CHOEUR NOUVEAU
Donne le signal du carnage ; Nous suivons vaillamment tes pas ;
Courage !
Courage !
Que rien ne résiste à la rage De l'Enfer courant aux combats.
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3 Itt fin îïu monîre.
Un espace étroit, couvert d'cpaisses ténèbres. — A gauche, la tombe du Christ; en face, le tronc d'un
arbre qui brûle, embrase par la foudre.
L'ARCHANGE MICHEL, au milieu des nuages. 1/ tient d'une main l'éfiée flamboyante et de l'autre la trompette du jugement.
l'archange, entrant précipitamment et traversant le théâtre. C'est l'heure I c'est l'heure !.. Générations ensevelies , monde qui dors, levez-vous!.. C'est l'heure ! c'est l'heure! c'est l'heure!..
Le dernier descendant de Barabbas s' élançant en scène, et venant tomber au pied de l'arbre qui brûle.
BARABBAS. L'éclalr brille, le tonnerre gronde!., tout n'est qu'effroi et chaos! tout croule, tout est brisé, anéanti !.. le monde agonise et râle la mort! Horreur et épouvante!..
Le Jnif entrant du côté oppose'.
ISAAC Espoir et bonheur ! enfin je touche au ternie fatal! enfin je n'entendrai plus la voix de l'ange me criant incessamment ; « Marche! marche ! «(Coup de tonnerre. ) Oh ! la belle cliose que la fin du monde !
BARABBAS. Quelqu'un?
ISAAC. Un homme encore sur la terre !
BARABBAS, courant à Isaac. Qui es-tu ?
ISAAC. Le Juif errant.
BARABBAS. Arrière, toi, qui portes la malédiction du ciel !.. Ne m'approche pas, de peur que, dans ce grand jour de vengeance, Dieu ne m'enveloppe dans ton châtiment!.. Ne m'approche pas, te dis-je.
ISXAC. Ta main? j'ai le droit de loiulier a main du dernier descendant de Barabias, comme j'ai touché jadis la sienne. BARABRAS. Quoi ! je serais...
ISAAC. Tu résumes en loi ta race, comme e représente la mienne tout entière ; car los deux noms sont inscrits dans la terrible histoire du Christ: Ahasvérus et fiarabbas maudits...
Trompette au loin.
BARABBAS. Ce bfuit! écoute...
ISAAC, aoec joie. C'est la trompette sacrée appelant les âmes au jugement.
BARABBAS. Horribles angoisses! (Nouveau v coups de tonnerre. ) Les ténèbres s'étendent, la terre tremble et s'agite sous nos pieds !
ISAAC. Viens, ami, dans les bras l'un de l'autre, et qu'au moins les deux derniers hommes meurent en frères !
BARABBAS. Oui, en frères. .. Mais, qu'aije vu?.. Tiens, regarde, Isaac, là-bas dans l'obscurité, ce spectre lumineux qui s'avance vers nous.
Apparaît Esther vêtue d'une robe d'azur , et tenant à la main une branche d'olivier.
ISAAC, s' élançant vers elle. Ma fille!... je revois ma fille!., l'archange a tenu sa promesse.
ESTHER. Il en est une autre qui te fut faite, et que messagère des cieux, je viens remplir : je viens te révéler enfin le mystère caché si long-temps sur notre destinée. Du crime naît la Souffrance qui expie, et de la Souffrance la Prière qui obtient grâce. Dieu m'a dit : « Fille d'Aliasvérus, revêts cette robe d'azur, prends à la main cette branche d'olivier, symbole de paix et d'alliance, et va au-devant du pauvre Juif errant, qui s'avance vers l'éternité... tu le rencontreras le jour du jugement près de la tombe du (Mirist. »
ISAAC et BARABBAS. La tombe du Christ ! ESTHER. La voici... Celui qui, avant le redoutable arrêt qui se prépare, .s'humiliera devant le saint sépulcre, et, le premier, en touchera la pierreavec confiance, celui-là verra la lumière face à face... Adieu, mon père, je vais t'attendra aux portesdu Paradis.
ISAAC. Ah ! si je pouvais croire!
BARABBAS. Esi-ce un rêve, une illusion?
non, là... à l'instant...
ISAAC. Doute horrible !
LA VOIX DE l'archange. C'cst l'heure!
c'est l'heure !
BXRABBAS, s' élançant vers le tomheau. Pitié, Seigneur !
ISAAC. Arrière! le premier qui touchera
cette tombe verra la lumière face à face, a-t-elle dit ; je serai le premier!..
BARABiiAS, tirant un couteau de dessous ses vêtemens . Place !
ISAAC, levant sur lui son bâton. Eh bien! donc...
lisse précipitent l'un sur l'autre, le bras levé'; la
foudre éclate, et tous deux tombent anéantis.
