‹ [Magasin théâtralChapitre 247 sur 1545 · LOUISE , PLURE D'OIGNON , GENS DE · texte numérisé non relu

LOUISE , PLURE D'OIGNON , GENS DE

LA NOCE arrivant gaiement.

ARTHÉMTSE. Ah ! enfin ! n'uis y voilà ; c'est lrè.-.-g'hliJ ici ! ^

Tous C'est charirant.

'entrée de la cuisine avec un comptoii garni de comestibles ; , un pavillon.

ARTHÉMISE. Ah ça, et mon mari. ..

TOUS. Le voilà!

BAGNOLET, quî donne le bras à Louise.

Là, cette petite promenade vous fera du bien, mademoiselle Louise.

ARTHÉMISE. Et surlout tâchcz de vous distraire iin peu.

LOUISE. Me distraire!

Elle s'assied sur le devant à gauche.

PLURE d'oignon. AUous, vivc la joie! ici; on peut rire et danser tout à son aise.

BAGNOLET, à part. Rire et danser!., faut qu'il n'ait pas d'entrailles

ARTHÉMISE. Ah ça, qu'est-ce c[ue vous avez donc, Bagnolet? pour un jour de mariage, vous n'êtes guère jovial.

BAGNOLET. Moi, au contraire... je suis très-gai... très-follichon !..,.. Je m'amuse beaucoup.

ARTHÉMISE. Ma foi, on ne le dirait pas

vous êtes pâle, distrait... Pendant toute la route, vous n'avez pas desserré les dents... Si c'est comme ça que vous comprenez vos devoirs d'époux...

BAGNOLET. Mais, chère Arthémise...je t'assure...

PLURE d'oignon. Mais va donc, va donc, bêtat. . . fais donc la cour à ta femme.

BAGNOLET, bas. Monsieur Piure d'Oignon, je vous sn[)[")li ■ de n • p.is vous immiscer dans mes ;ill';nr(s dr nién.ige! Vuuseic!» ici, ça doit vjvtis .sufiir»»

CHAIUMEAU, s'avançant avec Poplard.

Tiens, mais c'est Bagnolet.

BAGiNOLET. chalumeau! Poplard!

ARTHÉMISE, à part . Qu'est-ce que c'est encore que ces deux là?

CHALUMEAU. Ail ç^, tu es doHC de noce?

PLURE d'oignon. Lui!... Pardine, c'est V marié !

POPLARD et CHALUMEAU. Le marié !

CHALUMEAU. Ah ça, mais alors tu nous mvites, pas vrai?

ARTHÉMISE,. sèc^emen^ Pardon, messieurs, mais il n'y a plus de place.

CHALUMEAU et POPLARD. Hein?... Comment! un refus!

BAGNOLET, à Arthémise. Permets, chère amie... je vais leur parler... les renvoyer adroitement.. Moucher Poplard... mon bon Chalumeau... désolé de ne pouvoir vous admettre... mais c'est un pique-nique.

CHALUMEAU ET POPLARD. Un pique-uique.

BAGNOLET. Oui, à la modo anglaise, chacun son écot, et vos moyens ne vous permettent peut-être pas...

CHALUMEAU. Dam ! ça dépend du prix.

POPLARD. Combien par tête !

BAGNOLET, à part. Effrayons-les. {Haut.) Quarante-trois sous sans le vin.

CHALUMEAU. Cristi, c'cst un peu salé.

POPLARD. Mais c'est égal, y a moyen d'arranger ça; on no marchande pas avec les amis, et tu payeras pour nous.

CHALUMEAU. C'cst dit : nous restons.

BAGNOLET. Comment! mais...

ARTHÉMISE , qui pendant ce colloque a causé avec Louise. Eh bien?

BAGNOLET. Eh bien, c'est arrangé ; ils restent.

ARTHÉMISE. JoUs amis que voue avez là !.. comme si ce n'était pas assez de ce M. Plure d'Oignon.

BAGNOLET. Ah! celul-là, c'est bien malgré moi.

ARTHÉMISE. Allons, laissous ça... Pour avoir tout le temps de danser, je propose de dîner tout de suite.

TOUS. Oui, oui, dînons, dînons.

ARTHÉMISE. La fillc ! la fille !

PLURE d'oignon. Attendez, je vas la faire venir. Ohé! la fdle!.,. ohél

ARTHÉMISE. Ah! mou Dieu, quel genre!

LA SERVANTE, accourant. Voilà ! voilà !... Quoi (ju'y faut vous servir?

RAGiNOLET. Voyous... il nous faut un dîner copieux!... Nous sommes vingt-deux... prenons d'abord du veau pour six !...

CHALUMEAU. Pouf six!... eh bcn! excusez!... A quarante-trois sous par tête, faut chacun son veau.

