LUCILE, LOUISE
LOUISE
Eh bien! Lucile.,. l'as-tu vu?...
LA CLOSERIE DES GlilNÊTS,
UCILF.
Oui... je l'ai vu...
LOUISE
Et il u'esl pas malade?... il ne souttre pas?...
LICILE.
Non... Louise... non... il se porte à ravir... il est rose et frais.
LOUISE
N'est-ce pas?
LuniE.
11 est charmant !
LOUISE
Oui... oui!...
LUCILB.
Et je l'ai bien embrassé pour toi.
r.OLISE.
Oh! embrasse-moi doue alors I embrasse-moi! (Elle l'embrasse.) LDCILE.
Mais qu'as-lu donc aujourd'hui? Pourquoi ce trouble, coltt- agitation?
LOUISE
C'est qu'il vient de se passer là quelque chose d'uflVeux... Une pauvre fille... coupable aussi... Mais elle... elle n'a pas eu peur... elle a avoué sa faute... elle a gardé son enfant !
Peut-être n'a-t-elie plus son père...
LOUISE
Qui l'eût tuée, n'est-ce pas ?
LCCILE.
Qui en fût mort, peut-être î
LOUISE
Et voilà ce qui fait ma faute si arfreu^e!
LUatE.
Et voilà ce qui fait que lu dois la racheter en silence... jusqu'au jour où Dieu ramènera près de toi celui qui le doit son nom en échange de ton amour d'abord... et de ta douleur mainlenunl. LOUISE.
Hélas! Lucile... je n'ose plus l'espérer... Si lu savais...
LUCILE
Je ne veux savoir rie {on mallieur que ce que j'en puis fCourir. S'il était vrai, I ouIh', quccelui que tu as aimé fût assez lâche pour l'ylinndonner, oii 1 c'est aiort surtout qu'il faudrait cacher ta faute l,.,
LOUISE
Mais non enfunll...
LUCII.E.
Ne me l'as-lu pat donné?... »ie»orais-je pas Jà? Mais qui serait près de Ion père? Ne soinmeinous pas sœurs, Louise? Si Diru t'avait envoyé le bonheur, lu nicii ;mri:is offirl In nioitir... Lais'.e-nioi donc prendre lu nuiilié de les peines; je serai |.our ton enfunl la mère qui lui manquera... et tu resteras pour ton père la lille sani laquelle il ne saurait \i\re.
LOUISE
0 Lucile! Lucile! cœur d'auge! merci!
merci à toi qui as pris ma misère en pitié !...
LUCILE
T'ai-je jamais remerciée de m'aimcr? Et où serait donc l'amitié, si elle n'allait qu'aux heureux?... Allons, calnic-loi... du courage! je le veux I
LOUISE
Eh bien!... soit... je me tairai... je boirai mes larmes.,, je ne verrai pas mon enfant... il t'appartient... Il sera heureux...
LUCILE
Tu sais bien que je ne suis pas seule à veiller sur lui.
ï-puisp.
Oli ! oui, c'est un noble cœur aussi que M. de Monléclain !... Sans vous connaître, vous vous êtes devinés pour une bonne action. C'est que Dieu a donné aux ànies généreuses un langage qui les fait se comprendre, sans qu'il soit besoin d'une parole entre elles... Oh 1 que je le voudrais heureux, lui qui mérite si bien d'être aioié... Lucile!
LCCILE, tristement.
Mon père le hait toujours...
LOUISE, à part. Pauvre Lucile... aussil...
LUClLK, vivement.
Mais laissons cela... et songe que je n'ai devancé ton père que de quelques pos.
LOUISE
Et le tien, vient-il à la fête?
LUCILE
Non , mais il a voulu me conduire jusqu'à la
ferme... et nous serions ici depuis long-lemps...
si nous n'avions vainement attendu mun frère...
LOUISE, troublée.
Quoi! Georges... M. Gttorgos ne vient pas?
LUCILE
Il va venir nous rejoindre ici, sans doute... c'est lui qui doit m'accompagr.er à la fêle. LOUISE, amèrement.
A la fête!... là où est le plaisir!
LUCILI', doucement.
Non, ma pauvre Louise, ou ue peut pas dire cela de G«orges... Hélas! lui si gai, si lier, si charmant autrefois, semble succomber sous le poids d'une douleur sans espoir...
LOUISE
l'A m ne sais pas... lu ne soupçonnes pas?.,.
LUCILE
Non, Louise... mais, crois-moi, chaque famille a ses mystères douloureux. Mais sois calme ; voici ton père et le mien.
\l>! leur approclie ne le fait pas peur,., tu ei heureuse I