HERMA.W
Oui, où j'étais si facilement heureux entre la chasse, la pêche et la douce culture des fleurs; me levant avec le soleil, me couchant un peu après lui. Des sujets! on u'en fait plus comme e;ix...Kt puis d;ins ce temps-là, pour couronner tant de félicité, toi, Rodolphine, discrète et mystérieuse compagne, amie par le cœur, femme par le titre, mère pleine de préjugés, de complaisances folles, inénéchies, de faiblesses, mais d'une tendresse adorable pour son Bis.
RODOLPHINE, à part.
Assurément il sait quelque chose sur Wilfrid, il veut m'en pnrler. \Haut.) Peut-être eussiezvous mieux fait, Hermann, d'avouer à l'envoyé des Etais du nord, quand il vint vous proposer d'épouser la reine de Suède, que vous .étiez secrètement, mais légitimement, marié avec moi.
Tu oublies que les Etats d'Allemagne ne me proposèrent pas ce mariage, ils me le signifièrent avec ordre d'y sousrrire sur-le-cha'np. Knsiiiie , quel résultat aurait eu l'aveu public de notre mariage? qu'aurait- il empêché? E>t-ce que la plupart des princes allemands ne sont pas ainsi que moi engagés dans les liens secrets de ces sortes de mariages appelés morganaiiques, excellents aux yeux de la religion qui les consacre, bons devant la loi quand on a intérêt a les lui révéler?
HODOLPUiNB.
Et nuls et sans valeur, mariages de comédie, lorsqu'on a un intérêt plus grand a les cacher pour cuiiiracter quelque haute alliance. Les enfants morganatiques deviennent ce qu'ils peuvent; on ne s'en occupe plus, on évite d en parler, i A puTt.) J'affronte le péiil : voyons s'il s'agit de Wilfrid.
HERMANN
On s'en occupe, on est bien forcé de s'en occuper quelquefois
KonoLPiiiNE. ù pari.
11 sait qu'il est à Stockholm.
UEHUA.NN.
Moi, j'ai mieux fait. En subissant la tyran- Iiique nécessité d'un second mariage, je t'ai envoyée ici avant d'y venir moi-même; sous le prétexte si naturel de conserver mes habitudes de bot-inisic, je n;e suis réservé le droit de m'cnluurcr des personnes qui dans ma principauté du Dancmarck m'aidaiciil à cultiver mes fleurs; et tu es pour moi, Uodolphiae, le plus doux souve-
nir de la patrie. Tu es pour moi la patrie même. 11 prend la main de Rodolphine.
Moins votre fils.
IIF.RMANN.
Maintenant, Wilfri'l n'est plus si loin de nous ; L'psal et Stockholm se touchent.
RODOLPHINE.
Je le croirai toujours trop loin.
HERMANN
Une mère ! sur ses genoux un enfant est encore trop loin de sa bouihe. Wilfrid est ici. RODOLPHINE, à part.
Il le savait. ( Uaui.) Oui vous l'a dit?
HERMANN
11 est ici, je le sais.
RODOLPHINE.
I Eh bien, oui, depuis trois mois il est à Stockholm.
HERMANN
Quoi! malgré ma défense! sa place est-elle ici? à Stockholm, foyer du vice, où, s'il échappe au gouffre du jeu. il se laissera entraîner par quelque passion plus funeste encore. {A part.) Si elle savait ce qui me fait parler ainsi!
RODOLPHINE, à part.
Je ne sais que penser de sa sévérité. (Uaut.) Je connais assez votre fils pour répondre de lui.
Et qui me répondra de sa mère, dont il est l'idole? Dans noire intéiét à tous, il faut que Wilfrid s'éloigne aujourd'hui même de Stockholm, de la Suède.
RODOLPHINE.
Quoi! tout de suite, Hermann? malade, souffrant comme il est; mais c'est le tuer.
HERMANN
Attendrai-je qu'il découvre que son père, le prétendu marchand de Dantzick, est le prince de Danemarck , devenu le mari de la reine de Suède ?
RODOLPHINE.
Cela n'est pas à craindre, puisqu'il ne vous connaît pas. ^Vilfrid croit que son père navigue en ce moment sur ks mers du nord, pour agrandir ses relations commerciales.
HERMANN
Pour qu'il n'en sache jamais davantage, il s'embarquera ce soir pour l'Amérique; son passage est arrêté.
RODOLPHINE.
Alors, je partirai avec lui.
HERMANN
Toi! partir! qu'as-tu dit?., loi, me laisser! y songes-tu? et que devieiulrais-je, seul, ici? qui écoutera mes plaintes? qui m'aimera?... Est-ce que je puis me passer de toi ?
Ronni.pniNK. « part.
Quelle idée! si le cœur du prince se souvenait, celui du père céderait peut-être, et Wilfrid resterait avec moi. {.Haut.) Vous me pressez trop
1,A MAIiN DROITE ET LA xMALN GAUCHE.
fort la main. Vous devez faire crier la rciiic, si vous la lui serrez ainsi.
HEKMANN.
La reine. . la reine... on ne serre pas la main à la reine ; ce n'est pas l'usage. Sur mon honneur, je n'avais jamais remarqué combicti la tienne est blanche, délicate.
RODOLPHINE.
Vous la préférez donc à celle de la reine? c'e.st fort obli^'eant pour moi... Wilfrid restera bien encore huit jours ici.
HERMANN
Soit. Est-ce que je ne te préfère pas à toutes les femmes du monde?
II cherche à baiser la main de Rodolphine. RODOLi'HisE, l'arrêtant.
Prendre la main, c'est de l'amitié.
UEKMAN.'V.
Baiser la main, c'est du respect. {Rodolphine retire sa main.) Voyons, i)assons un traité; je te laisse ton fils pendant trois mois.
nODOIPHlNE.
C'est un devoir, Hermann, de votre part; mais je vous en remercie... continuez : vous me laissez mon fils pendant un an.
HERMAAN.
J'ai dit trois mois.
RODOLPHINE.
Non, un an.
HERMANN
Accordé. Ecoute mes conditions, maintenant.
RODOLPUINE.
Prince, je vous écoute.
IIERMANN.
Prince!... l'étiquette me poursuit partout... Je fuis une reine, j'en trouve une autre.
RODOI. PUINE.
Achevez donc... Wilfrid restera deux ans ici, et pour récompense, vous exigez de moi...
HERMANN
Parle-moi comme à ton frère, comme à ton fils, comme à Cluus; ne me dis pas vous.
RODOLPIII.NE.
Pauvre Hermann !
HERMANN
Que j'entende sortir de ta bouche notre doux langage d'autrefois, lorsque nous étions ensemble, lorsque j'éiais heureux.
RODOLPHINE.
Eh bien, Hermann, tu consens à ce que ton fils ne me quitte jamais.
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