‹ [Magasin théâtralChapitre 1255 sur 1545 · GREY · texte numérisé non relu

GREY

Voir figurer mon sang dans sa première tache î Un spectre me poursuit du fond de Westminster; Ce n'est pas le tombeau qui parle, c'est l'enfer! Répondez à cet homme, est-ce qu'un œil de glace Nous a pétrifiés tous à la même place î J'ai peur!

NORTHUMBERLAND

Epargnez-vous des efforts décevants; Ils respectent les morts !

Qu'ils craignent les vivants I Quand il faut se venger dans une telle cause, LesroisdeWesminstercomptentpourpeudechose.

Moi, je suis à White-Hall; oui, dans quelques mo-

[ments Les sentences de mort brisentles testaments. Je le prouverai.

CRANMER

Jane est la reine.

NORTHUMBERLAND

Et ma fille ;

LA REINE

Vous l'aviez à propos mise dans la famille;

Vous avez préparé la dot du fiancé...

Qu'en dites-vous, messieurs ? l'hymen sera cassé.

PALMER

Nous suivons d'Edouard la volonté dernière; La reine est lady Jane.

NORTHUMBERLAND

Et VOUS, sa prisonnière.

LA REINE

Toi, toi la reine ?... enfant, ose lever les yeux. Ose prendre à témoin celui qui règne aux cieux.

JANE

Oui, malgré l'apparence, oui, c'est Dieu que

[j'atteste, Et veux pour me juger son tribunal céleste !

LA REINE

Ose mieux soutenir tes droits et ton parti. Et ce couronnement par tes pleurs démenti ! Et déguisant au moins ta honte accusatrice. Supporte sans fléchir ton nom d'usurpatrice ! La reine estJane Grey !... d'un œil épouvanté, J'entrevois maintenant l'horrible vérité!

Toi qui t'armes ici d'un acte funéraire ! Toi qui proscris la sœur, toi le régent du frère; Toi qui seul l'assistais à son dernier moment. Pourquoi jusqu'à ce jour cacher ce testament ? Edouard l'a signé!... mais au lit d'agonie, [nie, Quand sur son front mourant pesait ton fier gé- Avec ta main de fer quand tu ployais sa main, En disant : Hàtez-vous,car vous mourrez demain!! 11 signa, mais par force, et celte violence Précéda de bien peu son éternel silence; La date de l'écrit porte à s'en défier! Tu comptais sur la mort pour le ratifier. Mon frère proscrivait les droits de la nature, Et sa main se glaçait après la signature, A d'étranges soufiçnns on pourrait s'arrêter... De ses embrassements pourquoi nous écarter? Pourquoi, pourquoi deux jours à toute l'Angle-

[terre

MAGASIN TIiriATRAL.

Du trépas d'Edouard as-tu fait un mystère? Pourquoi veiller tout seul à son dernier sommeil? Ah î même du roi mort tu craignais le réveil ; ïu craignais, préparant cet affront qui me navre, D'avoir un démenti de son royal cadavre !!I

>ORTUUMBERLAND.

Messeigneurs, nous avons nos droits à soutenir ; Oui, deux reines sont là, songeons à l'avenir. L'une de fanatisme et de haine nourrie. S'appellerait un jour sanglante Marie; lit si j'ai de son cœur bien compris les défauts, Eluull'erait nos lois sous dix mille échafauds. L'autre, d'un rèijùe itnpie abjurant la démence. Sur le trône avec elle assiéra la clémence; Elle n'éteindra pas, sous un souffle mortel. Cet encens que Luther enfin changea d'autel; Elle ne viendra pas, exempte de tout blâme, Livrer au Vatican la liberté de l'àme; Aux sources des vertus son génie épuré Luira sur son pouvoir comme un phare sacré ; Et cet ange, élevé loin de l'ombre où nous sommes, Semble venir des cieux pour le bonheur des

[hommes I

LA REINE

Contre un pouvoir divin quand l'ange est révolté, Sous la foudre du ciel il est précipité ! J'égalerai sa chute au courroux qui m'anime ,

J'écraserai du pied son orgueil sur son crime.

Elle fait le tour du tliéàlre.

Vous,Palmer; vous,Darcy, Sommersct et Bedfort. Rien, rien ?.... votre silence.... est-ce un arrêt de

[mort?

AORTUUMBERLAND, à part.

Peut-être.

.lANE.

Suis-je reine ? ai-je bien la puissance ? Me faites-vous, mylords, serment d'obéissance?

CRANMER

Oui, tous à vos genoux.

J.iNE.

Assise au rang des rois.

Je dois connaître, au moins, le premier de mes

[droits; Vous jurez d'obéir à mon ordre suprême ?

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