‹ [Magasin théâtralChapitre 714 sur 1545 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

KÉROUAN, LOUISE, MADELINE, PORNIC, Fn.LES et Gauçons de charrue; Valets de ferme dans ia cour, puis PLRiUNE.

KÉnOUAN, paraissant au haut de l'escalier, puis descendant.

Allons les gars, c'est l'ufTaire d'une heure pour rentrer ce restant de sarrasin qui est dans la pièce du bas, cl finir de faucher le regain à côlé... Dépêchons, dépêchons!... el après ça, dame! lu fêle lanl qu'il y en aura... el il y en aura ; c'est nuire maître, M. le marquis de Moitléclain qui ia mène, comme faisait le seigneur autrefois; — el il a fait comme autrefois, lorsqu'il n'y avait pas de dame au château : il a choisi une paysanne pour être la reine de la fêle... et celle qui! a choisie, c'est Louise... ma belle et lîonne Louise.

(Les paysans rentrent sous le hangar.) LOUISE , avec un soupir, à part.

Ail! pourquoi m'a-t-il choisie I...

KÉl\OUAiV.

Quelle gloire pour toi!... El puis, dame! v'Ià deux mois que lu languis et que tu n'as pas quille la ferme. Crois-moi, filIoUe, le plaisir et la danse sont de bons remèdes à ton âge.

LOUISE, à part.

Le plaisir! la danse!... Ah! mon Dieu...

(Elle essuie une larme.) KÉROl AN.

Eh bien! pétiole, est-ce que ça va le reprendre?... est-ce que lu soutires encore?...

Non, mou père, non... je suis tout à fait bien maintenant... Vous voyez, je suis prèle à faire tout ce qu'il faut...

KÉROUAN

Et il faut que ça soil bien fait, pas vrai, Louise? (A Pornic et Madeline.) Allons, vous autres, apportez le pain et le cidre. (Madeline soit et reparaît suivie de Perrine apportant comme elle des galettes). T» n'es reine que pour un jour; mais pour ce jour-là , je veux qu'il soit dit qu'il n'y aura pas de pauvres dans le pays. C'est le vieil usage, et l'usage est bon... C"est loi que ça regarde, Louise... n'épargne rien.

POR^lc, remplissant toujours ses piehés.

Il me semble qu'en v'ià assex pour un jotir.

KEROUAN.

Eh ben ! quand il leur en resterait un briu pour demain, où serait le mal?

MADELINE, à Pomic.

Ce n'est pas loi qui ferais ça, avaricièux.

PORSIC.

Avaricièux... parce que j'aime autant manger mon pain que de le faire manger aux autres.

LOUISE

?Jon père... ne reslez-vous pas pour jouir du bien que vous faites ?

KÉIÎOUAN.

Ah! j'ai une bien aulre corvée : Pierre vient de me dire que le général qui , lu le sais, doit venir ce malin , s'est enlèlé à prendre le chemin de la Croix-des-Trépassés.

LOUISE

Ma-is ce chemin est impraticable...

KÉnOUAN.

II e^t comme ça , ce vieux Simon... Parce que, du temps de son empereur, il a couru à son aise à travers tous les chemins du monde, il s'imagine qu'on dompte aussi aisément les chemins creux de noire vieille Bielagne... Nenni da ! nous y avons plus d'une fois etnbourbé les bleus , el je crois bien que le général y resterait, si je n'allais au devant df lui avec du renfort... LO«)I.-E.

Faites donc, mon père... et surtout ne vous moquez pas trop de lui.

KÉROUAN

Pourquoi pas?... est-ce parce qu'il est comte cl général... que je ne...

(Apparition des mendians qui s'arrêtent à la barrière.] LOUISE.

Non... c'est qu'il est malade...

KÉROIJAX.

Oui... oui... lu as raison... (Aux paysans qui sortent du hangar avec des faux, etc.) Allons, vous autres, aux champs; et toi, François, amène les chevaux là-bas, tu sais...

PORMC, abaissant l'échalier.

Allons ! allons ! les pauvres, ne barre/, donc pas le passage.

RÉROUAN.

