SCÈNE IX
Les MÊMES, RIPERDA, BERTHOL, DA- NIEL, TOM, Seigneurs, Soldats ; puis GEORGES ET L'ÉTRANGER.
GUILLAUME. Venez, et dites-moi... laquelle de ces deux femmes est ma fille... Parlez... que savez-vous?... qu'avez-vous appris?...
BERTHOL, bas, à Daniel. Il doute encore, Daniel.
DANIEL, bas. Espérons, Berthol...
GUILLAUME. Vous VOUS talscz tous. . . mais
il n'y a donc personne qui puisse éclaircir cet épouvantable mystère?
GEORGES, entrant avec l'Etranger. Nous, mon prince !
Tout le monde se retourne. GUILLAUME. Vous?
JEANNE , MARIE , BERTHOL et DANIEL.
Georges ! . . .
GEORGES. Par-devers l'église Saint-Pierre, est une petite maison obscure, inhabitée, dans laquelle la princesse mourante avait caché un écrit qu'elle adressait à son époux proscrit. Un hasard m'a fait trouver cette nuit, cette maison que je cherchais depuis dix années. {Prenant un parchemin dans sa poitrine.) Et l'écrit conservé , l'écrit révélateur , le voici, prince... Voyez, si vous reconnaîtrez une écriture que dix-huit ans n'ont pas effacée.
GVILLMSME, prenant le parchemin. Oui, c'est bien d'elle... sa signature!... {Embrassant la lettre) Pauvre Jeanne-Marie, ta dernière pensée fut pour moi.
BERTHOL , à part. Qu'est-ce que cet écrit trouvé dans cette maison?
DANIEL, à part. Nous touchons au moment décisif.
GUILLAUME, Usant. «A toi, prince Guil- » laume, mon éponx bien-aimé... Dieu créa- » teur, Dieu prévoyant et juste, nous a le » même jour donné deux filles. . . » {Parlant.) Deux filles!,..
Mouvement de tout le monde , excepté de Riperda , l'Etranger et Georges. L'Etranger serapproçhede Georges, etDanieliplus confiant s'avance.
GUILLAUME, lisant. ». L'uue d'elle fut, la » nuit même de sa naissance, emportée par le » médecin Vander Does, qui , à l'aide de ce » double enfantement, a pu la soustraire en » annonçant au duc d'Albe ma délivrance et » la naissance d^une fille... La seconde fut, » huit jours après, sauvée par le major Van }) Ruyter... »
tous! Van Ruyter!...
GUILLAUME, Continuant. « Toutes deux » ont été emportées à Anvers pour y être dé- » posées dans l'asile des orphelins. » [Parlant.) Mes enfants... Jeanne!... Marie!...
vous êtes stEurs vous êtes mes deux
filles!...
JEANNE et MARIE tombant dans ses bras.
Mon père î
MARIE. Jeanne, ma sœur!.... Ah! voilà donc pourquoi je t'aimais tant !
JEANNE. Ma sœur, le ciel avait le secret de notre amitié sainte !
MARIE. Et le ciel nous conduisait dans les bras de notre père!...
BERTHOL, à Daniel. Et je suis gendre du prince, Daniel.
DANIEL, à Berthol, Tout s'arrange à merveille.
BERTHOL. Le diable est battu !
GUILLAUME , à Gcorgcs, Et que ne vous dois-je pas, à vous jeune homme qui m'avez apporté tant de bonheur!... Comment pourrai-je vous récompenser?...
GEORGES; désignant l'Etranger. Eu réhabihiant mon père...
GUILLAUME. Votre père? [Examinant Vétranger.) IaxW... Mais qui donc es-tu, loi, toi, qui, depuis que j'ai remis le pied en Hollande, os pris part à tous mes combats et assisté à tous mes triomphes ?
l'étrakgek. Je suis le major Van Ruyter!...
TOUS. Le major!....
GUILLAUME, avec un mouvement de surprise. Van Ruyler!..,
l'étranger. Le major, qui a souffert la trahison, la violence, la prison soHtaire, les mille tortures de la cruauté espagnole, et qui a eu le courage de vivre, parce qu'il avait un lils... parce qu'il pressentait qu'un jour.... Mais votre altesse n'a pas achevé la lettre.... lisez, mon prince.... hsez jusqu'à la fin.
