ACTE I, SCENE VII
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a deux ans, l'homme le plus à la mode de Paris... Peut-être... que par ce moyen... Oui.
CHANGIRON.
C'est par ce portrait que M™' de Chan giron désire vous voir commencer... car elle veut quelque chose de merveilleux.
TOKCY , ouvrant le pupitre et prenant une toile.
Est-ce qu'une tête pareille ne répondrait pas à l'idée que vous vous faites de cette beauté? LE MARQUIS , regardant le portrait.
Ah! voilà qui est beau, très beau, très beau, monsieur Torcy... et je vous en fais mon sincère compliment; mais je ne crois pas qu'il existe une femme au monde qui puisse ressembler à cela.
TORCY
Vous trouvez?
Et cependant, je ne sais pourquoi le caractère de cette figure... ces traits...
TORCY, le voyant réfléchir.
Est-ce que ce visage vous rappellerait une femme que vous auriez connue?
Ce visage 1 Oh! non, non, personne! mais je l'admire... car c'est une création digne de Raphaël.
TORCY
C'est cependant un portrait.
Va portrait !
TORCY
C'est celui de ma femme.
De votre femme!... Oh! alors je ne m'étonne plus si M. Lavignan nous a dit qu'elle était si belle !
TORCY, posant le portrait sur le pupitre , la figure contre le mur.
Lavignan! mais tout à l'heure on a donc parlé d'elle?
Oh 1 l'on en a parlé seulement sous le rapport de sa beauté.
TORCY
Seulement sous ce rapport?
Pas autrement, je vous assure... Mais qu'avezvous donc?
TORCY, brisant un appuie-main.
Rien ! rien! je n'ai rien... (Revenant au marquis.) Et quand voulez-vous que nous commencions, monsieur le marquis?
Mais le plus tôt possible.
TORCY
Alors quand vous voudrez, quand vous serez prêt. (Revenant au marquis.) Mois vous êtes bien certain que M. Gagerot ou M. Paul Vermond n'ont rien dit de ma femme ?
LB MARQUIS
Ah ! ça, voyons, est-ce que la jalousie vous tourne la tête?
TORCY, souriant négativement.
La jalousie...
Est-ce que, par hasard, vous redouteriez un Gagerot, ou un Paul Vermond?
TORCY, levant les yeux au ciel.
Ah! c'est que vous ne savez pas...
Ehl quoi donc?
TORCY
Rien ! rien! (A part.) J'ai juré de me taire. LE MARQUIS.
Et que voulez-vous qu'ils en aient dit, puisqu'ils ont déclaré tous les deux qu'ils ne la connaissaient pas.
TORCY
Vrai!
Qu'ils ne l'avaient jamais vue.
TORCY
Jamais!...
On s'est seulement étonné du soin que vous mettiez à la cachir à tons les yeux... et c'est votre faute... Soyez jaloux, je comprends cela; mais, au lieu de vous en défendre, ayez le courage de votre faiblesse: dites à qui voudra l'entendre qu'un regard jeté sur celle que vous aimez vous semble une insulte à votre amour, on en rira peut-être un jour ou deux , et puis après on n'y pensera plus.
TOBCY.
On me-tronve bien ridicule, n'est-ce pas? et je sais qu'on invente des histoires à ce sujet : on dit que ma femme est quelque princesse qui se cache... qui sait? peut-être quelque échappée de... LE MARQUIS.
Torcy, vous devenez fou... Allons, soyez homme I Que diable, vous la connaissiez avant de l'épouser... Et lorsque vous l'avez prise... vous avez accepté son passé... s'il est mauvais.
TORCY
Mauvais... Vous croyez donc qu'il est mauvais?
Je ne puis répondre à uue pareille folie... Voyons, calmez-vous.
TORCY
Oui, oui... vous avez raison... il faut que je sois
calme. Laissons ce sujet, et je vous demande
même qu'il ne soit plus question entre nous de ce
portrait dont je vous supplie de ne [amais parler.
Je vous le promets.
TORCY
Envoyez-moi vos toiles, vos miniatures, vos tableaux, et nous commencerons.