CRANOU, JEAN, PHILOMÈLE, SYMPHORIEN
PHII.OMÈLE, à Cranoii. Eh bien ! vieux, f st-c'que ça baisse ?. .
ci'.ANOU. Ah ! mon pauvre Philomèle, i'crois bien... {Il affecte de tousser très- fort.) \ là l'conunencement de la fin... {D'une •voix, tassée. ) Infirmier ? ( il tousse encore) !! ne {gorgée de tisane, s'il vous plaît... (// tiu'l la main à sa gorge.) J'élrangle. {Jean vit à fa tête du Ht prendre un verre surlaplan- *:hc. Il remplit. Pendant ce temps, Cranoudit las aux camarades .) Ne vous faites pas de i!e mal; y croyent que je vas tortiller de l'œil... jamais; malgré la diète, je me pone comme le Pont-Neuf. {Etonnement 'les forçats.) C'est un coup monté, c'est du harlatanisme pour embêter la médecine et l'aigousinade. Floués les garde-malades!. . {L'infirmier renent avec le verre de tisane.) Merci bien, l'infirmier du bon Dieu! c'est l' dernier dérangement que j'vous causerai, mon digne homme... encore une quinte pareille, et Cranou brûlera la politesse à ce bas monde. ( Prenant une main de chaque forçat.) Et avant j 'voudrais vous dire mes dernières intentions. Attendez un peu . (// porte la main ci son
front.) Qu'est-c'qui m'pèse donc?... Estc'qu'il y a du brouillard,., j'y vois plus clair... bien sûr qu'il y a... Ah !...
PHILOMÈLE. Infirmier, pour l'amour dt Dieu... quelque chose, il va nous parti dans les mains.
JEAN. Y a là son flacon.
\. va le chercher.
CRANOU, aux amis. J'ai fait la frime d'être malade... vous savez comme j'ai r trucpour me donner une fièvre de loup. D'puis quelques jours, j'ai r'fusé la nourriture, je m'soutenais seul'menten cachette avec des vieilles croûtes trempées dans la tisane et quelques gouttes d'eau-de-vie qu'j 'avais en réserve dans un p'tit pot à tabac.
PHILOMÈLE. Chut!.. (// va au-devant de Jean., lui prend le flacon des mains., et revient à Cranou.) Vois donc , Symphorien... si n'y aurait pas un mouchoir ou quelque linge pour lui essuyer l'front... il a la sueur...
JEAN. Attendez , attendez... tenez-lui toujours la bouteille sous l'nez...
Il entre à l'infirmerie.
CRANOU, aux amis. Lorsqu'on m 'laissait seul, j'm'occupais à détacher un barreau d'ia f'nètre. L'œuvre est achevée ; j'ferai le mort... on m'iaissera sous mon drap pendant quelques heures avant de m'iaiie emporter pour l'amphithéâtre... et puis... et -puis... (^ Jean qui revient.) Ah! mon brave Jean, vous avez beau faire , c'est c'ie nuit que je vas décamper.
JEAN. Peut-être !
CRANOU. Ah ! ça n'men effraie pas davantage! j'suis résolu! c'est ma délivrance! j'ai tant souffert qu'il m'est ben permis d'ia désirer sans offenser personne... Priez l'bon Dieu, les amis, et vous aussi, l'infirmier, pour qu'elle soit prompte, {^nr, deux fnfa/.5'.)J 'n'ai qu'un regret, c'est d'vonslai.sser après moi dans cette baraque du diable, f // se tord.)Ahl tenez-moi, tenez-moi... ah!
c'est là, voyez-vous, dans l'creux dTestomac... ah!çam'serre,ça me monte.. Ah !.. . la mère... sainte Marie!... l'chirurgien i"
PHILOMÈLE. Lasœur.. infirmier... il V3 passer...
Jean retourne h l'infirmerie.
CRANOU, riant. Oui, que j'vas passer tantôt, et par la fenêtre, j'espère... et v'ià l'pr^mier instrimientd'ma liberté... un res sort de montre sous ma langue. J'voulais vous l'transmettre avant de prendre le grand air, et vous jurer qu'une fois dehors j'vous fournirais tous les moyens de vous évader à votre tour, si c'était pas fait.
MAGASIN TURATRAL.
LES DEUX. FORÇ\TS. Merci, merci. \
PUILOMÈLE, reg'irdanl vers C infirmerie.
Eh vile, eh vite, les béguines I
CiiANOU, se jetant dans les bras de ses camarades. Ahl je meurs...