‹ [Magasin théâtralChapitre 1407 sur 1545 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

ROBERT, BROMMEL.

ROBERT, à Brommel.

Rester. Deux mots, monsieur Brommel!

Me direz-vous enfin... Fermez celte autre porte... Qui vous pousse à flétrir le beau nom que je porte? Oubliez-vous qu'hier je vous ai défendu De revoir cette juive?

BROMMEL.

Et moi j'ai répondu, Mon père, qu'entre nous Dieu jugerait !

ROBERT

Démence !

BROMMEL. [rnense!

Votre pouvoir, mon père, est grand, il est im- Votre voix parle haut lorsque vous menacez, Et Dieu me maudira si vous me maudissez! Mais si sacré que soit le nom qui vous décore, Il est un autre nom plus imposant encore : Il est une autre voix qui parle en ce moment, Et que j'écoute seule.

ROBERT

Un serment ! un serment !

Que m'importe!...

BROMMEL,

Mon père, à vos genoux je tombe !

Par l'amour de ma mère endormie en sa tombe, Par tout ce qu'on invoque aux marches de l'autel, Par Dieu, qui comme nous, pour nous s'est fait

[mortel !

Par la sainte clarté qu'il faut que chacun suive, Par le Christ, ce roi juif né d'une mère juive! Par tout ce qui fut grand, noble, saint, respecté. Mon père ! mon serment !

ROBERT

Mon fils! ma volonté!... BROMMEL. [m'aime.

Celle que j'aime est pure, elle est belle, elle Et si vous la voyiez vous l'aimeriez vous-même... Il n'est plus rien pour moi sans elle désormais... Et vous l'appellerez votre fille...

ROBERT

Jamais !...

Jamais... Ah! mon malheur est grand! que cette

[ tache D'une rouille honteuse à mes armes s'attache ! Et qu'il me faille voir par tes mains... trahison! Eclabousser ainsi l'azur de mon blason ! Mais va! dût pour mon cœur s'accroître un tel

[supplice.

Il faut qu'un grand devoir aujourd'hui s'accom- Devoir inexorable, infiexiblc, sacré, [ plisse,

Que Dieu même m'impose et que je remplirai !

BROMMEL , se levant.

Quel est-il ce devoir?

ROBERT

Vous le saurez... silence t BROMMEL, froidement.

N'espérez rien, monsieur, de cette violence! Elevé loin de vous, Brommel n'a pu former Sa bouche à vous mentir, son cœur à vous aimer ! Ce cœur à l'Age d'homme arrivé sans contrainte, | S'ileûtbaltu d'amour pourrait battre de crainte.. L'habitude lui manque à ces soumissions : 11 faut, pour nous aimer, que nous nous connais

[sions Et votre litre en vain abrégeant la distance. Vous laisse désarmé devant la résistance De ce fils, qui vous peut répondre avec raison : Je ne vous connais pas... gardez votre blason I

Insensé ! ta démence à ces propos s'emporte ! Lui barrant le passage.

MATHIEU LUC

Tu ne passeras le seuil de cette porte!

BROSIMEL.

Mon Dieu !

ROBERT

Mes gens hier, par mon ordre, au palais T'ont retenu captif.

BROMMEL.

Eh bien ! rappelez-les !

Car vos droits, je les nie, et vos cris, je les brave! Ah! vous avez en moi cru trouver un esclave!... Je me lève, monsieur! moi qui vous suppliais ! Vous avez envers moi des torts que j'oubliais! Ma mère était à peine en sa tombe glacée Que par une étrangère elle fut remplacée ! Quand le jour me frappa d'un éclat imprévu A mon premier regard est-ce vous que j'ai vu? Est-ce de votre voix que j'appris à connaître Le nom du Seigneur Dieu, du Sauveur et du

[maître?

Non ; jouet au berceau d'un destin menaçant, Brommel fut exposé sur la pierre en naissant! Vous m'avez délaissé, sans appui, sans défense! Et c'est loin de vos yeux qu'a grandi mon en-

[ fance !

Je ne vous dois donc rien... Retirez-vous.

Brommel !

BROMMEL.

Malgré vous, malgré vous j'épouserai Rachel !

ROBERT

Malgré ton père !

BROMMEL.

Oui! nulle puissance humaine...

ROBERT

Malheureux !

BROMMEL.

Laissez-moi !

ROBERT

Que ma voix te ramène !

BROMMEL.

Non... ôtez-vous... laissez... que je sorte...

ROBERT

Insensé !

BROMMEL.

Je vous dis qu'on m'attend, quel'autel est dressé... Quel sourire!...

ROBERT

Un seul mot...

Quel secret est le vôtre?...

ROBERT

Ces flambeaux, cet autel...

BROMMEL.

Eh bien !

ROBERT

C'est pour un autre !

BROMMEL.

Pour un autre, mon père... un autre, avez-vous ROBERT. [dit?

Tu n'épouseras pas cette juive!...

BROMMEL.

Maudit !

Qui donc?.. Parlez!., un autre!.. Ah! son nom!.. ROBERT. [que je meure!...

Ta Rachel!... Mathieu Luc l'épouse dans une BROMMEL. [heure.

Mathieu Luc! c'était lui ! lui ! je vais de ce pas... Le fiancé! Courons!...

ROBERT

Tu ne sortiras pas !

BROMMEL.

Prenez garde !

Je veux que d'un esprit plus sage..*

BROMMEL.

Mon père, encore un coup, livrez-moi le passage! Ah ! ne voyez-vous pas que mes pas sont trem-

[blans...

Que si vous m'y forcez... malgré vos cheveux

[blancs t

Il tire son épée et la brise.

Non!... non... mon père... Eh bien!... vous le [voyez... Je pleure...

Je suis à vos genoux... retirez-vous!

ROBERT

Demeure !

BROMMEL.

11 le faut! il le faut !... mon père ! oubliez tout... J'eus tort de vous braver 1... mais voyez, mon

[sang bout...

Je ne vous réponds pas de moi. .. Que cette porte S'ouvre!...

Robert s'assure qu'elle est bien fermée, ôte la clef et la jette par la fenêtre.

Ah! c'est donc ainsi! Mais cette main est forteî Et ces solides gonds, par moi déracinés, Vont tomber en éclats... Je les brise, tenez!

n jette la porte en dehors et passe. Le vieillard le SUit tout en désordre, en élevant les bras au ciel,

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