‹ [Magasin théâtralChapitre 723 sur 1545 · GEORGES, LÉONA · texte numérisé non relu

GEORGES, LÉONA

LÉONA

Pas si vile, Georges... j'ai un mot à vous dire.

GEORGES

Vous !... c'est vous!... Ah! je ne m'étais donc pas trompé!

LÉONA

Non, Georges... c'est moi qui ai acheté la terre qui est près de Montéclain, afin d'être plus près de vous; c'est moi que vous avez rencontrée tout à l'heure, et qui me suis cachée pour ne pas vous voir retourner dans votre maison... où vous vou« tenez enfermé depuis deux mois.

GEORGES

Vous m'avez écrit pour me menacer... Vous m'avez donné dos rendez-vous, et... LÉONA, s'asseyant.

El vous n'y êtes pas venu. Ah ! les temps sont bien cliangés! Autrefois, c'était moi qui les accordais... mais alors je n'étais pas votre femme.

GEORGES

Mn femme !...

LÉONA

Je sais que \ous ne me le pardonnez pas... et c'est là, de ma part, un tort irréparable. GEORGES.

Muisonfii), que me voulez-vous?., de Par ge ni encore ? je n'en ai p!us; je vous ai donné toute la fortune de ma mère, pour vous empêcher de déshonorer, en le portant, le nom que j'ai reçu de mon père.

LÉONA

Eh! bien, Georges, c'est précisément ce nom.

qui m'appartient aussi, que je viens vous demander...

GEORGES

Vous l... vous!... jamais! non jama'is !... (A part.) Et Louise !... malheureuse Louise !... LÉONA.

J'y mets de la patience et de !a bonté... Je m'adresse à vous, lorsque je pourrais le prendre ce nom.

GEOI\GES.

Vous ne l'oseriez pas !... car vous savez, en pareil cas, madame, quelle est ma résolution... TOUS savez où je puis vous conduire...

LÉONA, se levant.

A votre tour, vous ne l'oseriez pas I

En vérité ? Crojcz-vous que, lorsque l'indigne courtisane qui s'appelle la comtesse de Beauval aura déshonoré mon nom en le prenant, j'hésiterai à y ajouter une honte de plus, en déclarant à la justice que cette femme... qui est la mienne, a été chassée de chez le duc d'Héricy pour un crime infime?...

LÉONA

Eh ! mon Dieu I Georges, ne m'accabtez pas si insolemment de mon passé 1... Si mon crime a été de vous le cacher, le vôtre a été de me croire .

GEORGES

Ah ! c'est trop d'impudence...

LÉONA

Non, monsieur, non... J'ai été bien coupable, n'est-ce pas ? Mais vous, lorsque votre père vous écrivait lettres sur lettres pour s'opposer à notre mariage, avez-vous été, vis-à-vis de lui, un fils soumis et respectueux?

GEORGES

Madame !...

LÉONA, toujours avec ironie.

Oui, oui, vous l'ave/, été en ce sens que vous répondiez à ses conseils et à ses ordres... par la soumi-ssion respectueuse d'un huissier.

GEORGES

C'est que je vous croyais encore, misérable l

LÉONA

Qucn'aNez-vous cru votre père?

Et c'est vous qui me le reprochez !...

LÉONA, d'un ton caressant.

Non... mais je vous rappelle qu'il est des heures où la passion égare les esprils les plus droits, les cœurs les plus honnêtes. Vous m'aimiez, alors... et vous avez élé conpa'ole... Oui vous a dit, monsieur, d'où est venu mon premier crime ? GEORGES.

D'où est venu \otre premier crime !... Mais! ne comprenez-vous donc pas qu'il peut venir une heure où je serai faiigué de tant de honte ? où je la rejetterai loin de moi ?...

LA CLOSEllIE DES GENÊTS,

LEON A

Par un crime aussi ?... en me tuanl ?.,. Non, Georges... je suis plus juste pour vous que vous ne l'êles vous-même. La main vous Ircrablerait à armer un pistolet ou à lever un poignard contre une femme. (Mouvcincnt de Georges.) Ecoutezmoi bien, Georges : tout s'oublie, dans ce monde ; voire père, qui vous a tenu si long-temps éloigné de lui, vous a rappelé, depuis trois mois, dans sa maison... Je \cux ma part de cepardon ..

GEORGES

Il me chasserait demain si j'osais le lui demander.

LIÎONA.

Georges, depuis deux mois que vous vivez enfermé dai)S votre maison, vous ne voyez rien, vous ne savez rien... maismoi, je veille, j'écoute., j'apprends.

Et qu'avez-ïous appris, madame ?...

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