OUI
MONTizoN. Ce cher Bagninski! Ah! te voilà ievenu riche... reçois mon compliment!... {A part.) Parbleu, voilà mon dî- !!er tout trouvé.
BAGNOLET. Ah ça , et toi , la position fiiiancic'rc?
MONTizON. Oh! moi, je suis à la tête d'une otureprise magnifique, d'une affaire colossale.
BAGNOLET. Vraiment!... ce cher Monlizon... Ah! tes affaires marchent bien... je suis enchanté de t'avoir rencontré. {À part.) Je ne le quitte plus, et je tiens mon dîner.
MONTIZON. Comme on se retrouve! A pro- 1 Oïi, t-si-ce que ta as déjà dîné?
BAGNOLET. Moi!... fi donc. .. à six heures!
MONTizoN. Eh bien , si nous dînions ensemble?
BAGNOLET. Comment donc!... avec plaisir.. . avec beaucoup de plaisir. Justement, je me sons quelque appétit.. .
MONTizoN. Et moi de même. {Appelant.) François?
LE GARÇON. Monsieur !
BAGNOLET. Deux couverts !
MONTIZON. Oui, deux couverts sur cette table !
Ils s'asspyent à une table; le Garçon met le couvert.
LE GARÇON. Quel vin prennent ces messieurs?...
MONTIZON. Ah ! oui, quel vin préfère5-tu ?
BAGNOLET. Ah! ça m'est égal.
MONTIZON. Mais enfin, ton ordinaire ?
BAGNOLET, à part. Mon ordinaire, c'est de l'eau claire. {Haut.) Eh bien!... Beaune première.
LE GARÇON. Bcaune première... oui, monsieur.
MONTIZON, écrivant. Et tenez, voici la carte; tu t'en rapportes à moi?
BAGNOLET. Comment doncl. ,
MONTIZON, à part. Ça montera peut-être on pi u haut!... mais je ne n'ai pas besoin de le ménager.
BAGNOLET, à part. Mazette!il paraît qu'il
va joliment me traiter. C'est l'affaire de sa bourse.
MONTIZON, remettant la note au garçon.
Tenez, François... et servez-nous vite.
LE GARÇON. A l'instant, monsieur.
Il sort.
MONTIZON. Ah ! tu ne saurais te figurer le plaisir que j'ai à te revoir.
BAGNOLET. Et m.oi, douc ; sans toi, je ne dînais pas.
MONTIZON. Hein?... comment!
BAGNOLET. J'ai horreur de dîner seul.
MONTIZON. Ma foi, c'est comme moi; quand je suis seul, je ne dîne presque jamais!
Le Garçon revient avec une bouteille et les potages ; ils se servent.
BAGNOLET, mangeant. A propos, tu me parlais d'une grande affaire...
MONTIZON. Oui, une affaire de presse...
un journal dont j'ai eu l'idée...
BAGNOLET. Ah! c'est un joumal?
MONTIZON. Depuis longtemps, le besoin se faisait généralement sentir d'un journal quotidien, grand format, et à 4 francs par an.
BAGNOLET. Un journal à U francs'... Comment, tu ne prends que U francs à chaque abonné!...
MONTIZON, Mieux que cela, mon cher...
U francs que je donne.. .
BAGNOLET. Comment! tu les donnes!...
Mais c'est ruineux.
MONTIZON. Du tout; mon système est bien simple.
BAGNOLET. Ah! voyous le sy.stème!
MONTIZON. Tu connais la spéculation des journaux à UO francs?... La feuille politique et littéraire se ruinerait très -vite sans la feuille d'annonces, qui produit chaque année 100,000 francs de bénéfice net.
BAGNOLET. Ah! bah! 100,000 francs; j'ignorais ce gros chiffre.
MONTIZON. Oui, mon cher, 100,000 fr.
d'annonces que payent de braves industriels alléchés par les vingt mille abonnés des susdites feuilles. Or, un journal qui conipierait cinq fois plus d'abonnés ferait aussi pour cin(j fois plus d'annonces.
BAGNOLET. C'est clair... comme un bec do gaz.
