SCÈNE VIII
CHARMOULU, puis DOIuINIQUE.
CHARMOULU, seul.
Allons, allons, le Prévale en tient pour ma nièce.... C'est un bon établissement pour elle.... Me v'ià tranquille de ce côté... Oui, mais de l'autre ?... Un peu plus, ce maudit coup d' fusil me coulait deux cent mille francs !... et Vaudoyer me dit d'attendre... Non, non! il faut que dès ce soir il m'ait donné ma part... et, puisque je ne puis le voir au château, eh ben! je vas lui écrire aussi. DOMINIQUE, entrant par le fond.
Enfin!... Oh I si mes soupçons ne m'abusent, j'ai, là aussi, une trace à saisir...
CHARMOULU, apercevant Dominique, qui semble chercher son chemin avec son bâton.
Dominique... Ah ! c'est encore vous, vieux mendiant!
DOMINIQUE
Oui, je voulais parler au nouveau maître de la firme... Je vas l'allendre.
CHARMOULU.
A vol* aise... asseyez-vous là... (Le conduisant à une chaise.) là...
DOMINIQUE
Merci, merci !... (Il s'assied.) Dites-moi... Le nouveau maître de la ferme...
CHARMOULU.
Impossible... j'ai des comptes à régler... (A part.) Oui, décidément faut lui écrire...
(Il se met à écrire et se trouve face au public.) DOMINIQUE, à part.
Des comptes... lui!... ce n'est pas cela... ( Il se lève et va près de Cliarmoulu qui écrit.) CHiRMOULU.
Est-ce que vous partez, père Dominique?
DOMINIQUE
Non, non... mais j'ai des pauvres vieilles jambes que le repos engourdit parfois... et je marche...
CHARMOULU.
Bon, ne vous gênez pas... ( Ecrivant.) Je veux le partage... Il me le faut... aujourd'hui, où je parie... Je veux... ( Il écrit vivement.)
DOMINIQUE, à part.
Je ne sais quel avertissement secret me dit que ce qu'il écrit là... Si c'était la réponse. (Il s'approche encore doucement de Charmoulu et
lit par dessus son épaule ; de façon que le public
voit ensemble leurs deux figures.)
CHARMOULU, écrivant toujours.
Nous verrons s'il hésitera encore...Ym' faut mes deux cen! mille francs, ou je raconte que c'est toi.. . (Dominique s'est approché, pendant ce temps, et lit ce
qu'il est en train d'écrire ; son visage exprime la plus
profonde émotion.)
DOMINIQUE , se trahissant et étendant la main.
Ah!...
CHARMOULU, effrayé et cachant sa lettre.
Hein?... qu'esl-ce donc?
DOMINIQUE, ému.
Rien... rien, monsieur Charmoulu !... J' vous ai heurlé !...
CHARMOULU.
Lui !... ( A part. ) Il m'a fait une peur I... Imbécile que j'étais... un aveugle !
( Il se remet à écrire.) DOMINIQUE, a part.
Cette lettre!... cette lettre!... mais c'est la preuve de leur crime !... C'est ma vie... c'est mou salut... Oh ! il me la fautl Quelqu'un ne viendral-il pas à mon aide!...
( Il remonte vers le fond pour regarder.) CHARMOULU, à lui-même.
Non !... écrire c'est imprudent , j'aime mieux lui parler.
( En disant cela, il a bourré sa pipe ; il prend une allumette dans sa poche, qu'il allume.) DOMINIQUE, à part et revenant.
Personne!... n'importe!... et dussé-je élre tué dans la luUe, je l'aurai... (Il redescend en scène et va pour s'élancer vers Charmoulu, mais au même moment il le voit allumer sa pipe avec la lettre.) Grand Dieu I...
CHARMOULU , fumant.
Comme ça, je ne me compromets pas!... V'ià c' que c'est...
DOMINIQUE, tombant accablé sur un banc.
Ah! plus d'espoir I... plus d'espoir!...
CHARMOULU, l'apercevant.
Eh ben ! qu'est-ce qu'il a donc, ce vieux?... Ah! ma foi, qu'il s'arrange!... Allons au château!... Il sort par le fond.)
LES PAYSANS