UN RABBIN, LANDAIS
LE RABBIX.
Que voulez-vous de moi, seigneur?
LANDAIS
Ah ! c'est vous, maître !
Approchez.
Le rabbin se prosterne et avance de quelques pas.
Approchez, dis-je ! ne craignez pas.
LE RABBI\
Le serviteur de Dieu s'avance pas à pas.
LANDAIS
Juif, laisse là ton Dieu. Tu sais que ma colère Se relire de toi; que mon bras tutélaire. Hier encor sur vous étendu, tout-puissant, Renverse du bûcher rai)pareil menaçant.
Vous êtes parmi nous une race maudite; Mais...
LE RABBIX, humblement.
Lorsque parmi vous un étranger habite, Ne lui reprocliez pas le pain qu'il peut manger; Car Dieu dit à son peuple : Accueille l'étranger!
LANDAIS
Aussi ma volonté hautcincnt proclamée Jette au loin le pardon sur la foule alarmée. Je révoque la loi qui vous frappait.
LE RABBIN
D'où vient
Que de cet édit seul votre Ame se souvient? K'csl-il pas parmi vous une haine vivacc
MATHIEU LUC
Qui renaît d'âge en âge et court de race en race? Un préjugé de fer contre nous s'élevant, Un bûcher pour les juifs qui s'embrase souvent! On renverse un édit dès lors qu'on le peut craindre; Mais l'horreur du nom juif...
LANDAIS
Je puis aussi l'éteindre!
Écoutez : je veux faire aujourd'hui deux époux; L'un parmi les chrétiens et l'autre parmi vous. Juifs et chrétiens feront une seule famille.
LE RABBIN, reculant.
Seigneur!
LANDAIS , impérieusement.
Cela sera! je le veux. C'est ma fille, Ma fille, entendez-vous, que je marie. Eh bien, Je la donne, elle juive, à Brommel, un chrétien ! Je veux voir à son sort sa destinée unie; Ce jour même est fixé pour la cérémonie. Vous m'avez entendu. C'est vous de qui la voix Au nom du seigneur Dieu les bénira sept fois ; Vous qui prononcerez les divines paroles Aux lueurs des flambeaux mêlés aux banderoles; Vous qui tendrez le voile aux coins d'or, au fond
[blanc, Sur leurs fronts inclinés! C'est vous, vieillard
[tremblant, Qui remplirez de vin le symbolique verre Que le nouvel époux doit briser contre terre. Et sur ce couple heureux de son bonheur troublé, C'est vous qui jetterez et la cendre et le blé !... Comme ma volonté que vos pas soient agiles ! Allez! Que le Talmud et les saints Évangiles, S'il le faut, soient placés ensemble sur l'autel ; Autrement, cet édit à Juda si mortel.
Cet édit que retient ma colère puissante. Lèvera de nouveau sa hache obéissante.
LE RABBIN
Plutôt que voir encor sur nous, peuple martyr, Ton bras persécuteur d'en haut s'appesantir. Plutôt qu'en tes deux mains la hache se relève, J'obéirai.
LANDAIS
C'est bien.
LE RABBIN
Car l'esprit cède au glaive !
Mais je ne réponds pas qu'au milieu de la nuit
L'arche sainte ne s'ouvre et ne tombe avec bruit.
Déjà, vois, dans le ciel un orage s'apprête!
Souvent le châtiment vient avec la tempête;
Et nul ne se dérobe au flot envahissant
Que répand sur nos fronts la main du Tout-Puis-
[sant!
Ze n'est pas sans dessein que Dieu, dans sa justice, ordonne que la foudre éclaire et retentisse ! ît ce bruit jusqu'à nous par l'orage apporté V'est que la grande voix du Très-Ilaut irrité. 1 tonne sur celui qui, visiteur nocturne, Trouble un mort dans sa tombe en lui volant son
[ urne,
'.t sur le sacrilège entré dans le saint lieu )ui pose un pied maudit sur les autels de Dieu, éhovah quand il veut sait punir qui l'outrage, |
Et laisse aux seuls élus des forces pour l'orage. Afin que, sourds aux bruits qui se heurtent dans
[l'air.
Ils atteignent le but que leur montre l'éclair !
LANDAIS
Ce sont là creux discours et vagues prophéties ! Souviens-toi seulement qu'à moi tu t'associes! Que ce pacte est fatal au bras qui le romprait» Et que dans un instant je veux que tout soit prêt.
LE RABBIN, s'incUnant.
Il sera fait ainsi que vous le voulez, maître.
LANDAIS, à part.
A la bonne heure, et puis j'y serai, j'y veux être. Ces juifs me sont suspects ! à tout il faut songer l Suis-moi...
LE RABBIN
Seigneur!
LANDAIS
Suis-moi chez Perrette Mauger.
Entre Brommel.
Se retournant.
Que veut Brommel ?
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