MONTIZON. Au lieu de vingt mille abonj nés, ayez-en cent mille... et bientôt au lieu de 1 00,000 francs d'annonces, vous en aurez po»r r)00,000 livres.
BAGNOLET. Mais comment trouver cent mille abonnés?
MONTIZON. Je suis sûr de les trouver, puisque je Il s paye. Je leur donne k fr. par lèle. !Mes abonnés me corueni ^00,000 francs, et comme mes annonces m'en rapportent 500 mille, j'iii 100,000 francs de bénéfice brut.
BAGNOLET. Ah! mon ami, c'est superbe.
LES BOHÉMIENS DE PARTS
c'est magnifique; je comprends... je saisis tout ton système... tu poses quatre, et tu retiens cinq ; tu retiens six. . . tu retiens tout. . . et ta fortune est faite.
MONTIZON. Won journal doit paraître demain ; presque toutes mes actions sont déjà placées ; cependant, comme je n'ai rien à te refuser, si tu voulais les trois dernières...
BAGNOLET. Lcs trois dernières !
MONTIZON. On les cote à la Bourse à 750 fr.; mais pour toi, mon ami, ce sera au prix d'émission... les trois pour 1,500 fr.
BAGNOLET. Quc 1,500 IV.? ça vaut mieux que ça; ça vaut mieux que ça; et. . . j'en parlerai à mon banquier.
MONTIZON. A ton aise. Prends- tu du café?
BAGNOLET. Ordinairement je m'en prive ; mais aujourd'hui je prendrai tout ce que tu voudras.
MONTIZON. C'est ça. Graçon, du café, et l'addition.
LE GARÇON. Oui, messieurs.
BAGNOLET. Ma foi , mon cher Montizon , ce dîner était délicieux... tu t'entends parfaitement à commander.
MONTIZON. N'es-ce pas?... L'habitude!...
LE GARÇON verse , et présente la carte. Voilà, messieurs.
Chacun lui fait signe de la donner à l'autre ; le Garçon, qui la leur a présentée alternativement, finit par la mettre au milieu.
MONTIZON, la prenant. Dix-sept francs...
ça n'est pas trop cher !.. .
11 la passe à Bagnolet.
BAGNOLET la prenant. Mais non... mais non !... c'est pour rien...
11 la repasse à Montizon.
MONTIZON. Hein!... quoi donc?... Ah!
tu veux que je vérifie... tu n'es pas ferré sur l'addition, toi... { Comptant. ) Cinq , dix, seize!... (// achève bas.) Le compte est exact !
Il la présente à Bagnolet.
BAGNOLET, laprenant. Oui, oui, le compte est très-exact... (// la lui rend.) Tiens.
MONTIZON. Que veux-tu que j'en fasse?
BAGNOLET. Eh bien, mais... que tu la payes...
MONTIZON. La payer!... moi!
BAGNOLET. Sans doute, puisque tu m'as offert...
MONTIZON. Offert... quoi?...
BAGNOLET. A dîner.
MONTIZON. Je t'ai offert à dîner!... Je t'ai offert de dîner ensemble, et je t'avouerai même que je comptais sur toi... car, par le plus grand des hasards, je suis sorti sans ma bourse.
BAGNOLET. Ah! bigre! moi, j'ai bien la mienne, mais il n'y a rien dedans.
MONTIZON. Ah ! fichtre ! Eh quoi, malheureux 1 tu le mets à table sans argent!
BAGNOLET. Il cst charmant!... Eh bien, et toi ?
MONTIZON. Moi, c'est bien différent...
Mais comment nous tirer de là maintenant?
BAGNOLET. Est-cc que tu n'as pas quelque chose à laisser: un bijou, une canne à déposer? c'est reçu, ça se fait ces choses-là.
MONTIZON. Je le sais bien que ça se fait. . . Parbleu!... une canne... j'en ai déjà trois en pension au comptoir... je suis brûlé, mon cher, entièrement brûlé !
rt,VV\/V\'^'VVWVVV\(VVVVWV\/WV*'VVV\'VW. \VWVV\ VVV\VVVWXAAA/\ W V