‹ [Magasin théâtralChapitre 436 sur 1545 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Les MÊMES, HILARION, GROS-RENÉ.

MAURICE. Du pain... du vin!

GROS-RENÊ. Voilà, voilà !...

Il apporte du pain, Maurice en donne à Hélène, qui le

mange avec avidité.

HÉLÈNE. Hélène a bien faim.

MAURICE, à V aubergiste. Connaissez-vous celte pauvre femme?

l'aurercl'-te. Si je la connais... Hélène, notre Hélène, la protectrice du faible, la terreur du méchant! Mais comment ne la connaissez-vous pas, vous! Vous n'avez donc jamais habité Paris?... Hélène, c'est la mystérieuse sagelte des piliers des halles. .. Adorée de nous autres, vieux chrétiens de Erance, elle est en haine aux Anglais. SajTràc(^ monstiuiieur de iitdlorl, et .sa longueur mylord Ealbridgc, pourraient vouscn donner desnou-

LA PESTE NOIRE

velles. Elle vient souvent ici, on la voit au guet lelong des portes delà ville... je ne sais ce qu'elle attend, ce qu'elle désire... Valets, servez donc.

HILARION, accourant avec des verres. Voilà du vin. . . à qui faut-il verser?.. . {Maurice lui fait signe de donner un verre à Hélène.) A cette. . . mendiante. . . allons, de grand cœur. . . Eh mais, qu'aperçois-je ?.. O monDieu! estce bien possible !

GROS-RENÉ. Qu'avez-vous donc?

HiLARiON. Un coup du sort.. . oui, je vous en réponds... c'est elle!

GROS-RENÉ. Elle... qui ça?

HILARION, hors de lui. Docteur... non, maître Lambert... ahl je ne sais plus ce que je dis... où est -il? Patron... patron !

Il rentre en courant dans l'auberge.

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SGENE VII.

Les MÊMES, LIONEL et CONTRAN, jjmis' LAMBERT, HILARION.

LIONEL, à Gontran. Hélène s'est encore échappée de chez moi... qu'est-elle devenue?... [Ajyercevant Hélène.) Ah! la voilà, j'en étais sûr. Emparons-nous d'elle, Gontran.

HÉLÈNE, apercevant Lionel^ pousseun cri de terreur. Ah!

Elle se réfugie toute tremblante auprès de Maurice et de Marie.

MARIE, reconnaissant Lionel. Que vois-je? l'inconnu de Mekm.

LIONEL, affectant la douceur et prenant Hélène par le bras, à mi-voix. Toujours sortir malgré ma défense, ma mère... (Bas.) Allons, rentrez au logis.

HÉLÈNE, d'une voix sèche etbrève reculant enregardant Maurice. INon!

MARIE , intercédant pour elle. Voyez comme elle tremble, messire. .. de grâce...

LIONEL, galamment. Il est pénible de vous adresser uii reliis, aimable jeune tille. Hélas ! qui plus que moi doit lui porter intérêt? mais malgré moi je suis obligé de...

Mfi.\]MC'c, passant près de Lionel. Un moment. . . I

LIONEL. Rassurez-vous, je veille sur elle. . . | [Basa Hélène d'un ton rude.) Rentrez! j

HÉLÈNE, épouvantée et voulant retourner i près de Marie . ^on \ '

LIONEL, avec une sourde colère. Vous me : suivrez !

HÉLÈNE, regardant toujours Maurice. ' Non !

LAMBERT, suivi d'Hilarion, entrant du troisième plan. Quoi? qu'est-ce que c'est?

HiLAUiON, lui montrant Bélcne. Regardez I I

LAMBERT. Ciel ! esl-il possible?...

Il regarde attentivement Hélène, et tout occupé d'elle ne fait nulle attention à la scène rapide qui se passe devant lui.

LIONEL, contrarié delaprésence de Lambert avec un redoublement, de colère, à Hélène, Vous me suivrez, vousdis-je!...

HÉLÈNE, cherchant à dégager sa main et à passer vers Maurice. Non ! non !.. . avec lui... près de lui I...

LIONEL, lui pressant le bras avec violence et la poussant devant lui. Rentrez donc!...

Hélène effrayée recule pas à pas devant le regard de Lionel.

LAMBERT, à part. Mais non, je me trompe sans doute.

HÉLÈNE. Ecoulez... le fer des bourreaux m'a tout ravi .. mais l'on tue aussi les bourreaux., et le jour arrive où le ciel venge les victimes.

LIONEL, à pari. Oh ! que dit-elle donc ?. .. [Bas.) Taisez-vous!...

HÉLÈNE. Ah ! VOUS m'avez entendu, vous. . .

LIONEL, la poussant avec violence. Mais tais-toi donc ! emmène-la, Gontran.

HÉLÈNE, en sortant. Ah! pauvre Hélène!

Lionel fait signe à Gontran de la suivre.

LAMBERT, Hélène!... ah ! c'est bien elle! [A Hilarion.) Cours sur sa trace... sache où est sa demeure. .. et si c'est possible, ramènela, ramène-la... va.

Hilarion sort en courant, Lambert le suit des yeux. Lionel a descendu la scène plongé dans ses pensées. Maurice va à lui.

MAURICE, à Lionel. Vous avez poussé bien loin la rudesse à l'égard de cette pauvre femme.

LIONEL. De quoi te mêles - tu , jeune homme ?

MAURICE. Si j'en avais le moindre droit, j'aurais pris sa défense.

LIONEL. Sa défense? la défense de... [A part.) Ah! pour nous-même, taisons-nous.

(Haut.) Tu as le verbe bien haut, mon bel écolier !

MAURICE, avec fermeté, se plaçant devant lui. Le cœur plus haut encore.

LIONEL. Nous verrons plus tard ; rangetoi!

MARIE. De grâce!... par pitié!...

MAURICE. Insolent!

LIONEL, la main sur sa dague. Misérable!

LAMBERT, revenant près d'eux. Eii bien, pourquoi cette querelle ?

LIONEL. Rien... [A part.) Ah! nesoufïirons pas qu'elle nous échappe encore.

Il sort.

MARIE, reteriant Maurice qui veut suivre Lionel. Maurice, ne me quittez pas.

LAMBERT, à Maurice. Qu'était-ce donc?

MAURICE. Une pauvre femme que cet homme insultait.

LAMBERT. Bien... bien, Maurice... mais d'autres soins nous réclament... {^4 part.) Et maintenant que faire? Ah! c'est cela... oui, pas un instant à perdre... [Haut.) Venez, RIaurice, j'ai besoin de vous... Mon Dieu, quel étrange évcnementl.. .

Il sort.

MAURICE. Marie, attendez-moi... dans un instant je reviens près de vous.

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