‹ [Magasin théâtralChapitre 604 sur 1545 · CAMILLE, LA COMTESSE · texte numérisé non relu

CAMILLE, LA COMTESSE

' O ciel !

GAGEROT.

Un duel!,..

TORCY

Dans un duel!... Ah! madame, elle est au moins innocenlc de ce crime !...

CAMILLE, au marquis.

Mais dis-moi.,.

SCKNE yil. 51

Tu sauras tout, mon amie.

CAMILLE

Eh bien 1 qu'elle s'éloigne, qu'elle parte!... Quel que soit son premier crime, je ne veux pas qu'on puisse croire que le regret d'une fortune perdue nous ait fait envoyer une femme ù l'échafaud.

TORCY

Oh ! c'est trop de houle et de désespoir !...

EULALIE, à e;ie-même.

El il m'accuse toujours!... (Haut.) Je resle.je reste !

LE MARQUIS, à part.

Bien; (Haut.) Eulalie, songez-y!... l'ordre est donné de vous arrêter.

TORCY

Grand Dieu ! elle est perdue !

EULALIE

Je reste... Et la loi me tuera , juiisque vous n'avez pas voulu nie laisser mourir !

TORCY

Oli ! lais-loi! tais-loi, malheureuse!...

Manuel!... vous l'avez condamnée sans l'entendre.

GAGEROT.

Hélas! moi, j'ai voulu long-temps croire à son innocence... mais il faut que justice se fasse.

LA COMTESSE

Oui, ma fille... et Ion intlulgence est coutiable.

Qu'en savez-vous ?...

TOUS

Comment?

EUL.\LIE, allant au marquis.

Mais vous qui me défendez, savez-vous, monsieur, qui je suis?...

Je le sais... et je sais aussi de quel crime vous êles accusée...

EULALIE

Et ce crime, je l'avoue.

LA COMTESSE

Cet aveu môme...

L'honore! (Étonnemcnt de tous.) En ce moment, la vérité se dévoile aux yeux des magistrats ; il faut aussi qu'elle se montre tout entière à nous, à qui elle importe tant; et j'espère qu'elle va sortir de l'épreuve à laquelle on m'a permis de la soumettre.

GAGEROT.

Culte épreuve ne prouvera que mieux son ciinn'.

Vous allez en juger.

TORCY, à part Oh! que va-l-il se passer, mon Dieu?

ELLAIJE PONTOIS.

CAGEKOT, bas aux dames.

Où veut-il en venir?

Répondez, Eulalie, vous êtes accusée d'avoir Tolé le testament de Mme de Soubiran?

EULALIE

Oui...

Pourquoi l'avez-vous volé ?

EULA.LIE.

Monsieur...

Parlez I

EULALIE

Parce que... parce qu'il dépouillait l'héritier légitime.

En cITct, il dépouillait M. Paul Vermond... Mais alors vous le connaissiez donc, ce testament?... EULALIE, hésitant.

Répondez...

EULALIE

Je le connaissais...

Comment 1 vous connaissiez le testament, et, par intérêt pour II. Paul Vermond que vous n'aviez jamais vu, vous avez renoncé à la moitié de la fortune de M"»' de Soubiran que ce testament vous assurait?

EULALIE

A moi? à moi?... O ma noble et sainte bienfaitrice! du ciel où vous êtes, voyez ma reconnaissance !

LE MARQUIS, bas à tous.

Vous entendez? (Haut.) Et vous l'avez assassinée!...

TORCY

Assassinée!...

EULALIE

Moi!... Qui dit cela?

TOUS

Vous-même!

EULALIE, avec désespoir.

C'est vrai... je l'ai dit... c'est moi... (A par:.) O mou père I (Elle cache sa tête dans ses inaios.)

LK MARQUIS

Kt ce tistament, qu'en avez-.\ousfait?

EULALIR, hésiL-illt.

Je ne sais pas... je l'ai détruit...

Vous nuntcz, car le voici.

TOUS

firand Dieu I

Kt VOS complites sont découverts... et il en rsf un qui vous accuse....

EULALIE

Qui cela? Mais qui donc ose m'accuser?

Celui à qui vous avez remis le testament... Denneville.

EULALIE

Lui, le misérable ! lui qui a égaré mou père!

TOUS

Son père I

LE MARQUIS, bas à tous.

Vous entendez?

EULALIE

Ah ! par grâce I par pitié ! laissez-moi !... Je snis folle... Mon père est innocent... Je suis coupable... il n'y a que moi de coupable... Mais tuez-moi donc tout de suite!

LU MARQUIS, avec le plus vif élan.

Mais si cet infâme n'était pas votre père!...

EULALIE

Que dites-vous ?

TORCY et TOUS.

Que dit-il?...

La vérité, Eulalie! (A tous.) La vérité I...

EULALIE

Vous me trompez !

Tenez, Eulaïie... le testament renfermait cette lettre... elle est pour vous...

EULALIE

De ma bienfaitrice !

C'est la preuve de ce que je viens de vous dire...

EULALIE, avec effusion.

O mon Dieul vous avez donc eu pitié de moi!

LE MARQUIS, à tous.

Toutes les pièces qui établissent ton innocence sont aux mains des juges, et leur conviction est déjà formée... El maintenant, l'accuserez- vous encore ?

CAMILLE

Maintenant, il faut l'admirer!

TORCY, à part, accablé.

El moi, j'ai pu l'outrager!...

EULALIE, qui, pendant ces diverses exclamations, a lu la lettre de M""' de Soubiran, achevant de lire, a Adieu, ma fille!... (Bas.) Garde mon secret... et pardonne-moi... d (Parlant.) Lui pardonner 1

Lli MARQUIS, bas.

Ce sont les adieux de ta mère, Eulalie!...

EULALIE

Ma mère!... O monsieur, soyez bénil... Maintenant, c'est trop de bonheur!... Mais u'esl-il pas à nous deux. Manne!?...

TORCY, éperdu.

Anionie!... Oh! mais non, reponssez-nioi !... mniulisspz-moi !... Je n'ose plus vous regarder...

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