SCÈNE YI
Les Mêmes, la COMTESSE, ROUL, Domestiques, accourus au bruit, VALE^'TINE, puis DOMINIQUE, HOUDARD, LUCIEN, MAR- GUERITE.
VALENTINE
Venez-vous encore pour me conlraindre à être votre femme?... Ce n'est plus de ma mère... ce n'est plus de ceux qui sont là, qu'il vous faut ob' tenir ma main!... Assassin de mon père, vien donc... viens lui demander de bénir notre unloî--*
VAUDOYER
Oh! perdu! perdu!...
CHARMOULU, à pari.
Oh! je le disais bien... la justice du ciel !...
VAUDOYER
Oh! maintenant, à tout prix, j'entrerai... (Il s'élance vers Valeniine.) CHARMOULU.
Nonl... non !...
VALENTINE
Ma mère!... ma mère!...
LA COMTESSE, paraissant avec son flis, en même temps que des domestiques et des paysans qui paraissent aux autres portes, Valeniine !... là... là...
VALENTINE, allant auprès de sa mère.
Éloignez-vous de lui !... éloigne-toi de cet
homme, ma mère, il est encore couvert du sang
de ton époux !...
LA COMTESSE
Parle, explique-toi, Valeniine?...
VALENTINE
J'étais allée demander à mon père du courage pour accomplir jusqu'au bout le sacrifice... Agenouillée sur le prie-dieu, je le suppliais de m'éclairer, je le suppliais de me dire si, pour vous, je devais me vendre à ce Vaudoyer ; tout à coup une empreinte de sang frappe mes regards... je m'approche de plus près... je suis cette Irace sanglante... mon père m'avait répondu !.,.
(Raoul entre dans la cliambre mortuaire.]
Comment?...'
VALENTINE
Allez lire cette réponse tracée sur la muraille. Oui, mon père m'a répondu : Vaudoyer est mon assassin !...
TOUS
Son assassin !...
RAOUL, reparaissant.
Oui, son assassin !
VAUDOYER
Eh ; qui me dit que ces mots n'ont pas été tracés par la main d'un ennemi?... Il faut d'aulres preuves pour condamner un iiomme!...
Ll S FAISANS.
CHARHODLO.
Regarde, Vaudoyer!...
(Il désigne Dominique et Houriard qui se montrent alors. — Dominique est soutenu par Marguerite et Lucien.)
VAUDOYER
Boudard!... Dominique!...
(Dominique descend en scène et s'approche de Vaudoyer.) DOMINIQUE.
D'autres preuves, as-lu dit?... Eh bien! nie' ras-lu encore, Vaudoyer?... TAUDOYER, se retournant vers Charmoulu et prêt à s'élancer sur lui.
Ah! misérable! lu as eu peur...
CBARHOULU, allant à Dominique.
Non 1... je me suis repenti...
DOMINIQUE
Et le ciel le pardonnera... (Montrant Vaudoyer.) Mais lui, le meurtrier de Gaston, il nous doit tout |e sang qu'il a versé, toutes les larmes qu'il m'a fait répandre !...
VAUDOYER
Vous ayez flétri mon père... moi, j'ai frappé le vôtre, et je consommerai la ruine de sa famille, comme il a voulu le déshonneur de la mienne!...
(Il sort.— Raoul et les autres font un mouvement vers lui.)
DOMINIQUE
Laissez!., laissez!... C(<t homme appartient à la joslice, et la justice l'attend aux portes du château...
LA C0.UTbSSE.
Mais... qui donc êtes- vous ■'...
VALENT1NE
Ma mère! c'est le pauvre accusé... c'est leficre de votre époux, qui a soulTerl cl pleuré depuis quinze années!...
RAOUL
Lui!...
Vous!... vous... monsieur !... Comment pourrons-nous racheter lanl de douleurs?...
DOMINIQUE , montrant Marguerite et Lucien qui viennent d'entrer.
Aimez ma famille, madame la comtesse!
LA COMTESSE
Oh! oui, oui!...
DOMINIQUE, prenant par la main Houdard qui se tient caché et qui pleure.
Toute ma famille, madame, et celui-là en est aussi.
BOUDARD
Ah! monseigneur!... monseigneur!...
DOMINIQUE
Je me souviens qu'errant et proscrit, j'ai vécu de l'aumône de nos humbles paysan.*... je me souviens que je dois une récompense à ceux qui m'ont tendu la main... (À Charmoulu.) un pardon à ceux qui se repentent...
CHARMOULU.
Merci, monsieur, le couite, merci! el moi, vieux pécheur repentant, j' ferai danser les marié.'...
FIN
Paris. — Imprimrric de Boulé, rue Goqlléron, 3.