MOLINA, JEAN
HOLINA. La reine vous parlait arec une bienveillance... Jeune homme, vous êtes donc en faveur auprès de sa majesté?...
JEAN. Oui, mon père, la reine daigne s'intéresser à moi : si vous saviez connue elle s'occupe de mon bonheur , et avec quelle bonté elle a reçu ma demande?... Aussi, maintenant , je suis heureux.
H0LIN.\. Là , là , vous me parlez de joie, de bonheur , je ne vous comprends pas...
JEAN. Vous savez , mon pèie , qu'avant votre départ j'aimais Fleurette , la fille du brave André ?
MOLINA. Je le sais , et je vous ai plaint souvent de ce malheur.
JEAN. Oh ! mais maintenant , mon père , je ne suis plus à plaindre , je ne suis plus malheureux.
MOLINA , m^ec joie. Comment! la grâce vous a donc éclairé. ..vous ne l'aimezplus?
JEAN. Au contraire, je l'épouse...
MOLINA. Hein! ai- je bien entendu?... la fille d'un hérétique!...
JEAN. Qu'importent les religions , mon père?... je l'aime...
MOLINA. Insensé ! mais vous ne savez donc pas que vous pouvez attirer sur votre tête une terrible excommunication !
JEAN. Oh ! ne dites pas cela , mon père , car ce danger même, je me sentirais a.ssez hardi pour le braver, si Fleurette me disait : Je t'aime , je suis à loi...
MOLINA. Est-ce vous que j'entends, vous, naguère si soumis à mes conseils... si dévoué à la religion ?...
JEAN. La religion ! j'ai cherché dans son sein des consolations contre la douleur ; mais, maintenant , coniprenez-moi donc , mon père, je ne souffre plu.s; car, mon bonheur, ma vie, ma n'iigion , c'est Flrurette , et Fleurette sera m.i femme...
MOLINA. Malheureux ! à genoux , et courbez la tête, car déjà la vengeance céleste s'appesantit sur vous î...
JEAN. Mon père...
MOLINA. Vous reniez votre sainte religion pour l'amour d'une héréficjue; eh bien ! c'est par elle que vous vient votre premier châtiment...
JEAN. Que dites-vous?..,
MOLINA. Ahl vous n'avez pns vu , grâce à ce criminel amour, qu'un atitre aussi ai-
mait cette jeune fille ; que cet autre avait , pour la séihiire , des titres et un rang ; qu'il s'appelait Henri de JNavarre; et maiiitenant, })Our la lui disputer, où sont vos titres et votre nom? et si vous n'êtes qu'un pauvre paysan , réjouissez- vous , car vous aurez pour femme la maîtresse d'un prince !
JEAN. Assez , assez, vos paroles m'épouvantent...
MOLINA. Réjouissez-vous, car votre nom deviendra un objet de honte et de risée ; alors vous vous frapperez la poitrine, en criant à Dieu: Pardonnez-moi, grâce, miséricorde ! j'ai méprisé la voix de votre ministre; mais il sera trop tard, car alors vous serez déshonoré, car alors vous serez maudit !
JEAN. Oh! grâce! grâce, mon père! taisez-vous... taisez-vous... Lui !... oh ! non, c'est impossible I
MOLINA. Vous doutez de mes paroles!
Ah ! bénissez plutôt le hasard qui m'amène si à propos pour vous sauver.
JEAN. Ah! laissez-moi, laissez-moi... je ne vous crois pas , je ne veux pas vou^ croire... Adieu !
MOLINA , s'élançant après lui. Malheureux!... arrête... écoute encore, ou tu es perdu ! . . .