‹ [Magasin théâtralChapitre 58 sur 1545 · SCÈNE H · texte numérisé non relu

SCÈNE H

LE RÉGISSEUR. GROSEILLON, CHAU- DOREILLES.

CHAUDOREILLES. Voilà le figurant et les six lanres.

i.E RÉGfSSEUR. Comment, les six lances!

(Criant dans les oreilles de ChaudoreiUes.) Quelles six lances?

CHAUDOREILLES. Les slx laoces que vous m'avez demandées... Vous ne vous rappelezvous pas que vous m'avez dit : six lances !

PenHant ces quc'qiip-: mots, on a vu Groseillun • ntrnr avec un petit haliit tioir iMp rourt; un pantalon trop rourt arri'léparile gr.mds soiip'eds.et un petit chapeau trèslong et irè--poiiitu. Il porte <ii lances dans les bras.

LE RÉGISSEUR. L'animal!... et cet autre imbécile; je vous demande un peu, de quoi a-t-il l'air?

GROSEILLON. Ah ÇB, mais cet accessoire me gène... j'ai l'air d'une b»utique d'armurier.

LE RÉGISSEUR , prenant les lances quUl remet à Chnudoreilles. Voulez-vous bien reprendre cela, bul'ir!

GROSEILLON. Butor qui?... ahl butor lui, boni. .

LE RÉGISSEUR. Et maintenant, à nous deux... Vous vous destinez au théâtre, jeune homme?

GROSEILLON. Au théâtre, an théâtre...

c'est-à dire que je me destine b Nini.

LE ré(;issei;r, à part. Ptiit, pas trop mal fait, les jambes... mais avec un peu de colon et h l'huile,..

GROSEIT LON. Il vcut me mettre à l'huile.. .

le régisseur. Uiies-moi, jeune homme, avez vous déjà fait l'Amour?

GROSEILLON, avec fatuité. L'amour

mais dame...

LE Rfc(>lssEUR. Mais dame, quoi?

GROSEiLi.dN. Pa'don, monsieur, pardon; mais vous entrez dans ma vie privée... ce n'est p;is une question de régissi'ur... ce serait tout au plus une question de bellemère.

LE RÉGISSEUR. Comment, de belle-mère?

GROSEILLON. Cert iuemenL. . . Vous me demandez si j'ai fait... Après ça, entre nous, sans fatuité... je vous avouerai que...

LE RÊ(.issEUR. Eh ! VOUS ne me comprenez pas... je vous demande si, plus jeune, vous avez représenté sur qui-lque ihéàtre le personuige du polit Dieu malin?

GROSEILLON. Ah! Cupidon ! cc petit moutard peu vêtu!...

LE RÉGISSEUR. C'est Cela... c'est que, voyez-vous, notre Amour esi tombé malade. .. et si vous aviez montré... quelques disposilions ...

GROSEILLON. Mon Dieu, monsieur, je suis prêt à montrer toutes les dispositions possibles...

LE RÉGISSEUR. Bravo ! j'apprécie celte bonne voNnité...

GROSEILLON. Après ça, je crois avoir le phy i(|ue du jtune homme en question... {Le tirant à part comme pour lui faire une canpdence.) Entre nous, j'ai la peau très-blanche. . .

LE RÉGISSEUR. Vraiment!...

GROStiLLON, le titrant d'un autre côté duthéâlie. El puis un petit mollet ..je pourrais même dire deux petits mollets!.. .

LE iiÉGisstUR. A m'rvtillel

GiioSEli.LON. Ah! j'oubliais; j'ai un signe sur le cnu .. c'est à-dire uie lentille... mais de loin, ça fait signe.

LE RÉGi-SEUR. Très-hien ! . mais encore une question. .. saurez-vous bien vous tenir dans nu chariot?

GRosi.iLLON. Monsieur, je n'ai qu'une chose à vous lépoiidre : je me suis tenu dans un wagon de troisième classe du chemiu de fer de Rouen.

LE RÉGISSEUR. Allons, allons, quand vous serez habillé, roiffé, débarbouillé...

GROSEILLON. Vous Verrez que je ferai un amour propre.

LE RÉGis-EUR. Ah I mou Dieu ! déjà l'heure... Allez vite vous habiller. .. Louis!...

W sonne la cloche.

GROSEILLON, lui an étant le bras. Hein! qu'est-ce que c'est (|ue ya?... est-ce que le feu est quelcjue pari ?...

LE Bl-GissEUR. Eh ! noD, c'est la cloche

PARIS ET LA BANLIEUE

d'appel pour les acteurs, pour les figurants...

GROStiLLON. Ah 1 bien!... c'est que n'étant null'-nient assuré. .

LE RÉGISSEUR. Mais allez donc vous habiller...

GROSEILLON. Et dire que c'est grâce à vous que je ferai l'Amour... Monsieur, je vous regarde ronime mon père... je ne l'ai pas connu, personne ne l'a connu, mais je vous regarde comme nion père.

Il sort en serra-ît affectueu-piiient la main du Régisseur, et court de l'autre côté. On sonne de nouveau.

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scEi^E m.

NINI, JACQUES, entrant ensemble.

JACQUES. Eh quoi! vous refusez de me servir...

KINI. Ecoutez donc, monsieur Jacques, je ne sais pasquelles sont vos intentions... vouloir me fiiire séduire un jeune homme.. .

JACQUES. Est-ce dune si difficile?

MKI. ^on, je ne dis pas... mais ce jeune homme, quelesi-il?

JACQUES Un provincial!

NIM. Un provincial?

JACQUES. Oui, ei si lu réussis, j'ai vu, chez Brousse, le plus admirable cachemire...

NINI. Un cnchemire !.. .

JACQUES. Bleu-sa|iliir .. d'ailleurs, c'est dans liniérêl du jeune homme... nous voulons l'apprivoiser ..

KINI. J'entends... une éducalion... mais je ne sois pas si instruite que vous croyez, monsieur.

JACQUES. Songe bien qu'il faut lui inspirer une passion profonde... une passion qui le retienne au moins pendant... vingt-quatre heures !

Ici on entend un éclat de rire dans la coulisse.

NINI. Bigre!

JACQUES. Mais silence, Pierre et Lazare t'amènent la viciime...

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