TOUS, en sens divers. Oui, oui, du veau !... Non, non, pas de veau.

ARTHÉMISE. Ab I si cliacun donne son avis^

il n'y a pas moyen de s'entendre... Voyons, qu'est-ce que vous avez?...

LA SERVANTE. Nous avons des pieds de mouton, des gigots de mouton, des côtelettes de mouton, des rognons de mouton et des....

BAGNOLET. Rien que du mouton!

PLURE d'oignon. C'est pas tout ça... vous allez nous faire écorcher... Voilà comme on s'arrange... {Allant nu comptoir et piquant un morceau de viande.) Combien 1' gigot?

LA SERVANTE. Six francs, au juste.

plure-d'oignon. On vous en donne quatre livres dix-neuf. . . Mettez-nous ça de côté, et n'en parlons plus. {Allant chercher un autre plat.) Maintenant, cette volaille ?

LA SERVANTE. Cent SOUS.

PLURE d'oignon. Cent sous! ça... un poulet de quinze jours, et qu'est mort de la coqueluche... Mais regardez donc, regardez donc...

Il passe le poulet à Chalumeau qui le flaire.

CHALUMEAU. Cent sous , ça ! c'est trop cher !

TOUS. Oh! c'est trop cher!... c'est trop cher !

PLURE d'oignon. Cinquautc-cinq sous le poulet. Enlevé 1

ARTHÉMISE. Mais il faudrait autre chose. . .

LA SERVANTE. C'est pas tout ça ; venez à la cuisine, vous choisirez vous-même.

BAGNOLET. G'cst ça... j 'adopte cette ouverture !

Il va pour sortir.

PLURE d'oignon , le retenant. Minute!

reste auprès de ta femme... Poplard entend mieux ça... Il dira au bourgeois de nous arranger dans le soigné.

POPLARD. C'est dit : j'y cours 1

Il sort.

BAGNOLET, à part. Impossible de bouger... Gredin de Plure d'Oignon 1

ARTHÉMISE. Pendant ce temps-là, faut met- Ire la table.

TOUS, Oui, oui, mettons la table

Tous les gens de la noce vont chercher une grande table et mettent le couvert.

ARTHÉMISE, à Louise, qui est restée sur le devant. Eh bien ! mamzelle Louise, vous ne venez pas nous aider?

LOUISE. Pardon, pardon ; mais je suis si inquiète , si troublée. .. depuis deux jours que je n'ai vu Didier!

BAGNOLET, à part. Didier ! .. .

Plure d'Oignon l'arrête.

ARTHÉMISE. Veucz douc, ça VOUS distraira ; c'est pour ça que je vous ai amenée ici.

LOUISE. Ah ! j'ai eu tort de venir : je trouble votre gaieté, votre bonheur...

ARTHÉMISE. Mais non... mais non !...

j' suis seulement fâchée de tous voir si triste.

POPLARD, arrivant avec une grande sou^ vicre sur la tête et suivi de garçon* oui por^

LES BOHÉMIENS DE PARIS

tent des plats. Gare l'eau ! gare l'eau I v'ià le potage !

TOUS. A table ! à table !

ARTHÉMISE, à Louise. Allons, venez à côté de moi , et ne pensons plus qu'à nous divertir.

TOUS. A table ! à table !

Elle l'emmène ; tout le monde se place. Pendant le pêlemêle général, un homme s'e«t approché de Plure d'Oignon, lui a parlé bas et l'a emmené, ce qui u'a été remarqué que d'Arthémise et de Chalumeau.

CHALUMEAU. Ah ça, c'est moi que je découpe le pain. Qu'est-ce qui va déboucher les bouteilles ?

BAGNOLET. Donnez ; je m'en charge. {A part.) Je n'ai pas plus faim que l'enfant au biberon. {En disant cela, il vient sur le devant, et met la bouteille entre ses jambes pour la déboucher.) En voilà une jolie position pour un jour de noces!... {Cherchant à déboucher la bouteille. ) Avec ça que j'ai toujours un de ces scélérats sur mes talons... de bottes. Depuis l'horrible scène de l'estaminet, la venette ne m'a pas quitté. .. El ce pauvre Didier, il me semble toujours le voir dans sa cave.

Il recommence à tirer.

ARTHÉMISE, de la table. Eh bien ! Bagnolet, vous ne venez pas ?

BAGNOLET. C'est pas moi ; c'est le bouchon qui ne veut pas venir.

TOCS. A boire ! à boire !

BAGNOLET. Allons, bou, Ic v'ià cassé.

TOUS. A boire ! à boire !

On passe les bouteilles.

ARTHÉMISE. C'est ça; amusons-nous; et pour commencer, je vais vous chanter le bonheur du ménage.

TOUS. Oui; c'est ça! c'est çal

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