SCÈNE II
Les Mêmes, RAOUL.
RAOUL, entrant.
Ah! c'est vous, mon cher Phœbus!...
PHOEBUS
Oui, mon ami, c'est moi qui viens...
(Fleur de Lys, prenant l'air modeste et candide, redescend et baisse les yeux.) RAOUL.
Eh bien?
Pardon, je renonce à la vie des champs ; je viens vous faire mes adieux, et j'ai voulu vous présenter tout ce que j'ai trouvé de bon, ma femme et mon domestique.
RAOUL
Votre femme...
GRAIN d'épi, s'approchant.
Et son domestique...
PHOBBUS.
Oui, mon cher Raoul... (Prenant sans regarder la main de Grain d'Épi, qui se trouve près de lai«) Voilà celle que j'épouse...
RAOUL, riant.
Hein?... comment?
GRAIN d'Épi.
Moi, bourgeois?
LES PAYSANS
PBOEBCS.
Pardon, mille pardons, chère amie. (Allant prendre la main de fleur de Lys.) Voici la femme de mon choix...
BAOCL.
Madame !
FLBCR DE LTS, faisant la révérence. Monsieur, j'ai bien l'honneur.
BAODL.
Qu'ai-je vul...
FLEUR DE LYS
Ah! grand Dieu!...
PHOBBUS.
Quoi donc?...
RAOUL
Mais c'est elle !...
FLEUR DE LYS, à part.
Mon petit Gustave!...
RAOUL
Fleur de- Lys.
PHOEBUS
Fleur de Lys... Qui est-ce qui a parlé de Fleur de Lys I...
FLEUR DE LYS
Patatras!... encore un mariage flambé.
PHOEBUS
Comment, Tubéreuse... vous m'avez abusé!... mais je vons reprends mon cœur et ma main !
FLEUR DE LYS
Bah! ça m'est bien égal...
Ah!
FLEUR DE LYS
Je n'en retrouverai peut-être pas un aussi riche; mais, à coup sûr, je n'en épouserai jamais un plus bête... (Elle remonte un peu la scène.)
PHOEBUS
Qu'est-ce qu'elle a dit?...
GRAIN d'épi.
Elle a dit : z'un plus bête.
FLEUR DE LYS, sortant.
Adieu, mon bon ! Monsieur Gustave, j'ai bien l'honneur! (Elle monte sur le palier.) Adieu, mon bon!... (Elle sort.)
PHOEBUS
TIclas ! mon ami, je perds ma dernière illusion champêlre... Mais n'importe, je retourne a Paris, et, à l'avenir, je me relance dans le sport, je rentre dans les clubs, je redeviens œil-dc-bœuf.
GRAIN D'ÉPI
C'est ça, bourgeois; nous nous relançons dans c port, nous rentrons dans les clous, cl nous redevenons... (cil-de-veau...
PHOEBUS
Adieu, mon ami, adieu...
(il sort, suivi de Grain d'Épi.) RAOUL, Ips suivant jusqu'à la porte.
Plioebusl Phoebus !...
RAOUL, VAUDOYER, puis la COMTESSE et VAL EN UNE.
VAUDOYER, entrant par la droite.
J'ai pu rentrer sans être vu, et reprendre ces vêtemens... Charmoulu ne tardera pas à me rejoindre... Tout marcbe à merveille...
RAOUL, se retournant.
Ah ! monsieur Vaudoycr... J'allais faire prendre de vos nouvelles...
VAUDOYER
Vous êtes mille fois trop bon, monsieur le comte... et moi-même!., je voulais... je désirais vous entretenir...
? RAOUL
Oui... pour me parler de ce changement subit qui, depuis hier, semble s'être opéré dsns la volonté de ma sœur ?...
VAUDOYER
Non... ce changement... ou plutôt cette hésitation n'a rien qui m'inquiète... car je gais un moyen d'y mettre promplement un terme....
RAOUL
Un moyen...
VAUDOYER
Bientôt vous ne douterez plus de mes paroles... Je voulais vous voir afin de convenir avec vous de quelques changemens nécessaires pour donner à... voire château...
RAOUL
Dites au nôtre, monsieur...
Pour donner à ce château un aspect moins triste, moins lugubre... On parle d'une chambre mortuaire...
RAOUL
Ceilc'dc mon père... (IMontrani la porte au fond.) En voici rentrée...
VAUDOYER, avec ciïroi.
Là!...
RAOUL
Voilà celle porle condamnée depuis de longues années, celle chambre où fut commis un crime horrible... cl dont vous devez, comme nous, désormais, délester et maudire les auteurs.
VAUDOYER
Moi... oui, oui, sans doute ..
RAOUL
Mais pardon ; voici ma mère ; pas un mot devant elle...
VAUDOYER, allant à la comtesse.
Pcrmetlez-moi de vous remercier, ma<lamc , de l'hospilalilé que vous avez bien voulu m'accorder danS' votre château.
LA COMTESSE
Pouvions-nous faire moins, monsieur, après