‹ [Magasin théâtralChapitre 663 sur 1545 · MARGUERITE, DOMINIQUE, LUCIEN · texte numérisé non relu

MARGUERITE, DOMINIQUE, LUCIEN

MARGUERITE, le pressant dans ses bras.

Lucien 1 mon enfant!

LUCIEN

Mil mère !

bOMIMnUE, d'un ton sévère.

Marguerilf, je vous ramène votre fils! votre fils qui a voulu mourir !

MARGUERITE

C'est donc vrai?... tu as voulu V- Incr... .s;nis songer à ta mère... à son désespoir? ., LUClEJt.

1 Pardon, ma mère!

ÂCït; m, y tabi.kâu, scèni: iiî.

DOMINIQUE, sévèrement.

Et vous aussi, Marguerite, vous aussi, vous êtes roupable... Votre devoir était de veiller sur votre (ils... Votre enfaut serait mort si je ne m'étais trouvé là pour m'opposer à son fatal dessein ! MARGUERITE, liumblement.

Pardonnez-moi, Dominique... oui, j'ai été coupable.

( Marguerite va fermer la porte du fond, puis elle

approche avec respect un siège ù Dominique.)

LUCIEN

Que signifie?...

DOMINIQUE

C'est bien... Il faut que je vous parle, que je vous parle à tous deux! (Marguerite approche une chaise.) Fermez les portes, Margucrile, et voyez si personne ne peut nous surprendre.

(Marguerite va fermer la porte.) LUCIEN, la regardant avec éivnnement, à part. Cette déférence... ce respect...

DOMINIQUE, qui s'est assis.

Vous avez voulu vous tuer, insensé!

LUCIEN, le voyant les yeux ouverts.

Dieu!... comment!...

DOMINIQUE

Écoulez mes paroles, et jugez vous-même si vous aùez le droit de disposer de vos jours... LUCIEN, à part.

Que va-t-il me dire?

DOMINIQUE

On vous a appris, je le sais, toute la vie de votre père... on vous a appris qu'il fut accusé d'un meurtre horrible... mais votre cœur a dû vous dire, lui, que votre père était innocent! LLCIEN.

Oli 1 oui, innocent, n'est-ce pas?

DOMINIQUE

Et comment ne l'eùt-il pas été? comment aurait-il trempé ses mains dans le sang du meil- Ieur,du plus généreuxdes frères?... (Mouvement de Lucien ) Oh! oui, bien généreux!... car cette fortune qu'un testament lui assurait tout entière, il ne songeait qu'à la partager.

LCCIRN.

Se peul-ii?

DOMIMOI K.

Par respect pour les dernières volontés de son père, il n'osait se dessaisir d- s propriétés, du domaine... mais la \cilie de sa mort il avait rassemblé, dans une cassette, tout l'or, les diamans, les bijoux dont il pouvait disposer. Puis, ne voulant confier à personne son noble dessein, oublieux des menaces proférées par son frère dans un moment de folie ou de désespoir, il lui dit de venir le lendemain soir, à dix heures, le trouver secrètement au château pour recevoir la part qu'il lui destinait dans l'héritage.. Et celui-ci avait répondu : « Frère, pardonne-moi le passé, demain

n soir, à dix heures, sois seul, j'irai te trouver » afin de régler nos comptes! » Lettre fatale, qui devait plus lard devenir une arme terrible contre lui ! expressions funestes, où les juges devaient trouver la preuve d'un fratricidel MARGUERITE.

Hélas I

LUCIEN

Oh! continuez, Dominique, continuez... car vos paroles me soulagent... car il m'est doux d'entendre réhabiliter la mémoire de mon père !

DOMINIQUE

Quelques instansavant l'heure du rendez-vous, des assassins avaient pénétré dans la chambre du comte... Ils l'avaient égorgé, puis s'étaient enfuis, emportant la cassette avec eux... Et quand le frère de la victime s'introduisait mystérieusement au château, il se trouva tout à coup entouré de nionde... Les noms d'assassin, de fratricide, frappèrent son oreille... Sa présence à celte heure dans le parc, et celte lettre trouvée sur le bureau de la victime, tout se réunit pour l'accabler... Il avait voulu , disait-on , voir son frère sans témoins, pour assouvir sa haine... pour lui reprendre sa part d'héritage, que déjà, sans doute, il avait remise à son complice.

LUCIEN

Oh ! mon Dieu! mon Dieu! c'est horrible!

DOMINIQUE

Enfin il fut arrêté, plongé dans un cachot. Là, s('priré (le tous ceux qui lui étaient chers... de celle que, sans la volonté du comte son père, il en! depuis long-temps nommée sa femme... (Il icgaide Marguerite.; du fils qu'il idolâtrait... MARGUERITE, les larmes aux yeux.

