‹ [Magasin théâtralChapitre 1386 sur 1545 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Lus MÊMES, LA COMTESSE DE LEUVENBOURG.

LA COMTESSE

Moi!

PALHER.

Oh! oui, VOUS, vous. Portez donc ceci à la reine, dites-lui que c'est de la part du major Palrner, et revenez dans trois minutes.

LA COMTESSE

Oh! plus tôt, plus tôt.

Elle sort précipitamment.

PALMER

Baron Christian ! baron Christian ! vite à cheval ! et attendez à la grille la grâce du condamné Wilfrid, qui va vous être remise.

CHRISTIAN

J'obéis, monsieur le major.

Il sort.

PALHER.

C'est bien heureux, il a fini par obéir. RODOLPHiNE, â Eùc , en lui montrant le major P aimer.

Est-ce que monsieur ne me trompe pas?

ÉRIC

Non, madame.

noDOLPHiNE , elle veut se jeter atucgenoue de Palmer.

Ah! monsieur!

PALMER, la retenant.

Laissez-moi voir vos belles larmes, et je serai récompensé. Qu'elles inondent mon cœur oîi tant de stériles Qeurs ont poussé sans y laisser de parfum ; qu'il s'y baigne et s'épure! c'est bon, c'est profond, c'est d'une source vive. Pleurez, mère, pleurez ! c'est ainsi qu'on rit au ciel! Tu as du bon, Palmer; allons, tout n'a pas péri dans le naufrage.

RODOLPHINE.

Quel noble cœur vous faites!

IIERHANN.

Mais qui étes-vous, monsieur?

ROI)OLPni.\E.

Oh ! dites-moi qui vous êtes, afin que dans ma prière de chaque malin, de chaque soir, de chaque instant, je puisse parler de vous à Dieu.

PALHER.

Je suis... je suis... leur regard me perce l'Ame. Je suis un homme comme tous les hommes. Dites cela a Dieu, qui sera fort indulgent s'il le prend ainsi a mon t^ard.

HOhOLPHI.NE.

.Non. monsieur, vous n'cics pas ce que vous voulez dire. La r<Mnc de Suéde ne lignerait pas

ainsi, sur \oire simple désir, la grâce de mou lils .

PALMER

Elle est disposée au pardon.

RODOLPHISE.

Vous êtes trop sûr de la prompte exécution de votre commandement. Dites-moi qui vous êtes, je . l'exige. /

PALMER

Ah ! voici la réponse de la reine !

Ud huissier entre avec la réponse.

BODOLPHI.NE.

Donnez! ah, donnez vite!

ÉRIC, il prend deux papiers des mains de l'huissier, il en garde un et remet l'autre à Palmer après l'avoir rapidement lu.

Tiens, Palmer, voilà ton ouvrage! Lis.

PALMER , lisant tout haut.

« J'abdique.

» Signé, LA AEINE. »

RODOLPHINE.

La reine n'a pas signé la grâce de mon fils ! Wilfrid va mourir. (JN'osant pas se retourner.) Hermanu, regarde l'heure.

HERUAMf.

Je f ai vue.

ÉRIC , à part.

La comtesse est auprès d'elle... courageuse confidence! oh! je l'espère! tout n'est pas perdu pour l'honneur de la Suède et de la reine.

PALMER

La reine abdique! Ah, je suis donc quelque chose. L'homme qu'on enfermait avant-hier dans une maison de fous, qu'on menaçait de déporter en Laponie, qu'on bafouait dans un bal, est parvenu en quelques heures à obliger une puissante reine à descendre du trône. Je chasse ceux qui m'ont chassé. (A Hermann.) Prince, je vous détrône.

HERHANN.

Qui me rendra mon fils ?

