‹ [Magasin théâtralChapitre 1440 sur 1545 · ZACHARIE, RAOUL · texte numérisé non relu

ZACHARIE, RAOUL

RAOUL, appuyé contre la table de droite, et mo' queur.

Eh bien! mon oncle, vous restez immobile, insensible ? vos bras ne s'ouvrent pas lorsque vous revoyez le fils de votre frère ?

ZACHARIE

Mes bras ! mes bras ! lorsque vous arrivez ici pour me dévorer, pour me ruiner, pour... {Il voit l'armoire brisée.) Grand Dieu! qui donc... ?

RAOUL

C'est moi, mon oncle ; entre parens on ne fait pas de cérémonie. Vous aviez emporté la clef, et alors...

ZACHARIE

On ne fait pas de cérémonie! il ne te manque* rait plus que de me battre, sous prétexte qu'entre parens...

RAOUL

Du reste, rassurez-vous ! je payerai tous ces dégâts, je suis riche, et ce que m'a laissé mon père...

Ce que t'a laissé ton père ? Tu vas recevoir ce qu'il m'a chargé de te remettre, tout ce qu'il pouvait te donner.

RAOUL, satisfait.

A la bonne heure !

ZACHARIE, le bénissant.

Je te donne sa bénédiction.

RAOUL, fâché.

Ehî

ZACHARIE

C'est une fortune pour un fils que la bénédiction de son père. C'est la-dessus qu'il faudra que tu vives.

RAOUL, avec une colère concentrée.

Mon oncle, avez-vous oublié qui je suis? avez- Yous oublié que la huine est entre nous depuis que nous nous connaissons? ne vous souvient-il plus de ce que je vous disais aux jours de ma première jeunesse, lorsque, me cnloniniant auprès de mon père, pour qu'il m'éloignât de lui, vous aviez semé la discorde entre nous?

ZACHARIE

C'était pour te corriger de tes défauts.

RAOUL

C'était pour qu'il me déshéritât, c'était pour vous emparer de mon bien.

ZACUtRlE.

Tu es un ingrat ; mais je te pardonne.

KAOUL.

E'. moi je viens pour me venger, si, à l'instant, à l'inslant vous ne me rendez pas ce qui m'appartient.

ZÀCHAHIB.

Ce qui t'appartient, je te l'ai donné; je t'ai béni de la part de mon pauvre frère.

RAOUL

Oh I ne croyez pas m'abuser; je sais tout. Je sais que mon père, persuadé, comme les autres, que je n'étais plus, n'a pas fait de testament, n'a laissé aucun titre; je sais qu'il était près de vous, logé chez vous, lorsqu'il est mort.

ZACHARIE

Oui, c'est moi qui l'ai soigné pendant sa maladie; une maladie que j'avais prévue depuis long-temps; car lorsque je le voyais, pour se distraire du chagrin que lui causait ta mort, dépenser follement sa fortune, passer les nuits au jeu, se brûler le sang dans de continuelles orgies...

RAOUL

Lui t mon père I c'est faux!

ZACHARIE

Je lui disais î Frère, tu as tort ; il vaudrait mieux donner ton argent aux pauvres, fonder un étal lissement pieux, que de dissiper ta fortune. Il ne m'écouta pas, et il ne s'arrêta que lorsqu'il n'eut plus rien, ni santé ni argent.

BAOUL.

Vous mentez !

ZACHARIB.

Sa maladie fut longue et terrible.., j'en sais quelque chose, moi, qui ne l'ai pas quitté un seul instant; moi qui n'aurais pas, pour tout au monde, lais.-é à un autre le soin de le servir, de l'encourager... Dieu sait ce qu'il m'en a coûté de peines, de veilles et d'argent. L'argent, c'est vrai, je l'ail le, je ne m'en cache pas ; mais c'est pour m'en ser\ir dans les grandes occasions, lorsqu'il s'agit de sauver un être qui m'intéresse; je le donnais à peines mains; je fus obligé de vendre ma vaisselle et même quelques bijoux... enfln je me ruinai pour lui... Mais je ne te demande rien.

RAOUL

Mon oncle, voici une lettre d'un ancien serviteur de mon père, écrite depuis deux ans, et que j'ai trouvée, hier, chez la veuve de ce serviteur. (Il Ht.) « Mon pauvre cher Raoul, si je n'existe » plus quand vous reviendrez de la guerre, dans » le cas où vous ne seriez pas mort comme on dit » que vous l'êtes, vous trouverez cette lettre, qui » vous instruira de ceci: Votre oncle Zacharie s'est » emparé de l'esprit de votre père; il l'a attiré » clipzlui, où il a succombé après quelques jours » de maladie. Votre père était économe. Deman- )^ dez compte à votre oncle de la fortune que vo- » tre père a laissée. Elle était toute entière en ar- » argent et en billets, et pouvait s'éleveràsoixante » mille ducats. »|

ZACHARIE, d part,

ruialilét

RAOUL

Avez-vous entendu ce que je viens de lire?

ZACUARIE.

As-tu entendu ce que je t'ai dit?

RAOUL

Mon oncle, si dans deux jours je n'ai pas soixante mille ducats. . . vous me connaissez ? vous comprenez ce que cela veut dire? En attendant, puisque vous avez mon héritage, je reste ici, je suis chez moi.

ZACHARIE, avec colère.

Mon neveu!

RAOUL, de même.

Mon oncle !

ZACH.A.RIE, face à face.

Mon cher neveu !

RAOUL, de même.

Mon cher oncle !

Ils se trouvent face à face et se touchant. ZACHARIE , patelin.

Toujours le même, toujours violent, injuste... injuste envers moi qui t'ai soigné ton père et qui t'aime... Tu n'as pas d'idée, ingrat, comme je t'aime I

RAOUL

Vous ? Eh bien, prouvez-le-moi, et qu'à l'instant de l'or...

ZACHARIE

Eh bien ! tu en auras, oui, grâce à moi...

RAOUL

EnSn!

Je connais un juif qui t'en prêtera.

RAOUL

Me prêter ?

ZACHARIE

Et en attendant, tu pourras passer chez moi deux ou trois jours, et tu seras traité comme moi-même. Que te faut-il de plus ?

RAOUL

Ce qu'il me faut? je vais vous le dire: Si je ne puis rentrer dans les biens de mon père, il me faut chercher la preuve que vous êtes le receleur de tous les honnêtes gens de la contrée, et si je la découvre, celte preuve, il me faut vous dénoncer à la justice. Songez-y; je vous donne deux jours. Il sort par le fond.

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SCÈjNE X.

ZACHARIE, seuZ.

Il n'est pas mort!... il se porte bien!.,, et il arrive ici pour troubler mon bonheur; il vient jeter ses bruyans éclats dans les joies silencieuses de ma maison!... Que faire? quel parti prendre? Si je le garde, il me mangera tout!... ces jeunes gens d'aujourd'hui vous ont un appétit!... nous n'étions pas ainsi de mon temps!... Si j'appelle la justice à mon aide, si je le chasse... il me tuera, il en est capable!... Si j'allais consulter le chef

d'une certaine bunde qui vous fuit disparaître un homme comme un i*bcainoteur une muscade!... il m'en coûtera un peu cher ! c'est horrible ! Si j'allais consulter mon confrère Gazamonté, le abricant de drogues, un autre honnête homme, un chimiste distingué, il lrou\erail peut-être... et il ne m'en coûterait rienl... L'escamoteur ou le chimiste, je verrai... Rien ne corrige les écarts de la jeunesse comme ces mesures préventives 1

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