Pauvre Philippe!... oh! oui 1 il l'aimait bien, mon fils !

LUCIEN

Mais le ciel ne pouvait pas permettre sa mort ! DOMINIQUE. '^

Déjà, cependant, on préparait l'échafaud... Agenouillé dans sa prison, auprès d'un vieux prêlre... un saint et vénérable pasteur qui l'avait élevé, le patient protestait de son innocence... Il lui parlait de celle femme, de cet enfant qu'il ne revi rrail plus... « Mon fils, s'écria tout à coup le vieillard, innocent ou coupable, je ne veux pas que vous mouriez! » Alors, se dépouillant de la sainte robe qui le couvrait: « Prenez, oui, prenez, disa:l-il, et parlez à ma place! Oh! ne craignez pas d'exposer le peu de jours qui me restent à vivre ! Les hommes les respecteront, et Dieu ne voudra pas les maudire! Fuyez pour vous justifier un jour si vous êtes innocent, ou pourvous repentir si vous êtes coupable!» (Se levant avec force.) Est-ce que le pauvre accusé pouvait refuser celle chance de salut? est-ce qu'un père ne devait pas luller jusqu'à la fin ?... est-ce

LES PAYSANS

qu'il ne drrait pas disputer au bourreau cette vie et ce nom qu'il devait rendre purs à son enFanl? Est<e que je pouvais mourir enfin et te laisser couvert de mon infamie, mon fils?...

Mon père 1... vous!... mon père !

MARGUERITE

Oui, Lucien, oui.

DOMINIQUE, le serrant dans ses bras.

Oui, Ion pCîie... ton pèro, qui s'est dérobé au supplice pour ne pas te léguer un nom déshonoré...

LUCIEN

Vous!... c'était vous 1

DOMINIQUE

Ton père, dont le cœur battait ù briser sa poitrine chaque fois que tu passais prés de lui sans qu'il pût te presser dans ses bras, ni te couvrir de ses baisers ou de ses larmes! Ah! j'ai bien soufTert, mon enfant !... j'ai bien soufTcrll

MAnGURITE.

Oui, le sort nous a été cruel 1

LUCIEN

Oh! je comprends à présent celte douleur poignante qu'excitait en moi votre misère!... iWon Dieu, vous avez permis que le fils fit la charité à son père !

DOMINIQUE

Oh! tu comprends, n'est-ce pas, pourquoi ma main serrait la tienne quand tu m'apportais un secours... pourquoi une larme coulait de mes yeux quand je recevais de toi une aumône! Tu comprends enfin pourquoi je n'ai pas voulu te laisser mourir!

(Ils tombent dans les bras l'un de l'autre, et Dominique tend la main h Marguerite.) LUCIEN.

Mais par quel prodige nous êtes-vous rendu ?...

DOMINIQUE

Après m'être échappé de ma prison, j'errai long-temps dans les bois... me tenant caché le jour... ne voyageant que la nuit... Enfin je fus assez heureux pour passer la frontière... Pendant dix années je demeurai en Suisse... acceptant, pour vivre, les emplois les plus grossiers... me résignant aux conditions les plus dures... LUCIEN, lui baisant les mains.

Mon père! mon pauvre père!...

DOMINIQUE

Mais l'espoir de vous revoir un jour me soutenait... J'étais heureux d'un travail qui brisait mon corps... de ces rides précoces que la misère imprimait sur mon front... Car il fallait que je devinsse méconnaissable pour pouvoir rentrer en France... pour oser me montrer dans ce village... Et, quoique déjà bien courbé par les fatigues, par le chagrin, je trouvais que je ne vieillissaii pas encore assez vite ! Enfin je me mis en route... Cette feinte infirmité devait servir mes projeta..

fociliter mes recherches, éloigner la défiance... On ne se cache pas d'un aveugle !... Depuis quatre ans je suis ici... près de vous... et nul ne soupçonne qui je suis.

LUCIEN

Personne!...

DOMINIQUE

Pauvre Marguerite!... pendant quatre années, pas un mot, pas un signe n'est venu trahir notre iniclligence... Elle aussi a beaucoup souffert!... elle aussi a bien pleuré, mon fils !... A peine quelquefois un serrement de main en recevant uue aumône!... et jamais une parole de tendresse!.. A peine un regard pour nous dire: ■ Courage ! il faut vivre pour notre Lucien I ■

LUCIEN

Et moi... cœur lâche et ingrat, je ne savais rien, je ne devinais rien, j'osais me plaindre I... Mais quel est votie espoir, mon père ?

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