SCENE VI
Les Mêmes , GASPARDO entre accompagné f Je Piétro et suivi (fune sentinelle qui lutle avec lui. La désarmant et rejetant sa hallebarde dehors *.
Je veux entrer, moi... {jiperceoanl Francesco.) Le voici.
RICCARDO, surpris. Gaspardo !
VISCONTI. Que veut cet homme?
GASPARDO, à Visconti. Le commandant tst-il condamné?., répondez, mon prince, répondez...
VISCOXTI. Qui es-tu ?
GASPARDO, se tournant (>ers le connétible. Le tribunal a-t-il prononcé l'arrêt du commandant Francesco Sforce?.. Parlez... dites, connétable.
LE CONNÉTABLE. Non... le tribunal s'assemble...
GASPARDO. Dieu soit loué!... Je viens à temps...
VISCONTI, à Gaspardo. Riais qui es-tu donc, toi, qui nous mterroges ainsi ?
GASPARDO. Vous voulez savoir qui je suis?.. Je suis l'assassin du procurateur Contarini
* Visconti , Gaspardo , Francesco • Riccardo , le connétable Piëtro.
VISCONTI et RICCARDO. Que dit-il?...
FRANCESCO, à part. Encore cet honune!
LE CONNÉTABLE , à Viscotiti. Vous l'entendez, duc?...
GASPAUDO. Le justicier Riccardo, qui a ramassé, dans la chambre du comte, le manteau du patron des gondoliers, laisse peser l'accusation sur le commandant...
mais le gondolier vient apporter sa tète au tribunal et ses mains au justicier... C'est moi qui ai tué le procurateur. Je l'ai suivi cette nuit dans son appartement, oii je l'ai tué... puis je me suis jeté dans le lac et j'ai nagé jusqu'au bord... J'ai bientôt appris que le commandant Francesco était compromis... je me suis dit alors : Laisser condamner un innocent à ma place , ce serait un crime dont le ciel me demanderait compte un jour... et je suis venu jusqu'ici pour y mourir sans remords, pour éclairer les juges, pour délivrer le commandant, et pour sauver mon ame , car j'ai la crainte de Dieu... Vous avez pour preuve mon manteau trouvé chez le comte... (Je^^n/ son épée à terre.) Voici mon épée encore tachée de sang et de rouille. .. et que maitb tenant justice soit faite à tous !
Liî CONNÉTABLE. Vous le voyez, duc!., mon fils n'est pas coupable.
RICCARDO. Votre fils, connétable, est complice de cet homme, qui se perdra sans le sauver. . je les accuserai tous deux.
GASPARDO. Quand j'ai frappé le comte, j'étais seul avec lui.
LE CONNÉTABLE. Seul !
RICCARDO. Et le commandant est celui que nous avons trouvé, seul , auprès du procurateur frappé.
VISCONTI , à Francesco. Qu'avez-vous à répondre , commandant?
FRANCESCO. J'ai seulement à dire qu'à l'heure où cet homme s'avoue coupable, moi j'atteste que je suis innocent.
VISCONTI. Quel dessein vous avait conduit à la villa du procurateur?
FRANCESCO. J'ai dit ce que j'avais à dire.
VISCONTI Nous nous en rapporterons à la sagesse du tribunal ; vous êtes accusés tous deux.
GASPARDO. Vous voulez savoir pourquoi le commandant était, la nuit passée, dans la villa du comte.\. eh! bien, je le sais, et je vais le dire!...
RICCARDO, il part, en s' approchant. Que
va-t-il faire?
(Le connétable et Francesco expriment nne grande inquiétude.)
GASPARDO, à AVcorJo. Que voulei-vous, justicier ?
MifiASlN TIIRaTBAL.
RICCARDO. Je VOUS écoute.
GASi'AUDO. Je neparlerai qu'au prince...
éloignez-vous !..
'Sur un peste de Visconti, Riccanlo s'éloigne, l'inquicliiile est sur fous les visages.)
LE co:vNKTABLr.. IMais moi,., moi... son père ! . . ,
piÉTRO. Laissez, mon général... laissez faire cet homme.
GASPARDO, à Visconti, sur le deoant de la stènf. Duc!... le commandant Francesco était , la nuit passée , chez le procurateur, parce que, pendant l'absence de l'époux, votre fille Blanche, comtesse Contarini , avait secrètement ouvert sa porte à son amant Francesco...
VISCONTI, effrayé. Grand Dieu !...
GASPARDO , élei'ant la roix. Le commandant était chez le comte?..
VISCONTI , l'interrompant. Parle plus bas.
GASPARDO , continuant à ouix basse.
Parce que sa passion l'avait entraîné où me guidait ma haine.
VISCONTI, à part. Oh! j'aurais dû le prévoir...
GASPARDO. Les lois de Milan condamnent à mort le meurtrier , et les adultères à la flétrissure!., eh bien île tribunal nous •ugera tous trois , puisqu'il me faut tout dévoiler.
VISCONTI. Mais, malheureux, tu vas perdre ma lille...
GASPARDO. Vous la sauverez, duc... vous êtes le maître.
VISCONTI , dans une grande agitation.
Non... il n'y a pas de pouvoir qui puisse effacer une tache de déshonneur. Quand un bruit public... l'imprime au front d'une iemnie... non... il nie faut ton silence.
GASPARDO. Voiis rendrez de suite au commandant sa liberté... et à l'heure de ma mort vous me donnerez pour confes seur le franciscain Raphaël... voilà tout.
viSCOîMTi , à part. Oh... mon Dieu!...
j'ai sacrifié ma fille, et vous m'en punissez fcien cruellement. {A Crirs//u'do.) Et à ces deux conditions, ce secret!..
GASPARDO. Sera demain mort avec
RICCARDO. Duc! les sénateurs attendent l'accusé...
VISCONTI , désignant Gurparda, Le voici !... qti'on s'empare de cet homme.
RICCXRDO. Mais, mon prince...
VISCONTI. La justice du duc le veut , et qu'on lai.sse libre le commandant Frances(o Sforce injustement aceusé.
LE CONNÉTABLE, tiorc Joie. Libre. .
niCCAitno. Mais pourtant..-
VISCONTI. Silence
' il le faut amsi.
(U sort.) Libre . . . Francesco.