PALMER

Ah! la reine n'a pas voulu signer la grâce I elle est donc sans pitié, sans pitié comme toi tan tôt avec ces pauvres cœurs désolés, Éric. Guerre à tous deux alors! {/i Hermann.) Que vous disait-il î que vous reprochait- il ? de vous être marié avant d'épouser la reine 1 Maladroit, imprudent! mais la reine, sa royale souveraine, était mariée, oui, mariée avant de devenir votre femme !

HERHANN. I

Que dites-vous?

PALMER

Elle était mariée, vous dis-je; cl la preuve, c'est que je suis son mari.

HERHANN.

Vous, son mari !

ROnOLPHINE.

Qu'est-ce que j'entends? est-ce que la douleur me rend folle?

PALMER

Eric est la pour dire si je mens.

LA MAIN DROITE ET LA MAIN GAUCHE

HERMANN

Eric garde le silence.

PALMER

Que voulez-vous que dise un diplomate quand il n'a pas à mentir? { A Rodolphine.) Maintenant, madame, vous ne me demanderez plus qui je suis. On nous a réciproquement trompés; nous sommes de ceux qu'on prend pour empêcher les incendies romanesques du premier âge, vous et moi, gens de rien ou de peu. D'un côté, du votre, cela s'appelle épouser sous le m.anteau, se marier de la main gauche, s'unir morganatique'ment; cela a plusieurs noms, comme toutes les vilaines choses. Ainsi font les princes de votre pays envers les belles et obscures filles de leurs états. Moi, j'étais marié, mais parfaitement marié avec la princesse Dorothée. Bel avantage! vous le voyez, la main droite n'a pas mieux valu que la main gauche. On trompe de toutes les mains.

ÉRIC

Palmer! Palmer!

PALMER

Et l'auteur du second mariage de la reine, c'est toi! comme l'auteur du premier c'était toi. Tu maries avec impunité! oui, c'est toi qui dis un jour au prince de Calmar : Votre fille, la princesse Dorothée, n'arrivera jamais au trône; ce gentilhomme l'aime, donnez la-lui. Erreur ! je l'épouse; elle arrive au trône, et tu ''te dis alors : Puisque Palmer est dans l'Inde, il y restera. Je passe pour mort depuis quatorze ans; et qui m'a tué? toi.

IVlon Dieu! que disent-ils? ils ne parlent pas de mon fils.

PALMER

Oui. il m'en souvient maintenant, tu le voulus secret, mon mariage! tu prévoyais donc?... Tu prévois tout! Ah! homme d'esprit! eh bien! astu prévu ce qui i»Tive? ma présence aux secondes noces ?

ÉRIC

Palmer, tais'toi!

PALMER

Madame, nous avons été joués tous les deux. Pourquoi pleurer, madame, parce qu'ils ont tué rotre fils ? faites-les donc pleurer !

ÉRIC

Palmer, tais>toi!

RODOLPHINE.

Plus que quatre minutes , et mon fils ne sera

çlus.

nERHANN , à Palmer.

Si vous êtes le roi, sauvez, sauvez mon fils.

PALMER

Son fils! entends-tu, Éric? et moi je te demande ma femme, ma femme, entends-tu? Hier, je ne voulais que quelques friperies orgueilleuses , et sans le vouloir ii m'est donné aujourd'hui d'arrêter un règne au milieu de sa course , ainsi que font les conquérants, ei rien ne m'oblige à me taire.

Palmer, tais-loi!

PALMER

Non, parle, insulte, tonne, Palmer; venge-toi!mais venge-toidonc ! entre dans ce salon où s'élè» e le trône de la Suède, monte sur ce trône, assiedstoi, carre-toi sur 1« velours, et puisqu'il n'y a plus de reine, fais entrer les grands, fais entrer le peuple, et dis à tous: L'exilé, le fou, le dégradé, l'aventurier Palmer est votre roi. Saluerle... salut au roi Palmer! Place! place!

La pendule sonne onze heures.

RODOLPHINE.

Hermann! onze heures !... nous n'avons plus de fils!

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