‹ [Magasin théâtralChapitre 443 sur 1545 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

LE MARÉCHAL sort de l'hôtellerie vivement agité; LAMBERT, le suit; la foule s'écarte.

LE MARÉCHAL. Quoi ! Lambert, ce que tu me dis est réel? Hélène existerait encore... celle que je cherche depuis tant d'années, qui doit me croire si coupable et que j'ai si longtemps pleurée î...

LAMBERT. Oui, monseigneur, elle est ici, je vous l'affirme, je l'ai vue.

LE MARÉCHAL. Ah I c'cst quepourmoi, en ce moment, Hélène, vois-tu !... c'est le bonheur, c'est la vie... avec elle, je retrouverai à la fois le repos du cœur et , plus encore, Lambert, les joies de l'amour paternel : mon fils, mon fils doit être auprès d'elle... Ohl c'est en lui surtout que vont reposer désormais toutes mes espérances et tout mon avenir... Lionel, c'était là son nom... Lionel, que ce nom m'est doux! comme il fait palpiter mon cœur!... Mon enfant, je vais donc le voir! Le connais-tu, Lambert?... l'as-tu vu?...

LAMBERT, avec embarras. Jamais , monsieur le maréchal; jamais... {Cherchant Hélène autour de lui.) Mais oii est elle?

LE MARÉCHAL. Oh ! que tes récits m'ont ému, Lambert ! mais pourquoi Hélène a t-elle disparu tout à coup de sa terre natale?... [Avec une agitation croissante. ) Mon ami, ele ne vient pas; je ne sais, je doute, je tremble... es-tu bien sûre que ce soit elle? LAMBERT. Comme de ma propre existence.

Hilarion a suivi ses pas, il va nous l'amener, monseigneur, ou du moins nous apprendre le lieu de sa demeure.

LE MARÉCHAL. Et mon fils... il n'aura sans doute pas quitté sa mère? il sera là aussi, n'est-ce pas? Oh ! Lambert, je suis prêt à me sacrifier pour mon roi, mais, te l'avourai-je? il y a quelque chose de plus puissant encore, il y a mon fils , mon Lionel ; c'est pour retrouver Hélène, dans l'espoir d'embrasser mon fils, que je suis rentré dans Paris, au péril de ma vie... Mais Lambert, personne ne vient.

LAMBERT , vivcment. Ah ! voici Hilarion , enfin... Eh bien?

LE MARÉCHAL. Eh bien?...

HILARION, étonné, regardant le Maréchal.

Quel est donc ce...

LAMBERT. Réponds.

HILARION. Je vous la ramène... elle me suit.

LE MARÉCHAL. CouronS.

HILARION, les retenant. Non, restez!

vous la feriez fuir à l'instant; elle est si tremblante, si effrayée...

LE MARÉCHAL, l'aperccvant. Oui, je la reconnais, c'est elle... je ne me sens plus la force d'avancer... Hélène, que vas-tu me dire I quels reproches vas- tu m'adresser I... Lambert... oh! malgré ses malheurs, qu'elle est belle ! qu'elle est belle encore !.,. C'est elle... c'est bien elle ! (// s'avance en tremblant vers elle, ainsi que le Docteur.) Hélène, Hélène!

Il prend sa main et s'incline avec une extrême émotion.

HÉLÈNE , regardant alternativement les deux hommes. Qui m'appelle ?

LE MARÉCHAL, Moi, moi... Hélène!...

LAMBERT. Quoi ! pas un cri du cœur !

HÉLÈNE, riant. Ha ! ha ! ah !

LAMBERT, avec épouvante. Ah! {Il regarde Hélène, et désesférik) Ah! monseigneur !...

LE MARÉCHAL , terrifié. Qu'y a-t-il donc, mon Dieu!

LAMBERT, examinant. Et... peut-être...

sans espoir de guérison.

LE MARÉCHAL, avec déscspoir. Ah ! Lambert, je n'y survivrai pas.

