‹ [Magasin théâtralChapitre 381 sur 1545 · COUPLET · texte numérisé non relu

COUPLET

Il change de figure Comme de vètemens ; Tantôt i! est bien mûr.

Tantôt il est fringant !

Maigre z"on gras pourtant, Et toujours bien portant.

TOUS

Maigre z'ou gras pourtant.

Et toujours bien portant.

ISAAC. Troisième couplet.

PLUCK. 11 yen a...

ISAAC. Vingt-quatre.

PLUCK. Rien que vingt-quatre?

TOUS. Ah ! c'est dommage!

ISAAC, en musicien ambulant.

Je n'ai point de ressource :

Chaque jour, pour tout bien.

J'ai cinq sous dans ma bourse.

Voilà tout mon moyen.

En tout lieu, en tout temps, J'en ai toujours autant!

En tont lieu, etc.

ISAAC. La morale de la chose.

TOUS. Ah! oui, la morale.

Pour prix de mon blasphème , L'ange a dit : Me'creant, Tu marcheras toi-même Pendant plus de mille ans!

Le dernier jugement Finira ton tourment.»

SATAN, avec impatience. Assez, assez !

Juif errant.

Changement.

TOUS. Le Juif errant!

ISAAC, à pari. L'enfer même me connaît.

SATAN, au Juif. Qui t'amène?

ISAAC. La fatalité.

SATAN. Qui t'a ouvert mon empire ?

ISAAC. Celui qui a fermé ma tombe.

SAT.AN. Et que viens-tu chei'cher ici?

ISAAC. Quelque nouvelle douleur sans doute ; car depuis le jour qu'il s'est trouvé en Judée assez de bois pour tailler une croix à Jésus de Nazareth, et assez de place pour planter cette croix, depuis ce jour, pas un de mes mouveniens qui n'ait produit la souffrance, pas une de mes heures qui soit restée vide d'agonie ; il eu sera de celle-ci comme des autres.

SATA^x. Erreur! Aux malédictions du Cliri^t, Saian r<pond par ses bénéd ici ions. Le Chr.st a du : Alisère et opprobre... Satan dit : Joic et félicité au voyageur lionnirt méprisé; une liospitalité de prince, une hospitalité grande et splcndide.

l'LiCK. Sire, nous tombons dans la prodigabié.

ISAAC. L'al-je bien entendu? l'hospitaliiéauJuiferrant !.. Qui quetusois, répète encore ce mot qui vibre pour la première lois à mon oreille ; ce mot, trésor de joie et d'espérance ; n'être plus proscrit, cliassé, maudit! moi, comblé d'ivresse et de béatitude! Oh! mais non, il n'y aqueDieu qui puisse faire cela, et tun'ts pas Dieu, toi.

SA'iAN. Je suis plus que lui, puisqu'en toi je déiruisson ouvrage... Isaac Ahasvérus, relève ton front courbé sous sa vengeance, brise le calice qu'il approchait de tes lèvres arides, secoue le fardeau de malheurs qu'il t'avait jeté sur les épaules ; une couronne sur ton front, à tes lèvres une coupe d'ambroisie, sur tes épaules un manteau de pourpre.

I.SAAC. Cn banc de pierre d'abord, un banc de pierre pour y asseoir mes fatigues d'autrefois.

SATA^, à Pbick. Encore une conquête sur le ciel.

ruCK, à Satan. D'autant plus précieuse qu'elle ne coûtera à votre majesté que le feu et le logement.

ISAAC. Ah ! toutes ces générations que j'ai traversées et qui m'ont jeté le mé[.ris en chemin, que ne peuvent-elles maintenant défder une à une devant moi, afin qu'à mon tour, calme et assis , je les maudisse comme elles m'ont maudit!

SATAN Sois exaucé ! debout! prends ce sceptre, je te fais pour une heiueroi d'enfer.

