SCÈNE TH
^A REINE, seule.
J'ai troublé pour un jour le calme rie ses sens ; Ma visite interromi)l ses travaux innocents. Belle et timide enfant, Jane, que je t'envie!... Que je ch.ingerais bien mon orageuse vie Pour tes jours occup(is, vigilants, radieux, [lieux! Doux et purs, comme l'air qu'on respire en ces Jechangerais...maisnon.. jeperdraisa l'échange.; L'ivresse de l'amour contre la paix de l'ange!... Non, non... à moi le trône et tous les coups du La royauté ppsinte et l'amour de Guilfort... [sort, Cet éclair de bonheur illuminant l'orage, A moi!... Pour lady Grey, les rêves de son âge... Le calme dont son front sait si bien s'embellir! .. Mais pourquoi l'ai-j" vue en m'écoutant pâlir?... Jane (irey ma rivale!... ah! pour cette pensée, Pour ces doutes jaloux je suis trop haut placée. • Je n'ai point de rivale... et d'une trahison Ma propre «li-nité me défend le soupçon. Ce serait insulter et mon r ing et moi-même ; J'ai pour me rassurer le don d'un diadè ne! Dans le cœur d'un amant ce don parle pour moi : On préfère toujour.s celle qui nous fait roi! Et des a^ibitims j'ai trop l'expérience Pour insulter ma gloire avei: ma défiance, [tour; Puisque j'aime Giilfort, c'est qu'il m'aime à son Du haut de mon pouvoir je commande l'amour. Loin de moi des tourments que ma grandi-ur con- Guilfort!... Guilfort!... [damne.
Elle s'accoude sur la statue, et prend le livre grec resté sur le piédestal.
Des vers 1... des vers de lady Jane î Je reconnais sa m lin : elle pleure une fleur; Fiction d'un enfant.... fugitive douleur. Soupirs h irmonieux d'un cœur pur et sensible...
Elle lit.
Oiei: ôcieliqu'ai-jelu?... mais non... c'est impos-
[sibie!...
Elle lit de auuvcau.
« Fleur, console-toi de ton sort ; » Et pour échapfier à l'orage, » Repose près de mon image, » Sur le cijuur aimé de Guilfort. »
Relisant.
» Repose près de mon image, r- Sur le cœur aimé de Guilfort! »
C'est elle!... oui, oui, c'est bien sa suave parole.
Jeune fille insensée! ah! ta pitié console!...
Avec des pleurs d'amour tu pleures une fleuri
Ettonamantà toi, c'est Guilfort... Ah! mslheur!...
Malheur, car un orage à présent te menace.
Qui ne vient pas du ciel, et qui ne fait pas grâce...
Malheur à J«ne Grey !... car l'amour de GuiHort
Pour la sauver de moi ne peut être assez fort!...
Par le sang de mon père, et par ma propre gloire.
Jamais âme d'enfant ne parut aussi noire !
Recevoir jusqu'au bout l'tionneur de mes aveux...
Un frisson de vengeance agite mes cheveux!! !
Moi, Marie! avouer une obscure tendresse...
Et c'est à ma rivale ici que je m'adresse!
Mais je suis donc folle! oui; mon esprit abusé...
La candeur de ses yeux m'en avait imposé.
En croire des regards ! les regards d'une femme!...
C'est un voile de plus que nous jetons sur l'âme.
Je savais tout cela... ah! c'est pour s'indigner...
Jalouse sur un trône... à quoi sert de régner?
A quoi servent ces mots de majesté, de reine?
Mon amour semble encor s'accroître de ma haine !
Et lorsque ma fureur demande d éclater.
Je n'ai plus seulement le bonheur de douter.
Dois-jc me venger d'elle, et me venger sur l'heure?
Dois-je montrer à tous comment la reine pleure?
Irai- je relever son orgueil lriom(ihant?
Un ange eût envié son soiirire d'enfantl
Ah ! je veux sur son front graver l'hypocrisie.
Mesdames et mylords, venez!...