mais s'il arrivait maintenant dans sa loge....

CHICHOTTE. Loulou?... il court après moi, et quand il arrivera, le garçon de théâtre que vous avez mis à ma disposition saura bien nous défendre d'une surprise.

LE BARON. Ah ! oui, Georges... il est intelligent, n'est-ce pas? Mais quelle sera la conclusion de tout ceci ?

CHICHOTTE. Je vous l'ai dit vingt fois depuis ce matin, baron : le mariage du marquis avec Babet.

LE T.ARON. D'Argens ne le voudra pas.

CHICHOTTE. Il faudra bien qu'il le veuille, lorsqu'après avoir dansé, il s'agira de reparaître sans masque sur la scène, devant le public et le roi!... Pour se tirer de là, le marquis , déjà fortement épris de Babet , consentira à tout ce qu'on exigera de lui.

LE BARON. Babet elle-même voudra-t-elle se prêter à cette espèce d'escamotage?

CHICHOTTE. Elle hésitait. « Le marquis » cherchait bien à vous enlever, ma petite, » (lui ai-je dit). Et soudain ses scrupules, vrais ou simulés, se sont évanouis comme par enchantement.

LE BARON. Voyez donc!... est-elle intrigante, cette Chichotte !

CHICHOTTE. Nous sommes deux, moncom~ père.

LE BARON. Dites que vous m'avez forcé la main, en me menaçant d'aller conter à la petite Gogo que je suis marié.

CHICHOTTE. Mais, mon cher monsieur, si j'expose l'une par mon silence, je veux au moins sauver l'autre... Capitulation de conscience, baron.

LE BARON. Ah ça, vous tiendrez votre parole, comme j'ai tenu la mienne : vous allez partir de Berhn?... Vous concevez que la bienséance... la morale....

CHICHOTTE. Oui, oui, je partirai, baron. {A part.) Ah! tu veux de la morale... eh bien, tu en auras... [Haut. ) Où irai-je, par exemple? je n'en sais rien.

LE BA.RON, lui donnant un papier. Voici votre itinéraire.

CHICHOTTE. Que vois-je! Un engagement de première chanteuse pour Milan... Signé Salimbeni!... Comment?

LE BARON. Par mon intermédiaire, Salimbeni sollicitait ie privilège de .Milan ; le Courier de ce matin m'a apporté sa nomination ; cinq minutes après, vous étiez engagée dans sa troupe. Vous partez ensemble, celte nuit.

CHICHOTTE. Ensemble! Honni soit qui mal y pense!... Touchez là, baron, ça me va.

Entrée de Georges.

LE BARON, le voyant. Voici Georges qui vient nous avertir... Sauvons-nous.

Il sort précipitamment, avec Chichotte, par la petite porte à droite.

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