Eh bien ! bu lof... (Il pousse Pornic.) tout ce monde-là c'est nos hôtes et nos frères aujourd'hui... et si ma fille était une vraie reine, ce serait tous 1m jours la même chose. (Aux p«uTre«.) Entrer,

L\ CLOSKRIK l)i:S GKiNÊTS,

mcsenfaus... (lis eiurpiu.) Passez mainloiiaiU, vous autres. ([.<'S vak-ts de la ferme soricni; il va vers un pauvre.) Tiens... c'est... (Le pauvre se détourne : Kérouan revient près de sa lille.) Dis donc, fille ! lu vois bien ce vieux Ifi-bas?,..

LOUISE

Oui, pure...

RÉROUAN.

Ça n'est pas grand' chose de bon .. il aurait pu travailler plus et boire moins... je le lui ai dit souvent... mais c'est égal, il s'est battu autrefois avec moi conire les bleus.. .Tuluidonneras double ration et tu lui glisseras ces doux pièces de six livres.

LOUISE

Oui, père, oui...

Kiip.OUAX.

Allons, les braves gens... allez... allez... et vous prierez Dieu un brin pour ma fille... n'est-ce pas?...

TOUS

Oui, oui...

K.ÉROUAN.

A tout à l'heure, fille... à tout à l'heure... (Il son par le fond ; Louise l'accompageie un moment.)

S(ŒNE n.

Les MkMES, moins KÉROUAN, MATHURINE, MACLOU, Pauvres.

PORNIC

Peut-on manger son bien comme ça !...

MADELINE

On dirait que lu n'es pas Breton... Tu ne sais donc pas le proverbti : Quand on jette deux grains de blé à un oiseau, il en mange un, et le bon Dieu fait un épi de l'autre ?

LO-ISE, descendant la scène, les pauvres s'avancent un il un ; Pcrrine a aidé Madeline i'i placer les pains sur la table. — A Peirine. Ah ! te voilà, Perrine... Comment va ton frère? (Ellf commence la distribution aux panvros.) PERIIINE.

Que la bénédiction du bon Dieu soit sur vous et votre maison, Louise Kérouan : il se remet... il pourra travailler... dans une quinzaine. I.Ol'I.SE.

Eh bien \ qu'il vienne... il trouvera toujours de l'ouvrage ici. (Pcrrine s'éloigne, et des pauvres passent et reçoivent l'aumône de Louise ; le vieux ctiouan Maclou approche, Louise lui donne un pain ••l lui gli>sc r.nycnl; il fait un mouvement.) (/est mon père qui le veut.,.

MACLOU

Merci... je me griserais... Gardez ça plutôt pour cette pelite fille, derrière moi :je suis seul, et elle est deux. Allons, approrhe Mathuriiie...

M II»' fpnnni- s'approrlir limidempnl.^

PORNIC et DES PAUVRES.

Non... non... pas elle...

PORMC, allant à la jeune femme et la repoussant. Qu'est-ce que c'est que ça ! Malhurine?.. Veuxlu bien t'en aller, malheureuse '.

LOUISE

Pourquoi la chasser?.., et qu'a-l-elle donc fait ? (Louise va vers Mathurine.) Eh bien ! ma fille... eh bien I approche.

PORNIC, pendant que Louise ramène la pauvresse.

Vous ne savez donc pas qui elle est ?..

LOUISE

Je sais qu'elle pleure, qu'elle souEfre, qu'elle a faim peut-être.

PORNIC

Eh bien ! tant pis pour elle, elle l'a mérité... Sa tante lui a pardonné sa faute... mais elle s'j est obstinée...

LOUISE

Quelle faute ?

PORNIC

Au lieu de mettre son enfant à l'hospice...

LOUISE, h part.

Son enfant...

PORNIC

Elle a mieux aimé le nourrir que de travailler pour sa bonne vieille lantc.

LOUISE

Ah!... pauvre fille... venez...

PORMC.

Aussi elle est bien lotie... sa tante l'a chassée, et la v'Ià tendant la main.

Tais-loi, malheureux, lais-toi... Asseyez-vous là. ..Continue, Madeline.

(iMadeline et Pcrrine continuent la distribution.) PORNIC.

Quand je vous dis...

MADELINE

Veux-tu te taire, mau\ais cœur !..

(l'allé le pousse.) LOUISE, à Malhurine.

Ainsi, c'est pour avoir gardé votre cnfanl qa'on vous a chassée ?

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