ZACHARIE, LÉONA
On voit Zacharie descendant l'escalier de gauche , soutenant Léona, qui l'implore et à laquelle il fait signe de descendre.
ZACHARIE
Nous voici arrivés.
LÉONA, tremblante.
C'est donc ici que vous allez me faire mourir?
ZACUARIE.
Moi? vous tuer, Dieu m'en garde! Ces mains n'ont jamais été souillées par le sang ; à quoi cela me servirait-il? qu'y gagnerais-je? non, non, rassurez-vous I si vous n'avez pu vous arracher de
ZACHARIE
mes bras, malgré tous vos efforts, c'est que le tortueux chemin que nous avons parcouru est plein de pièges invisibles, et que si je vous eusse laissée prendre terre avant d'arriver a cet escalier, vous seriez tombée dans un abime; c'est ce qui fait que personne que moi ne peut pénétrer jusqu'ici sans danger d'y perdre la vie.
LEONA
Mais quel est mon crime pour que...
Votre crime est d'avoir cherché à connaître mon secret.
LÉO\A
Non, je vous le jure. Si vous m'avez trouvée les mains appuyées contre la porte secrète dont j'ignorais l'existence, c'est que je cherchais à me soutenir ; j'étais détaillante et je...
ZACHARIE
Il n'importe. Mou secret, vous le connaissez maintenant, et vous ne devez plus sortir d'ici.
LÉONA
0 ciel !
ZACHARIE
De quoi auriez-vous à vou,s plaindre? Y a-t-il une reine qui soit mieux logée que vous et environnée de plus de magnificence. Regardez donc, Léoria. ( Il lui montre le riche souterrain. ) Et ce n'est pas tout. { Il désigne la chapelle à droite. ) Ici , une riche chapelle composée de ce que m'ont laissé en dépôt des prélats ruinés. ( Désignant la galerie extérieure du fond à droite. ) Dans cette galerie , voyez : que d'or ! il a fallu peut-être plus d'un million de travailleurs pour l'arracher brut des entrailles de la terre, et c'est aux entrailles de la terre que je l'ai rendu, moi; mais voyez comme il brille! voyez quelle variété de formes il a prises sous le coin du monnayeur ou entre les mains de l'orfèvre. C'est maintenant qu'il est dangereux! avec cet or, Léona, je puis briser les balances de la justice, broyer les tables de la loi, fouler aux pieds la chasteté des femmes, acheter, vendre, racheter et revendre l'honneur des hommes ; je puis, s'il me plaît, armer la moitié d'un peuple contre l'autre moitié ; je puis détrôner des princes et désigner leurs successeurs; je puis avec cet or bouleverser le monde !
liONA.
Oh ! mais pourquoi craindriez-vous de me rendre à la liberté, à la lumière ?
ZACHARIE
La liberté? il n'y en a que dans la solitude! La lumière:* dites si la lumière du soleil est plus resplendissante que celle qui jaillit de cet or et de ces diamans.
LÉONA
Mais si vous êtes sans pitié pour moi, craignez au moins pour vous-même ; craignez que la justice...
ZACHARIE
La justice? ne vous ai-je pas dit, Léona, qu'au moyen de cet or je puis briser la loi , et, s'il me
plaît, par les mains de celui qui l'a faite? L'humanité est lâche et vénale. La loi n'atteint que le faible; jamais le fort qui peut la violer impunément. ( Il ouvre le coffre du milieu. ) "Voyez, Léona, il y a dans ce coffre assez d'or pour donner un splendide festin d'un mois à toute la Toscane; eh bien! si un homme affamé se présentait ici, un homme qui n'aurait pas trouvé de travail pour nourrir sa famille pâle et désolée, et que cet homme, réduit au désespoir, trouvant ce coffre ouvert, dérobât une pièce d'or, la prison ; et si ce coffre étant fermé, il le brisait, l'échnfaud!... Comprenez-vous, Léona, la différenc qu'il y a entre moi et un pauvre? Sentez- vou toute l'étendue de ma puissance?^ Tem6ie.)Léoii;!, vous avez entendu dire, n'est-ce pas, que l'esprit des ténèbres n'a pas de forme visible? c'est une erreur grossière ! Regardez, Léona , je vais vous le montrer. Satan est ici! il est là! [il désigne la chapelle ) il est dans ce Christ, parce que la matière de ce Christ est en or; oui, Satan, c'est l'or, et Satan, je l'ai en ma puissance; je puis lui commander!... Léona, soyez donc fière de votre époux, car ce n'est pas un homme I
LÉONA
Oh! vous m'épouvantez!
ZACHARIE, se calmant.
Rassurez-vous... ceci est un moment d'exaltation passagère... Ecoutez-moi, je reviens aux choses que vous pouvez comprendre et que j'exige de vous.
LÉONA
Vous exigez ?...
ZACHARIE
D'abord, comme je vous l'ai dit, je veux que vous ne sortiez plus d'ici.
LÉONA
Oh!
ZACHARIE
3 e veux que vous écriviez ce que je vais vou dicter, une lettre à mon adresse.
LÉONA, s' asseyant près de la table à droite. Une lettre ?
ZACHARIE
De la plus grande importance pour moi.
LÉONA
Pour vous?
Et pour Raoul.
Pour.
ZACHARIE
LÉONA
ZACHARIE
Pour moi, parce que je neveux pas qu'on soupçonne que je vous tiens prisonnière dans ce palais. Ce soupçon amènerait des recherches; les recherches amèneraient peut-être la découverte de mon secret , et je ne veux pas encore mourir; je ne suis pas encore assez riche.
LÉONA
Oh!
ZACHARIE
Pour Raoul, parce que s'il se doutait de la vé-
rite, il se porterait à des violences que je repousserais, et qu'il faudrait que l'un ou l'autre pérît.,
LÉON A
Périrl...
ZACHABIE.
Il vous aime... j'ai tout deviné; il vous aime, et vous, Léona... si vous tenez à la vie de Raoul, écrivez.
LÉONA
J'obéis.
ZACHARIE, dictant.
« Monsieur, je n'ajouterai pas la perfidie à l'in- » fidélité; je ne vous aime pas; j'en aime un » autre. »
téONA.
Ah ! monsieur...
ZACHARIE
Vous ne voulez pas continuer !
LÉONA, reprenant la plume.
J'obéis; j'attends.
ZACHARIE, dictant.
« J'en aime un autre, et je fuis avec lui. » Signez...
LÉONA, hésitant.
Oh!...
ZACHARIE
Eh bien ! soit. ( Coière.) Mais Raoul!...
LÉONA, signant.
J'ai signé.
ZACHARIE
Mettez l'adresse : «Au seigneur Zacharie.»
0 mon Dieu !
ZACHARIE , prenant la lettre.
C'est bien. Et maintenant écoutez ce qui me reste à vous dire : Je suis votre mari , Léona , n'est-il pas vrai?... répondez...
LÉONA, gémissant.
Oui.
ZACHARIE
Et je vous aime.
LÉONA, épouvantée.
Vous m'aimez?
ZACHARIE
Je suis votre mari légitime comme je suis le maître de ces richesses... je n'ai que ces deux passions dans le monde, et dé.sormais, je veux, entendez-vous, j'en ai le droit, je veux que vous répondiez à mon amour.
LÉONA, fuyant.
Permettez que j'aille prier.
Elle entre dans la chapelle désignée.
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