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SCÈNE IX

LA REINE, LA COMTESSE, PALMEH, suivi de deux Domestiques, l'un portant un verre sur un plateau, l'autre un flacon de vin.

PALMEH.

Offrez à ces dames ; ce n'est que du rhum.

LV COMTESSE

Merci. {Retenant la Heine, qui veut s en aller.) Oh ! restons, je vous en prie.

rAi.MKit, après avoir bu.

(Charmantes beautés; car vous devez être belles, niesdames.

LV MAIlN DROl'i IÎ et LA MAIN (iAUCHK.

LA C()V.TESSi:.

\()ii.s r.ous connaissez? {A part. J'allais oublier que nous sommes masquées.

PAI.MFK.

Quelle voix! je l'ai déjà entendue... mais où l'ai-je entendue? tout mon passé me monte au cœur. Parlez encore, madame, pariez.

LA COMTESSE

Si cela doit vous rappeler un souvenir agréable. {A la Reine, 6as.) Acceptons les conditions d'un bal masqué.

LA REINE, à part.

FoUe enfant!...

PALM r. 11.

iMaintenant, je l'affirme, je vous connais.

LA COMTESSE

J'en doute fort, monsieur, malgré ma voix.

PAI.MEK

Votre nom prononcé par moi vous traiiira. Il .«afîitde le dire. Là est la difliculté. Quel maliieur d'en avoir tant aimé! cela fait tort plus tard à la mémoire. Seriez-vous Kdiili, et permetlez-moi d'ajouter, l'amie de l'amiral Xévil. {La Comtesse se tait et retient la Reine.) Non, vous êtes Sarah, que nous appelions dans le bon temps l'Hirondelle, parce que vous passiez le printemps à Stockholm, et l'hiver on ne sait où. {Mévie mouvement de la Comtesse.} Non, vous êtes Cécil, surnommée la distraite, parce qu'elle perdait toujours ses épingles.

LA COMTESSE, bus, à la Reine.

Je ne le comprends pas, mais en vérité il m'amuse.

LA REINE

C'est assez; chère comtesse, partons! partons!

PALMER

Qu'entends-je?... même voix... Oui, je le remarque à l'instant, même taille charmante. LA COMTESSE, bas, à la Reine.

Ne me démentez pas. [Haut. ) C'est ma sœur.

PALMER

Je m'en doutais.

LA COMTESSE

V'^ous connaissez donc deux sœurs qui nous ressemblent ?

PALMER

' Fatale question, qui me désabuse! elle n'avait pas de sœur* celle que chacune de vous me rappelle.

LA COMTESSE

Ainsi , monsieur, vous voilà une seconde fois retombé dans vos ténèbres.

PALMER, les prenant toutes les deux sous le bras.

Ah! ne vous réjouissez pas de ma déception; ce serait mal, très-mal. (A la Comtesse de Leuvenbourg.) Quoique je n'aie pas toujours été un sujet fort édifiant dans ma jeunesse, comme je vous le disais tout à l'heure, je n'ai pas moins senti naître en moi depuis mes malheurs certaine faiblesse, vous allez lire, pour lis joies de la famille. Parlons bas : un s-rnion dans un bal est un intermède fort ridicule. Oui, si la \uc d'ui;

fesiin, le bruit des verres, les propos hardis m'exaltent, m'embrasent encore, il y a une portion de mon àine qui ne s'cnnarnme pas, qui reste sombre et froide au milieu de l'incendie, amas de poudre imbibée d'eau. J'ai dû pleurer l.i-ficssus. Tenez! que je n'aie rien dit si vous êtes de ces daines que j'ai tant fêtées jadis. Dansez, sur ces paroles, i]u'il n'en soit plus question. {Un Domestique présente à Palmer un nouveau verre devin.) Je bois à vous, beautés mystérieuses. Mais pourquoi ces idées me viennent-elles, vous ayant l'une et l'autre sous le bras? je n'en sais rien , mais il me semble avoir deux cœurs en ce moment. Pardon encore, si vous êtes de celles qui ont brillé dans mon ciel étoile! Mais , voyez-vous, à mes minutes de mélanolie. je donnerais, j'échangerais toutes les beautés de Venise, de Paris et de Dublin, la cave du fumeux duc de Gotha, le bonheur au jeu du comte de .Magdebourg, savez-vous pourquoi? pour un enfant de mon s^ng qui me dirait, en jetant ses petits bras autour de mou cou : Mon père je t'aime !

LA REINE quitte brusquement le bras de Palmer

et court arn'l:'r Eric qui passe ; elle dit d'une

voix e/frayée :

Quel est cet homme, monsieur le comte?

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