‹ [Magasin théâtralChapitre 404 sur 1545 · MOLINA, JEAN · texte numérisé non relu

MOLINA, JEAN

HOLINA. La reine vous parlait arec une bienveillance... Jeune homme, vous êtes donc en faveur auprès de sa majesté?...

JEAN. Oui, mon père, la reine daigne s'intéresser à moi : si vous saviez connue elle s'occupe de mon bonheur , et avec quelle bonté elle a reçu ma demande?... Aussi, maintenant , je suis heureux.

H0LIN.\. Là , là , vous me parlez de joie, de bonheur , je ne vous comprends pas...

JEAN. Vous savez , mon pèie , qu'avant votre départ j'aimais Fleurette , la fille du brave André ?

MOLINA. Je le sais , et je vous ai plaint souvent de ce malheur.

JEAN. Oh ! mais maintenant , mon père , je ne suis plus à plaindre , je ne suis plus malheureux.

MOLINA , m^ec joie. Comment! la grâce vous a donc éclairé. ..vous ne l'aimezplus?

JEAN. Au contraire, je l'épouse...

MOLINA. Hein! ai- je bien entendu?... la fille d'un hérétique!...

JEAN. Qu'importent les religions , mon père?... je l'aime...

MOLINA. Insensé ! mais vous ne savez donc pas que vous pouvez attirer sur votre tête une terrible excommunication !

JEAN. Oh ! ne dites pas cela , mon père , car ce danger même, je me sentirais a.ssez hardi pour le braver, si Fleurette me disait : Je t'aime , je suis à loi...

MOLINA. Est-ce vous que j'entends, vous, naguère si soumis à mes conseils... si dévoué à la religion ?...

JEAN. La religion ! j'ai cherché dans son sein des consolations contre la douleur ; mais, maintenant , coniprenez-moi donc , mon père, je ne souffre plu.s; car, mon bonheur, ma vie, ma n'iigion , c'est Flrurette , et Fleurette sera m.i femme...

MOLINA. Malheureux ! à genoux , et courbez la tête, car déjà la vengeance céleste s'appesantit sur vous î...

JEAN. Mon père...

MOLINA. Vous reniez votre sainte religion pour l'amour d'une héréficjue; eh bien ! c'est par elle que vous vient votre premier châtiment...

JEAN. Que dites-vous?..,

MOLINA. Ahl vous n'avez pns vu , grâce à ce criminel amour, qu'un atitre aussi ai-

mait cette jeune fille ; que cet autre avait , pour la séihiire , des titres et un rang ; qu'il s'appelait Henri de JNavarre; et maiiitenant, })Our la lui disputer, où sont vos titres et votre nom? et si vous n'êtes qu'un pauvre paysan , réjouissez- vous , car vous aurez pour femme la maîtresse d'un prince !

JEAN. Assez , assez, vos paroles m'épouvantent...

MOLINA. Réjouissez-vous, car votre nom deviendra un objet de honte et de risée ; alors vous vous frapperez la poitrine, en criant à Dieu: Pardonnez-moi, grâce, miséricorde ! j'ai méprisé la voix de votre ministre; mais il sera trop tard, car alors vous serez déshonoré, car alors vous serez maudit !

JEAN. Oh! grâce! grâce, mon père! taisez-vous... taisez-vous... Lui !... oh ! non, c'est impossible I

MOLINA. Vous doutez de mes paroles!

Ah ! bénissez plutôt le hasard qui m'amène si à propos pour vous sauver.

JEAN. Ah! laissez-moi, laissez-moi... je ne vous crois pas , je ne veux pas vou^ croire... Adieu !

MOLINA , s'élançant après lui. Malheureux!... arrête... écoute encore, ou tu es perdu ! . . .

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