HERMANN, CHRISTIAN
HERMANN , entrant précipitamment un papier à la main.
Avez- vous vu la reine?
CnUISTIAN.
Non, prince.
HERMANN
Ah ! c'est vous, baron Christian ! Je me félicite de la rencontre.
CURISTIAN.
Prince...
HERMANN
La reine doit s'arrêter ici avant d'aller au sénat.
CHRISTIAN
Elle viendra pour assister au conseil des ministres.
HERHANN.
Je m'y trouverai, et j'aurai occasion alors de lui montrer ce papier.
CHRISTIAN
Les statuts de Charles XII ne permettent pas au mari de la reine d'assister au conseil.
HERMANN
Soit. J'attendrai pour parler à Sa Majesté. Car il fautqueje la mette dans la confidencedu contenu de cei imprimé, il le faut: j'attendrai que la cour se rende en pompe au sénat, et alors je m'avancerai vers la reine-
Savez-vous saluer à la française?
HERMANN
Pourquoi cette question?
CHRISTIAN
C'est que pour approcher la reine dans un pareil moment, l'étiquette, toujours d'après les statuts de Cliaries XII, exige qu'on se présente en saluant à la frauçaise.-
HliRMANN.
Et ce salut?
CHRISTIAN
Rien n'est plus facile... Vous avez votre chapeau dans la main droite, voire main gauche s'a])|)uicra sur le pommeau de votre épée; vous ferez ensuite trois pas en arriére, et vous vous inclinerez en souriant; trois a pauche, et vous vous inclinerez sans gourire; trois autres pas a droite, et vous ne vous inclinerez pas. Oja fait vous repre.-idrez votre première place et vous lancerez adroitement
* flermano, Christian.
votre chapeau sous le bras gauche; arec le bras droit, qui sera libre...
HERMANN
Est-ce que ce n'est pas fini?
Vous enverrez un gracieux salut à S. M. la reine, et vous pourrez alors lui dire...
HERMANN
Je lui dirai qu'il est fort étrange qu'on ait osé écrire...
CHRISTIAN
Permettez, prince. Dans quelle langue vous proposez-vous de parler à la reine?
HERMANN
Mais en suédois... àla cour de Suède... je ne le parle pas très-bien, mais enfin...
CHRISTIAN
Vous vous exprimez avec beaucoup de grâce dans cette langue, prince; mais les jours d'étiquette on ne parle qu'en latin a la reine de Suède. Savez-vous le latin?
HERMANN
Le latin de collège.
CHRISTIAN
C'est fâcheux,
HERMANN
Mais pourtant si je m'adresse en allemand ou en suédois à la reine, il faudra bien qu'elle me comprenne.
CHRISTIAN
Elle vous comprendra, prince; mais elle ne vous entendra pas... Les statuts de Charles XII...
Monsieur Christian, c'est vous qui êtes venu ni'annoncer, au nom des états d'Allemagne, que mon mariage avait été diplomatiquement conclu avec voire reine. Forcé, mais glorieusement forcé d'abandonner ma petite principauté, j'ai laissé aux états du nord dans votre personne le soin de régler tous les droits de ma souveraineté nouvelle, droits qui ne faisaient aucun doute à mes yeux. Mais, d'après ce qui se passe tous les jours autour de moi, je suis forcé de vous faire cette question, à laquelle je vous prie de répondre sans restriction : Franchement, que siiis-je ici?
CHRISTIAN
11 m'est un honneur, prince, de vous répondre que vous êtes le mari de la reine.
HERMANN
Très-bien! Autrement dit le roi, n'est-ce pas"
CHKISTIAN.
Pas précisément ; il vaut mieux dire, pour être exact, le mari de la reine. .
HERMANN
Subtilité de mots.
CHBISTIAN.
Désignation positive, limite légale.
HERMANN
Je le veux encore; mais enfin si je n'ai pas le titre tout entier, si au contraire l'étiquclie ne me fait pas grâce d'un salut, je désirerais bien savoir, après avoir connn les droits de tout le monde, quels sont aussi mes droits.
LA MAIN DROITE ET LA AfAIN GAUCHï:.
CHRISTIAN
D'iiboid, jiiii ce, votre personne est sacrée; ce- , Iiii qui oserait vous faire la plus légère ofl'ense serait puni de mort comme s'il eût offensé la reine elle-même. 1
UERMANN. I
C'est là un avantage pour les autres; parlons ! de mes droits. j
CUUISTIAN. !
Vous avez les plus beaux, les plus glorieux, , ceux que tout le monde envie ; vous régnez pleinement ailleurs.
UERUAXN.
OÙ ça?
CHRISTIAN
Vous régnez par l'amour et l'amitié sur le cœur de la reine elle-même en votre qualité de mari.
IIEIIMANN.
A merveille, et voici qui s'entend. Je suis roi dans mon ménage.
CHRISTIAN
Sans contredit.
HERMANX,
I,a reine est donc ma femme comms une bourgeoise est la femme d'un bourgeois ; j'ai seul le droit de l'aimer comme un mari; vous en êtes sûr, il n'est pas besoin de bien savoir le latin pour cela; il n'existe pas, je présume, de statuts de Charles XII pour me contesier ce droit?
CHKISTI.VN.
Sans doute.
UERMANN.
Eh bien, que direz-vous de cet écrit qu'une main inconnue a g'issé sur ma table, cel écrit que je voulais montrer à la reine, et dont elle sera aussi indignée que moi?
CHRISTIAN
Que peut-il contenir?
HERMANN
Voyez : cela est imprimé en toutes lettres. Cercle des chevaliers de la Reine.
Art. 1«^ Un cercle est formé à Stockholm, dont le but est de rassembler dans un même esprit d'union et d'attacliement tous les admirateurs de la reine. Etsoixante-douzearticles, monsieur Christian, plus galants et plus passionnés les uns que les aulrcs. Eh bien! qu'en dites-vous? l'attentat à mes droits n'est-il pas évident? n'est ce pas une insulte à la reine? à moi, qui dois être son seul chevalier?
CHRISTIAN
Mais c'est de la poésie, prince, de la poésie pure.
IIERMANX.
Et moi je ne suis que de la prose.
CniUSTl \N.
Vous devez vous féliciter, prince, de ce que la reine est si universellement aimée et paraître en toute occHsion ce que vous êtes au fond, l'heureux possesseur de la Cnuiie la plus belle, la plus adorée et la plus respectée du royaume. Sa beauté.
mais' c'est admirable I a fait naître iiarminous une seconde chevalerie.
HERMAXN.
Ainsi, selon vous, je n'ai pas le droit de me fâcher.
CHRISTIAN
Il est des témérités qui sont des hommages.
UERMANN.
Ainsi donc, en Suède, chacun peut dire à la femme du roi qu'il l'aimo? qu'il est son chevalier?
CHRISTIAN
Si vous n'étiez pas roi ce serait absolument la même chose.
HERMANN
Monsieur Christian, vous ne m aviez pas dit cela.
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