HÉLÈNE, riant. Ha ! ha ! ha !

LE MARÉCHAL. Hélène! Hélène!... Rien, rien, mon Dieu... C'est moi, c'est mon abandon qui l'ont réduite à cet état horrible! Mon Dieu, la mort ! la mort !

LAMBERT, troublé. Sa folie doit avoir une autre cause.. . et ce jeune homme qu'elle at tendait.. . assassiné...

LE MARÉCHAL. Que vcux-tu dire?

LAMBERT. Il y a quinze ans, dans la montagne. . . la nuit. . .

LE MARÉCHAL. Achève !

LAMBERT. Malhcureux !... qu'ai -je dit?

Non, ne m'interrogez pas!

LE MARÉCHAL. Lambert, Lambert... continue, ou je douterai de ton amitié.

LAMBERT. Qu'exigez-vous?

LE MARÉCHAL. Parle!... ce jeune homme assassiné...

LAMBERT. Oui, aux gorges delà Chevrière, sous mes yeux... je l'ai vu... éperdu, je cours à la cabane pour demander du secours. .. Je raconte à Hélène, cet épouvantable malheur! Tout à coup elle se trouble, elle pâlit, elle tombe comme écrasée par la foudre... Ah! depuis, j'ai tout compris... ce voyageur... ce jeune homme...

LE MARÉCHAL. Eh bien, ce voyageur... ce jeune homme, c'était...

LAMBERT. Non ! non !

LE MARÉCHAL. C'était mou fils? {Lambert ne répond pas et verse des larmes, le Maréchal le saisit, et, trop sûr de son malheur :] C'était mon fils... mon Lionel!...

HÉLÈNE, qui pendant toute la scène a re-

gardé aulour d'elle , comme cherchant t/uelqu'u)}. ) Lionel!...

LE MARÉCHAL, frappé de ce mot d'Hélène, la prenant dans ses bros. Oui, Hélène, notre fils! notre enfant! notre enfant!... mort !...

Hélène pousse un cri, s'arrache des bras du maréchal, puis portant la main à son front comoie pour y chercher un souvenir, dit :

HÉLÈNE. Mort?... qui?...

LL iMARÉciiAL. Mais je suis donc maudit do Dieu, moi!...

LAMBERT. Écoulez-moi, monseigneur!...

LE MARÉCHAL, aicc désespoir. Lionel, mort, assassiné; Hélène, privée de sa raison!

Ah ! Lambert , plus rien , plus rien sur la terre.

11 tombe entre les bras de Lambert; en ce moment le couvre feu finit de sonner : les portes de Paris vont se fermer, Marie paraît à la fenêtre de l'hôtellerie, et Maurice vient sur le devant delà scène; Hélène, à sa vue, pousse un cri de joie et va auprès de lui en le regardant avec amour : nu fond les soldats du guet poussent le peuple pour le faire rentrer dans Paris, tandis qu'on entend au loin la reprise du chœur précédent: le ponc levis de la ville se relève. — Tableau animé.

LE CHEF DES ARCHERS. Éteignez VOS feux et vos lumières !

GROS-RENÉ, à tous ceux qui sortent de sonliôtellerie. Allons, allons enfants, rentrez, voici le couvre-feu.

CHOEUR

Manants, î:eigneurs, bourgeois, bazoche, etc., etc.

Un magasin de draps; comptoirs des deux côtés où il y a des étoffes déroulées et de nombreux commis de boutique. Le fond est à vitrages donnant sur les piliers des halles ; on lit sur le haut de l'enseigne qui est aussi au dehors : A la BONNi; FOI, Lionel, mauciiand duapieu. Sur un des côtés , on voit deux ballots de laine venus d'Orient sur lesquels on lit Smyune. — Au lever du rideau, on voit des acheteurs qui niartlianilenl des étoffes ; les garçons de magasin sont nombreux et empressés; sur le devant, Lionel et Contran. Lionel est vivement agité.

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