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SCÈNE XVII

ZACHARIE, BRICK

BRICK, se croyant seul et allant vers la table où

sont les restes du déjeuner.

Dîner chaque jour, périodiquement, c'eût été

si beau!

Il va prendre un morceau de volaille.

Dîner?

Ahl

ZACHARIE, haut.

BRICK, effrayé.

ZACHAaiE.

Dîner? toujours des projets insensés; toujours des idées ambitieuses!

(Jue voulez-vous! c'est plus fort que moi. Toute idée qui part de l'estomac est une idée fixe.

ZACHARIE

Brick, votre air mélancolique ne me convient pas du tout. On dirait que vous êtes mécontent de votre sort ; c'est un outrage à mou amitié pour vous.

BRICK

Ah ! si vous saviez, • monsieur, ce qui m'afflige!. . votre neveu, monsieur Raoul, cet excellent jeune homme. . .

ZACHARIE

Excellent, parce que vous avez trouvé bon ce qu'il vous a fait manger, insatiable.

BRICK

Ne vous plaignez pas de ce déjeuner, monsieur; il vous en reviendra quelque chose; il reste encore du pâté, du...

ZACHARIE, enfermant les restes dans l'armoire.

Du pâté, dupâté!... unalimentindigeste!... et du vin, du vin, une liqueur fatale... et mon linge taché... et une volaille, une créature de Dieu! dans quel état ils l'ont mise!... Lucullus, Sardanapale ! s'accoutumer à ces choses-là !

BRICK

Monsieur, pour peu que vous craigniez de contracter cette habitude, je prendrai tout ça, car moi je ne crains pas...

ZACHARIE, fermant l'armoire.

Mais enfin, bourreau, si tu as si bien déjeuné, d'où te vient cet air triste et sombre? La gloutonnerie portait-elle déjà ses firuits, et \me indigestion méritée...

BRICK

Non, monsieur, ma digestion se fait admirablement. Mon estomac, que j'avais cru rouillé par l'inaction, fonctionne avec une vigueur!... mais si vous saviez!... une affreuse nouvelle ! ZACHARIE, eff'iayé, courant à lui.

On m'a volé !

BRICK

Pis que cela.

ZACHARIE

Est-ce que ça se peut?

BKICK.

Votre neveu, ce bon monsieur Raoul, il doit se battre en duel, demain.

ZACHARIE, charmé.

Ah!

BRICK

Avec monsieur Henri.

ZACHARIE, j)?«scAarm^.

Brick, répète-moi ça !

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SCl'NE XVIII.

ZACHARIE, RAOUL, BRICK

RAOUL, d lui-même.

Oui, oui, combat à mort!

BRICK, vivement.

Et tenez, le voilà I

ZACHARIE, allant à Raoul.

Bon Raoul, cher neveu, ce que tient de me

dire Brick est-il vrai? demain, lu dois te battre?

RAOUL

Oui, monsieur; que vous importe?

ZACHARIE

Ce qui m'importe ? un neveu , le fils de mon frère !...

RAOUL, méprisant.

Ah ! monsieur !

ZACHARiE, jouant l'amitié.

Mais mon vœu le plus cher est que tu triomphes de ton antagoniste; qu'il tombe sous tes coups. RAOUL, ci part.

Est-ce qu'il aurait un cœur, par hasard?

ZACHARIE

Tu n'as pas d'idée, mon cher ami, combien je tiens à ce que Henri n'en revienne pas! car enfin tu es mon neveu, mon seul parent.

RAOUL

Ah çà ! voyons, mon oncle , vous m'aimez donc un peu ?

ZACHARIE, comme blessé de ce doute.

11 me demande si je l'aime !

BRICK, à part.

Qu'est-ce que ça veut dire?

Pourquoi donc, ce matin, avez-vous refusé de me restituer les biens de mon père?

ZACHARIE

C'est que , mon cher ami , la vérité est que ton père n'a rien laissé ; mais écoute-moi, mon enfant, quoique je ne te doive rien, je veux te prouver ma tendresse... je t'enseignerai une botte infaillible...

Il se met en garde.

RAOUL

Je n'ai pas besoin de vos levons, mon oncle; j'étais la plus forte lame de l'armée.

ZACHARIE, enchanté.

De l'armée!... Eh bien! eh bien! Raoul, mon bien aimé neveu... comme il ressemble à son pauvre père!... si demain, grâce à ton courage, à ton adresse, car je ne veux pas te détourner de ce duel , ce serait vouloir ton déshonneur, si demain tu viens me dire : Mon oncle , Henri n'est plus, je suis vainqueur; dans ma joie, dans mon ivresse de te revoir, Raoul, je ne te dois rien,

ZACHARIE. 49

mais je te donne les soixante mille ducats que tu me demandes.

RAOUL

Je m'étais donc trompé, mon oncle? je vous suis cher; vous tenez à ce que je vive? Mais pourquoi donc m'avez-vous si mal accueilli d'abord ?

ZACHARIE, ernbarrassé.

Pourquoi ? pourquoi ? ( un coup d'œil à l'armoire) tu arrives, tu enfonces les armoires : croistu que ce soit un procédé bien respectueux?

RAOUL

C'est juste, mon oncle, j'ai eu tort., je suis heureux de vous voir dans de bonnes dispositions... mon cher oncle !

ZACHARIE

Mon bon, mon excellent Raoul... je n'y tienî pas; il faut que je t'embrasse.

RAOUL

Oh! de grand cœur!

BRICK, pleurant.

Je suis touché jusqu'aux larmes.

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