ISAAC. Merci, ah ! merci, Satan, je pourrai donc broyer et pétrir sous ma colère ce monde qui si long-temps m'a heurté en passant... Roi d'enfer! oh! oui, donnemoi ion enfer dans la main que je l'étoulle, ou sous le pied, que je l'écrase.

SATAN. Regarde donc dans ce miroir magique où se réfléchit mon empire, et vois ce qui te reste à ajouter aux supplices inventés par moi.

ISAAC, les yeux fiers fitr le miroir. Bien ! très-bien. Sat.iu! bravo! bravo! en voilà qui souffrent plus que je n'ai souffert... Fantômes de rois, maintenant sans pourpre et sanscotuonue, c'est un roi qui vous parle, la potnpre siir r<'p;iidr et le diatièmeau front !.. raiitùiue Me peuples, c'ist un maître inflexible qui étend vers vous

son sceptre d'airain; c'est moi, moi le Juif errant!., moi que vous avez poui suivi, bafoué, persécuté de siècle en siècle ! moi, que vous chassiez de vos villes et du seuil de vos maisons ; n\oi, à qui vous jetiez la raillerie sur les places publiques et la boue dans les carrefours ; moi, le maudit, moi enfin!.. Une goutte d'eau pour y tremper vos lèvres desséchées, non, mais à moi une coupe qui déborde. {A Litithqui lui \'erseà boire.) Verse donc, que je boive à ceux qui brûlent et crient la soif. {S'arrêta>it au milieud'un éclut dcrire.)Quai[-]e\u7 mafille! {Brisant le miroir.) Ah ! c'est horrible ! ( A Satan.) Reprends ta couronne, ton manteau de pourpre et ta puissance ; rendsmoi mon malheur, mais aussi rends-moi ma fille.

SATAN. Et qu'y gagnerai-je?

PLUCK. C'est juste ! rien pour rien.

ISAAC. Mon amepourla sienne.

SATAN. Et comment diantre veux-tu que je la prenne , ton ame, puisqu'elle t'est chevillée dans le corps jusqu'au jugement dernier? D'ailleurs, marchéde dupe ; tôt ou tard j'aurai gratis ce que tu me proposes d'acheter aujourd'hui... J'attendrai.

PLUCK, à part. Bien calculé.

ISAAC. Satan, Satan, je suis à tes pieds, ne me repousse pas, écoute ma prière.

SATAN. Il n'y a donc pas que Dieu qu'on prie !

ISAAC. Tu te disais tout-à-rhetue plus puissantque lui, ce Dieu ; eh bien î prouvele en me rendant celle qu'il m'a ôtée.

PI UCK, à part. Sophisme!

SATAN, à Isaac. Allons, allons, relèvetoi, je suis de belle iiumeur aujourd'hui et veux bien t'accorder la grâce que tu sollicites, mais à une condition.

ISAAC Parle.

SATAN. C'est qu'elle tournera au profit de mes plaisirs.

PLUCK. De la bienfaisance en partie double; bravo!

ISAAC. Mais parle donc, Satan!

SATAN. Tiens, assieds-toi à cette table ; jouons; si tu gagnes, je te donne l'ame de ta fille et celle de iManassès par-dessus le marché ; si tu perds, je garde leurs deux âmes et je m'inscris en droit pour la tienne au jugement dernier.

ISAAC. Soit.

Ils se placent, et tout le monde les eutoare.

SATAN. Commence.

ISAAC. Douzer

Satan joue.

PLUCK. Douze aussi, ah! ah !

ISAAG, jetant loin de lui les dés qui éclatent. Plus de dés.

SATAN. Eh bien?

ISAAC, mettant la main à sa poche. Pair ou non.

SATAN. Pair.

ISAAG, ouvre la moin. Non.

SATAN. Ses cinq sous!., j'avais oublié!., je suis volé,

ISAAG. A moi, Esther.

SATAN. Dette de jeu, dette sacrée, qu'on amène la juive.

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