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L'ÉTRANGER, GEORGES, TOM, JEANNE

TOM. Enfin, voici une hôtellerie ouverte.

GEORGES, à Jeanne, qu il conduit. Viens, Jeanne ; nous allons rester ici la. nuit.

JEANNE. Et demain nous passerons la frontière?

TOM. Oui, Jeanne.

l'étranger, à part. Jeanne 1

TOM. Et pour que vous puissiez vous remettre en chemin sitôt qu'il fera jour, tandis que Georges va vous faire préparer une chambre, je vais aller de suite, moi, faire vérifier et signer vos passe-ports à la porte de la ville.

GEORGES. Va, Tom, et reviens bientôt ; tu le sais, nous devons veiller ensemble.

TOM. Je pars vite, et reviendrai de même.

Il sort par le fond.

l'étranger, à part. Georges veut sortir de ce pays ?

GEORGES. Tiens, Jeanne, approche-toi de ce feu... [Jeanne s'assied auprès du feu.) Es-tu bien fatiguée?

JEANNE. Non.

GEORGES. Tu n'as plus peur ?

JEANNE. Non.

GEORGES. Tu te crois donc bien hors de danger?

JEANNE. Danger, peur, fatigue, sont des mots que je ne connais plus depuis que je suis avec toi.

GEORGES. Tu leur as payé un tribut bien cruel, il est juste que tu les oublies maintenaiit... {Apercevant V Etranger qui descend In scène.) Voici, je crois... [S' approchant de lui). L'hôlellier, s'il vous plaît?

l'étranger. Il est à vos ordres.

GEORGES. Vous? mais je crois vous reconnaître pour avoir vidé un pot de bière avec vous?...

l'étranger, l'interrompant. A l'auberge

des Trois-Uoules, il y a déjà longtemps

c'est vrai, je vous reconnais aussi.

GEORGES. Et nous uous souunes dit en nous quittant que les braves gens se retroulaient sans se chercher.

l'étranger. Vous voyez que nous disions vrai... Vous n'êtes donc plus braconnier?

GEORGES. Non... Je voyage.

l'étranger. Vous quittez le pays?

GEORGES. Oui, mais j'y reviendrai bientôt. .. Et vous, l'aventurier?

l'étranger. Je suis hôtelier maintenant, et prêt à vous servir.

GEORGES. Je voudrais près de cette salle, où je veillerai avec un ami que j'attends, une chambre pour ma sœur que voici.

Il désigne Jeanne.

l'étranger. Ah! votre sœur... la sœur de votre ami?

GEORGES. Non, la mienne.

L'ÉTRANGER. Comment... votre sœur, à vous?

GEORGES. Cela paraît vous surprendre.

L'ÉTRANGER. Oui... parce que... c'est-àdire, je ne savais pas que vous aviez une sœur. . . Tenez, cette chambre est toute disposée. . .

Il lui montre une porte à gauche, au deuxième plan.

GEORGES.. Merci r..... {S' approchant de Jeanne, qui est toujours assiseprès de la che- ?ninée.) Viens, Jeanne... (// la prend par la main.) Voici ta chambre... je serai ici avec Toin... et nous causerons bas pour te laisser dormir.

Ils vont ouvrir la porte.

L'ÉTRANGER, qui a examiné Jeanne, à part. Que vois-je?

JEANNE, à Georges. Et si je n'ai pas sommeil, je viendrai causer avec vous.

GEORGES. Comme tu voudras.

Il entre avec elle dans la chambre, dont la porte reste ouverte.

l'étranger, regardant dans la chambre.

Mais celte Jeanne est celle que poursuivait le prince; cette ienune mariée à ce... Berthol. Et le prince vient de médire qu'il l'emmenait à Amsterdam. Mais le démon vient donc se mêler dans tout ceci?... Quoi! l'œuvre est donc incomplète... le prince est donc dans l'erreur?... Et moi... {Descendant de nouveau.)Mai\s oui, cette femme est bien Jeanne, que nous attendions. Et Georges, qui la conduit, l'appelle sa sœur. Qu'est-ce que cela veut dire?.. Il faut que je fa .sse causer Georges. {Le voyant revenir.) Le voici !

GEORGES, sortant de la chambre. Repose bien, Jeanne... Bonne nuit, ma sœur.

l'étranger. Et c'est demain que vous partez 7

GEORGES. Oui, demain, sans relard.

l'étranger. Quand nous nous sommes rencontrés à l'aubergcdes Trois-Routcs, nous bùrncs, il m'en souvient, en nous souhaitant bonne chance, et depuis ce jour la chance m'a grandement favorisé.

GEORGES. Et moi aussi, car c'est depuis ce temps seulement que j'ai retrouvé ma sœur.

LES ORPHELINES D'ANVERS

bliée des heureux, course est achevée repose enfin, tous

Le voyageur dont la trouve , quand il se

,j.,., , . les siens absents de sa

maison solitaire,, et je suis heureux de pouvoir vous dire : Venez donc, vous que l'avenir effraye, venez être ma fille, ma sœur, ou ma compagne. Si plus tard, Marie, pour que votre réputation soit à l'abri comme vous-même , vous voulez qu'un prêtre nous unisse... mais en cela vous serez seule juge, et je dois être pour vous plutôt le père que l'époux attentif. La vie que je vous offre est, vous le voyez , pure , honorable et facile , et maintenant , dites-moi , Marie , voulez-vous chasser vos sombres inquiétudes, et venir les oublier au foyer qui vous attend , en un mot voulez-vous être fille d'adoption du pèlerin fatigué qui s'arrête , et l'aider h servir le Seigneur?

MARIE. Tout ce que vous me dites m'étonne, et je n'ose y croire.

BERTHOL. Mais pourtant, si vous sentiez les douces atteintes d'un bonheur sans nuage, si vous sentiez le calme heureux occuper seul votre âme.

MARIE. Si je sentais un jour seulement le bonheur calme et complet, je me croirais bénie.

BERTHOL, se levant. Vous le serez ; laissezmoi faire, et le bonheur viendra vous trouver. MARIE. Je l'attendrai !

BERTHOL, Pas longtemps, mon enfant; je sais, moi, qu'un bienfait, qu'un bonheur attendus, diminuent selon le retard. Je vais partir, Marie, peu chagrin des maux qui vous affligent, car je suis fier d'avoir à vous les faire oublier.

MARIE. Quand reviendrez-vous ? BERTHOL. Dans deux jours au |plus tard ; et alors, j'aurai préparé dans ma demeure une place à ma compagne.

MARIE, à part. Dans deux jours ! {Berthol lui prend la main, tremblante.) Que voulez-vous?

BERTHOL. Vous baiscr la main.

MARIE , cherchant à retirer sa main.

Pourquoi?

BERTHOL. Parce que toujours, au départ, un frère embrasse ^a sœur, un père embrasse sa fille. {Il lui baise la main. A part, en s' éloignant d'elle.) Maintenant, que ferai-je de Jeanne?... {Haut.) Adieu, Marie; patience, espoir et courage.

MARIE. Je ne manquerai pas de courage . BERTHOL, à part, en sortant. Ni moi non plus. [Il sort.) Adieu, Marie, adieu.

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