‹ [Magasin théâtralChapitre 1283 sur 1545 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LANDAIS, MARIE, UNE Suivante.

Marie trnvcrso iinn partie du tliéùtre les yeux baissés et son missel 5 la iriaiti. Landais la suit des yeux avec amour, puis Tappelle.

LANDAIS. Marie...

MARIE. Ah ! mon père!

LANDAIS. Tu passais sans me regarder?...

.MARIE, donnant son missel à la suivante, qui sort. Pardon !...

LANDAIS. Approche... {Il V embrasse sur le front.) {)epuis ton arrivée j'ai trouvé à peine le temps de te voir et de te parler !. ..

nous ne nous connaissons point encore

tu es craintive près do moi comme près d'un étranger !

Lui prenant les mains.

MARIE. Mon père...

LANDAIS. Je ne t'en fais point un reproche : élevée loin d'ici , les religieuses d'Elven ont été ta véritable famille, et je saurai leur prouver ma reconnaissance ; j'ai même pensé à ce jeune homme que j'ai vu à Brevelay et dont tu recevais des leçons

MARIE, vivement. Maître Albert?

LANDAIS. J'ai écrit aux moines qui l'ont élevé pour qu'ils me l'envoient! Je veux que ton souvenir soit une bénédiction pour tous ceux qui t'auront connue !

MARIE, oh ! comment reconnaître tant de tendresse ?

LANDAIS. Tais-toi... viens là... et causons d'amitié !... [Il s'assied, I\Jarie reste debout, appuyée sur le fauteuil. ) Lorsque tu vivais là-bas , au fond de ton couvent , tu rêvais comme tous ceux qui sont jeunes ; tu arrangais un avenir selon ta fantaisie... dis-moi, que désirais-tu ?

MARIE , timide. Moi, mon père?...

LANDAIS. Oui, réponds-moi sans feinte, comme à un frère de ton âge... quand on aime bien on ne vieillit pas ! — Tu songeais au monde, je parie ! tu enviais le sort des princes, qui ont tous les plaisirs pour serviteurs et achètent la joie comme d'autres le pain noir qui les nourrit ! tu entendais, en dormant, la musique du bal ?

MARIE, souriant. Non, mon père; je pensais au contraire que pour être heureux il faut tenir peu de place, vivre tout bas, s'aimer beaucoup , et que Dieu faisait le rcsle !

LANDAIS, vivement. Mais tu as pourtant envié la puissance, la richesse.. . tu es femme, enfin , tu as désiré des parures, des louanges des fêtes ?

MARIE. Qu'est-ce que tout cela ? du bruit autour de notre cœur! — Ce que j'aurais voulu, mon père, c'eût été une famille à aimer , une demeure joyeuse sous les arbres, et une vie libre d'inquiétude !

LANDAIS. Quoi ! nulle ambition?... {Il se lève agité. ) C'est impossible... tu t'es mal interrogée toi-même... Non , non , ce n'est point à l'écart que tu dois vivre, Marie !. . . — A quoi servirait alors ce que j'ai fait pour toi ? .. . — Tu ne sais point quelle haute destinée je te prépare !

MARIE. A moi?...

LANDAIS. Oui ; ce pouvoir si péniblement obtenu, je puis le perdre d'une heure à l'autre, et il ne faut point que tu sois entraînée dans ma ruine.

MARIE. Comment?...

LANDAIS. Quoi qu'il arrive , je veux que tu conserves le rang que tu occupes; mais, pour cela, il te faut un protecteur puissant et sûr, dont le sort soit lié au tien...

MARIE. Que dites-vous ?

LANDAIS. Et ce protecteur je l'ai

trouvé. . .

MARIE. Dieu !

LANDAIS, oh ! ne t'effraye pas... tu seras heureuse de mon choix.

MARIE. Et ne puis-je savoir...

LAUDAis. Plus tard... nous en reparlerons. Mais je m'oublie avec toi; et ces projets, il faut les défendre encore contre tant d'ennemis!... Adieu, Marie...

MARIE. Adieu, mon père...

Il la quitte, fait quelques pas vers la porte, se retourne, contemple un instant la jeune fille, puis sort, co nime s'il s>; faisait violence.

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