Alors, sur le saint sépulcre, s'élève l'archange
armé de toutes pièces.
l'archange. Les deux derniers hommes mourraient en s'égorgeant ! mais à Dieu seul appartient de frapper en ce jour!... Dieu seul est fort et puissant.
Un bruit terrible se fait entendre, la terre s'entr'onvre, et Satan s'élance d'un gouffre de feu.
SATAN. Tu mens, Michel.
l'archange, a toi le mensonge, prince des ténèbres... à moi, messager de Jéhovah, la vérité.
SATAN. Sat^n croisera son sceptre contre le sceptre de Jéhovah ! contre le glaive de Michel, Satan croisera son glaive.
l'archange. Téméraire !
SATAN. Aux coliortes d'anges et de chérubins, enfans amollis aux délices du Paradis, j'oppose une armée de géans et de démons, tous durcis au feu de l'enfer.
l'archange. Eh bien! moi seul contre tous, et plus fort que tous.
SATAN. Ah ! oui... tu te crois fort, parce que lu t'appuies sur la tombe de ton Christ. Je m'y coucherai vivant dans la tombe de ton Christ! j'en ferai un lit à ma taille, un lit de parade, ou mieux encore, je la démolirai et j'en prendrai les pierres pour paver mon enfer.
l'archange. Blasphème et profanation !
Satan , la mesure est enfin comblée; le Dieu des armées s'est levé, et marche contre toi... recule !
SATAN. Reculer ! jamais!..
l'archange. Recule et tombe!
Grand bruit de tonnerre.
CHOEUR
Satan ponsse un cri terrible , et roule précipité dans le goufl're, qui se referme sur lui. Une musique aérienne se fait entendre , Tobscurilé se dissipe et, les nuages s'écartant, laissent voir un escalier conduisant au Ciel. Troupe d'anges et d'archanges. Au pied de l'escalier , d'un côté , est agenouillée Esther, sous la 6gure de la Prière; du côté opposé, est un vieillard, qui a dans une main une horloge et dans l'autre une faux. — C'est le Temps.
l'archange. Salut , Jérusalem nouvelle ! que ton tabernacle s'ouvre, et que ta sainte montagne s'abaisse devant les en-
LE JUir ERBANT. 27
fans de la lumière... Et toi, vieillard qui
marquais les heures du monde et tranchais ses destinées, brise ton horloge et ta faux. Désormais, assis sur les ruines de l'univers, tu ne prononceras plus de ta grande voix qu'un seul mot : « Eternité pour les élus! éternité pour les damnés ! »
Il fait quelques pas vers l'escalier.
ESTHER, se levant et allant à la rencontre de Vange. Ah! que la bonté de Dieu s'étende plus loin que sa colère !
l'archange. Rassure-toi... enfant des cieux, douce et tendre Prière; Dieu, qui est la source de toute gloire et de toute vertu, accueillera dans son sein toute gloire et toute vertu.
La musiqueest devenue plus grave et plus solennelle. Sur cette musique, ou voit paraître plusieurs ombres qui s'avancent lentement vers les portes du Ciel. Arrivées au pied de l'escalier, les deux premières ombres s'arrêtent et se dépouillent de leurs ombres.
LA PRIÈRE. Marc-Aurèle et Franklin !
l'archange. La justice et la liberté!
LA prière. Entrez.
Paraît Napoléon, qui se découvre vivement.
l'archaivge. Ah I la gloire ! LA prière. Entre, entre I
Napoléon, Marc-Aurèle et Franklin se groupent au fond, sur les marches de l'escalier; pt-ndant ce temps, Isaac s'est avancé : il va pour poser le pied sur la première marche.
l'archange. Arrière!
iSAAC. Le paradis, ouvert à tous, est-il donc fermé aux juifs ?
l'archange. Aux juifs fermes et sincères dans leurs croyances, non ; aux blasphémateurs, oui... Isaac Ahasvérus, sur ton front brille la croix de feu, marque de réprobation.
Isaac , accablé, tombe à genoux.
ESTHER, à l'archange. C'est à la Prière de se fane entendre. ( Musique et changement d' Isaac.) Regarde, ministre des vengeances célestes, la croix de feu a disparu!
l'archange, abaissant son épée et livrant passage. Hosanna !
TOUS. Hosaniia !
Ce cri retentit et se prolonge ; le fond s'ouvre en même temps, et laissse voir les cieux dans toute leur splendeur. Chœurs d'anges et d'élus.
CHOEUR
Cieux, courbez-vous sous la victoire Du Dieu de toute vérité.
Qui vient nous couvrir de sa gloire Et de son immortalité.
FIN
Imprimerie dk V» DojsiiKY-DuppÉ rue Saint-Louis, 46, au Marais.
FLEURETTE
ou