GUILLAUME, Usant. « Si cet écrit te par- » vient, récompense et chéris ceux qui se » sont dévoués pour nous, et poursuis de ta » juste colère ceux qui me traînent sans pi- » tié dans la tombe... Je meurs tuée par un » poison que m'a donné l'Espagne , qui me » fut préparé par d'Albe l'infâme , et trai- » treusement versé par un échappé des ga- » 1ères, qui se nomme RénéBerthol. »
TOUS. Berthol! {Mouvement' de tous, excepte de V Etranger , de Georges et de Riperda. Daniel s'éloigne spontanément de Berthol, et passe de l'autre côlé de la scène. Guillaume parlant.) René lierlhol ! lui!...
BERTiiOL. Mon prince , .l'imposture seule fait ici parler les morts.
GUILLAUME. Berthol , lui qui s'est fait l'époux...
JEANNE", vivement. Mon père I votre fdle eSt toujours digne de vous !
l'étranger, l'interrompant^ très- vive-
ment.) Les galères entraînent la mort civile » et son mariage est nul.
GUILLAU^ME, allant à lui. Et tu as osé venir jusque dans mon palais?
BERTHOL,. avec audace. Pour m'approcher de ton trône.
GUILLAUME, avec une rage concentrée.
Et tu espérais... peut-être?...
BERTHOL, insolemment. Y monter un jour.
GUILLAUME sort convulsivement son poignard du fourreau, se contient, remet son poignard à sa place — Avec un calme majestueux. Et ma justice?
BERTHOL. M'a condamné , je le sais , ma tête était l'enjeu... prenez-la. ..j'ai perdu.
GUILLAUME. Soldats!
TOM , s' approchant. Qu'ordonnez -vous, mon prince?
GUILLAUME. Désarmez cet homme.... le monde est à jamais fermé sur lui!.. . et quant à son complice...
DANIEL. Compagnon, mon prince... pas complice.
JEANNE. Il a quelquefois, mon père, eu pitié de mes larmes.
GUILLAUME. Qu'il choisisse à l'instant le lieu de son exil.
DANIEL. En Portugal , monseigneur... ou sur les bords du Guadalquivir....
GUILLAUME. Vous avcz vingt-quatrc heures pour quitter nos états.
DANIEL, s' inclinant. Je ne me le ferai pas dire deux fois, mon prince.
GUILLAUME. Georges Van Ruyter, vous êtes chargé d'une mission en France, et à votre retour je ne vous oublierai pas.
GEORGES, s' inclinant. Mon prince!
GUILLAUME, Vt'nf/fwiï kl main au Major.
Major Van Ruyter, es-tu content?...
L'ÉTRANGER, lui baisant la main. J'ai peur d'en perdre la raison, mon prince...
BERTHOL, «eu/, à gauche, entre les soldats. Glorifie-toi, Satan !... tu m'as vaincu!...
FIN
MM. les Directeurs de province qui désireraient avoir la mise en scène de l'ouvrage sont invités à 8'adresser à M. Garros , rét;isscur général du tliôâlre de l'Ambigu.
Imprimerie de M°>« V« Dondet-Dupré, rue Saiut-Louis, 46, au Marais.
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DKAME EN CINQ ACTES
RKPIiESEME , l'OUH LA PKRMIEKR FOIS, A PARIS, SUR I.R THEATRE DE I.AM llIC.U-i;»»! ly IlE I.E S JUILLET ISI3.
HliKSONNAGES. ACTEUHS
LIONEL M. ALBEr.T.
DESVARENNES. riche capitaliste M. P. Dennery.
ROSSIGNOL, voleur M. Chii.ly.
MAURICE, commis de Desva-
rennes M. Matis.
MICHEL, fils fie Maurice M. Bousquet.
ÉLISA, sa fille. M'ie Desi.andes.
RENE, ami de la famille M. Lacressonnièri
D'ARCY, ami d» Lionel M. Lauré
FEHSONNA GUS A CTEUItS.
JEAN, son valet M. Alexandre.
UN OUVRIER M. Rektiioi.i.et.
MATIIIAS, homme au service de
Desvarennes M. Collet.