ACTE V, Vil' TABLEAU, SCÈNE III
DOUIIflQVE.
Si bien que j'ai pris un chemin pour l'autre... cl au lieu de tourner vers not' village... j' me suis égaré en pleine forêt...
TAUDOYER, d'un air de compassion.
Ce pauvre Dominique 1...
cnAnMOULU, à part.
Eh benl j' suis pas fâché qu'y soit venu...
DOMINIQUE
Enfin, à force de tâtonner, j'ai reconnu l'avenue qui mène à vot' maison des bois, et j' suis entré pour tâcher d' trouver un abri contre la pluie... Maisj' vous croyais à c'I' heure ben tranquille dans vot' lit... Paraît qu' l'orage vous aura surpris, comme moi, loin d'cbez vous...
VA0DOYER.
Oui, en effet... un orage terrible, et qui rendait les chemins dangereux... Mais il me semble que maintenant on pourrait se remettre en route...
DOMINIQUE
Ah ! ben oui 1 Écoutez un peu!... ça ne fait que redoubler... En v' là d' l'eau I... ça gâterait le vin que j'ai bu... J' reste... Il y en a pour toute la nuit.
VAUDOYER, embarrassé.
Vraiment?...
DOMINIQUE
Et si vous voulez ben 1' permettre , mon bon monsieur Vaurtoyer, je resterai ici jusqu'à demain...
VAUDOYER
Jusqu'à demain?...
DOMINIQUE
Les routes sont trop périlleuses pour un malheureux aveugle!
CnARMOULU.
Si les yeux lui manquent, il a du nez, le vieux!...
Que faire?... Le renvoyer, ce serait éveiller les soupçons, dans le cas où la mort de cet homme viendrait à être connue.
DOMINIQUE
Tenez !... je passerai la nuit dans ce coin-là... (En disant ces mots, il s'approche d'Houdard. — En tâtonnant, ses mains sont près de le toucher. — Mouvement de Vaudoyer qui l'arrête.) Si VOUS voulez bien le permellre...
VAUDOYER, s'élançant.
Oui, oui, vous pouvez rester... mais... là... là, de ce côté.
CHARMOULU, à part.
Diable d'aveugle, il m'a fait une peur !,..
VAUDOYER
Comme ça, sur ce tas de paille, vous pourrez dormir...
DOMINIQUE
Dormir!... je n'aime pas dormir!... je rév«toujours que j'ai auprès de moi une famille... de» enfans, dont l'affeclion me soutient et me console!.,. Je les presse dans mes bras!... je les vois !... et le réveil est trop cruel !
VAUDOYBR.
Eh bien ! père Dominique, nous jaserons... (Bas, à Charmoulu.) Maintenant... (Montrant Dominique.) je vais lui parler... l'occuper... toi, tu prends cette arme...
CHARMOULU.
Car je veux la complicité» comme tu veux le partage...
CHARMOULU.
Non!...
VAUDOYER, lui mettant le poignarda la main et le
poussant.
Je le veux !...
DOMINIQUE, se levant et poussant un cri.
Ah !... (Charmoulu s'arrête effrayé.)
VAUDOYER, 5 Dominique.
Qu'avez-vous donc?...
DO.MINIQUE.
C'est un souvenir pénible qui m'a frappé.
VAUDOYER
Un souvenir!
DOMINIQUE
Oui, un devoir sacré que j'avais à remplir... et j'allais l'oublier... Ce matin, le» braves dames du château m'ont fait la charité, en me recommandant de prier Dieu pour l'âme de Gaston de Luxeuil.
VAUDOYER
Gaston de Luxeuil !
Oui, Gaston de Luxeuil, qui est mort assassiné dans une nuit terrible, comme celle-ci!... (Mouvement de Vaudoyer. — Charmoulu s'éloigne d'Houdard.) Oh ! c'est une fatale histoire... ot VDUS la connaissez, n'est-ce pas monsieur Vaudoyer?...
VAUDOYER
Oui... oui... sans doute !
CUAUMOULU, bas, i Vaudoyer.
Eh ben ! tu vois...
VAUDOYER, repoussant Ciiarmouln, et marchant par derrière vers Houdard.
Il le faut!...
D0.UIN1QUE, avec force.
Vaudoyer!...
VAUDOYER, s'arrêtant.
Que me voulez-vous ?...
DOMINIQUE
Pourquoi étcs-vous si loin de moi?... Je me sens plein de terreurs, comme si un malheur allait arriver...
dS
LtS PAYSANS,
' VADDOVEH.
Un malheur?... Que dites-vous donc làî...
DOMINIQUE
Pourquoi voire voix tremble-t-elleT...
VADDOYEB.
Vous êtes foa 1...
DOMINIQUE
N'importe... ne me quittez pas...
(Il se lève et le suit.) TADDOTEB, l'éloignant.
Allons, allons... arriére, père Dominique!
DOMIMQUE, s'élançant, le bâton levé, entre Houcîard et Vaudoyer.
Arriére toi-même, misérable assassin !...
VAUDOYER et CHARMODLC.
Grand Dieu!...
DOMINIQUE
Penses-tu donc que je te laisserai commettre un nouveau crime!...
VACDOTEB.
Un crime!... Vous êtes en délire, l'aveugle!...
DOMIMQUE.
Je ne suis pas en délire, car je te dis que tu as •nssassiné le comte de Luxcuil, et que voilà Ion complice!... Je ne suis pas aveugle, car je vous dis à tous deux que vous êtes pâles et tremblans comme deux làclies!...
CHAnMOULC.
Il j voyait!... nous sommes perdus!...
DOMINIQUE
Oui, perdus!... (Il va pour détacher le bâillon d'IIoudard.) car notre voix se fera entendre pour dénoncer votre crime!...
Ta voix!... clic n'nccuscra personne!...
(En disant ces mots, il a tiré un pistolet de sa poche, et fait feu sur Dominique.)
DOMINIQOB, poussant un cri.
Ah!...
(Il vient tomber à l'avant-scène et ne donne plus aucun signe d'existence.) CnARMOULU.
Malheureux!...
(Il s'agenouille près de Dominique.) HOCDARD, s'agitant dans ses liens.
Au secours!...
cnABMOULU, mettant la main sur le cœur de Dominique, il part.
Il respire encore!... (Vaudoyer fait un pas vers Houdard. — ' Cbarmoulu semble prendre une résolution, et s'élance vers Vaudoyer.) Ecoute!... quatre heures!...
VAUDOYER
Quatre heures!...
CDARMOULV.
Oui... le jour va renaître... (Ramassant le poignard.) Pars... il ncTaut pas que là-bas on s'aperçoive de ton absence... Pars, le dis-je!... Je me charge d'en finir!...
VAUDOYER
Gomment, toi!... toi qui tremblais tout à l'heure!...
CnARMOULU.
Eh ! il ne s'agit plus maintenant de notre fortune... il s'agit de notre vie !... (On entend chanter au loin l'air des Paysans.) On vient !
VAUDOYER
Je cours les empêcher d'arriver jusqu'ici, et je t'attendrai au chàleau !...
CDARUOOLU.
Au château.
(Il pousse Vaudoyer dehors, referme la porte, et s'avance lentement vers Houdard.)
HUITIEMS TABLE a.U.
Un appartement du château.