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SCÈNE IV

ROSSIGNOL , LIONEL, D'ARGY.

LIONEL. C'est bien, d'Arcy, c'est bien à toi de m'avoir tenu jusqu'au dernier moment fidèle compagnie; le plus ancien, le meilleur de mes amis devait ne se séparer de moi qu'après tous les autres.

d'arcy. a bientôt, mon cher Lionel!...

mais avant de partir, il faut que je te redise encore quelle joie j 'éprouve toujours à te revoir, à te serrer M' main... toi qui as rompu si noblement avec ton ancienne vie, toi qui es devenu maintenant tel que je te voulais, ou plutôt qui as surpassé toutes mes espérances... Oui, ce n'est plus à moi qii'il appartient, ami, de te donner des conseils; désormais je m'estimerai sage de me conduire d'après les tiens !... A bientôt !

Il Uii serre la main et Lionel le reconduit jusqu'au fond du lliéàtre.

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LIONEL, ROSSIGNOL

LIONEL. Dominique...

Il lui donne son chapeau et ses gant-;.

ROSSIGNOL. Monsieur n'a plus besoin de mes services?

LIONEL. Non ; va te reposer, Dominique, et moi-même...

ROSSIGNOL. Si monsieur veut passer dans sa chambre.. .

LIONEL. Non, tu sais bien qu'il faut que je sorte de bonne heure. Je vais me jeter un instant sur ce canapé.

ROSSIGNOL. Attendez, monsieur, attendez!

Il arrange les coussins du canapé, puis va fermer à gauche une fenêtre et en passant il s'arrête un instant en soupirant devant le secrétaire.

LIONEL, à lui-même. Oui, d'Arcy vient de me dire ce que me dit tout le monde... je ne suis plus le même, j'ai renouvelé toute ma vie, tout mon être... Et pourtant, j'ai toujours au cœur le même regret, le même souvenir de tristesse, le même effroi insurmontable dont je suis poursuivi depuis dixhuit mois, depuis... Elisa... elle en aimait un autre ; maintenant, sans doute, elle est sa femme, et moi... Ah ! pourquoi donc, mon Dieu , pourq^uoi m'ést-iî impossible de l'oublier?...

ROSSIGNOL, se rapprochant de lui. Tenez, monsieur, voici la clef de votre secrétaire!

LIONEL. A quoi bon? Je n'en ai pas besoin; merci, Dominique.

ROSSIGNOL, à lui-même. Il ne veut pas la reprendre.

LIONEL , va s'asseoir sur le canapé, et s'endort peu à peu pendant les lignes suivantes. Allons, ces richesses du moins, ces richesses que je voudrais n'avoir jamais connues, qu'elles soient toujours employées à faire du bien... et peut-être... Oui, ce devoir, j'ai commencé à le remplir à l'heure même où je croyais mourir, où j'ai donné ma dernière pièce d'or à la pauvre mendiante ; aussi maintenant, si j'avais un ami qui fût las de la vie, je lui dirais : Tant que tu peux être utile à un seid de tes semblables, c'est une lâcheté de vouloir mourir.

ROSSIGNOL , qui a entendu les derniers mots. Toujours le même, le meilleur des hommes. [Haut, en plaçant la clef sur un petit guéridon à deux pas du canapé. ) Tenez, monsieur, je la mets là !

LIONEL, à moitié endormi. Quoi donc?

ROSSIGNOL. La clef de votre secrétaire.

LIONEL. Comme tu voudras. Bonsoir.

ROSSIGNOL. Bonjour, inonsiour. {Soupirant et rcçjardant le secrétaire.) Ah '.c'est pourtant doMimage.

LiONtL, rêvant. Tenez, pauvre mère... à vous celte pièce d'or... gardez, gardez tout, et ne me remerciez pas, je le veux.

ROSSIGNOL. Même pondant son sommeil, i: pense encore an bien qu'il a fait la veille, ou à celui fju'il fera le lendemain!... {Refjardant tour à tour la clef et le secrétaire.) Adieu, ?.dieu sans retour.

Il marche vers le fond du théâtre.

LIONEL, rèvanl encore, et fredonnant dans son sommeil. 0 Fortune, à ton caprice.

Viens, je livre mon destin.

ROSSIGNOL , s" arrêtant au moment où il viivrail la porte du fond et redescendant peu à peu le théâtre. Hein? plaît-il?...

LIONEL, fredonnant.

L'or est une chimère...

ROSSIGNOL. Ah ! bail ! voilà qui est étrange !

LIONEL, rêvant toujours et riant aux éclats. Ha ! ha! ha ! pauvre Desvarennes!

ROSSIGNOL. Desvarennes!

LIONEL, Ah! tu as perdu quatre cents mille francs! les voilà, à moi! à moi!... J'en ferai bon usage !

ROSSIGNOL. Eh! pardieu, c'est lui! c'est mon voleur!

Il vient tout doucement reprendre la clef sur le guéridon et marche avec la même précaution vers le secrétaire ; il ouvre, mais un peu trop vivement, et le bruit réveille en sursaut Lionel, qui se lève et s'élance sur lui à l'instant où il saisissait l'aumôniore.

LIONEL. Malheureux!... voilà donc le prix de ma confiance ! •

Il lui arn'to le bras, ferme le secrétaire, en reprend la clef; puis tenant toujours Rossignol en respect, il s'élance vers un cordon de sonnette.

ROSSIGNOL. N'appelez pas! n'appelez pas!

{Lionel sonne avec force. Rossignol reprend de l'audace. ) Au fait, que m'importe !

Il s'assied avec le plus grand sang-froid, et regarde fixement Lionel. Il fredonne à son tour :

O Fortune, à ton caprice, "Viens, je livre mon destin.

LIONEL, avec un mouvement de surprise et d'effroi involontaire. Ce refrain... quel souvenir...

liOssicNOL. arec plus d'audace encore.

L'or est une cliimère.

Sachons nous en servir.

Le vrai bien sur la terre N'esl-il pas...

LIONEL. Enfin, que prélcnds-tu donc, et que signifie?...

ROSSIGNOL. Cela signifie qu'il y a dix-huit mois, sur le pont Neuf, un jeune liomme qui chantait ce refrain s'est baissé pour ramasser...

LIONEL. Ah! tais-toi! tais-toi!...

ROSSIGNOL. Allons donc ! vous voyez bien que j'avais raison de ne pas m'effrayer.

Entre Jean.

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