scène, l'arrête et va près du général.— A part
Qu'est-ce que cette lettre? (Haut.) Ainsi tues content, Simon?
LE GÉNÉRAL, troublé.
Certainement... oui, et je veux...
KÉROUAN
Otle lettre... prouve que ta fille est innocente?
LE GÉNÉRAL
En doutes-tu ?
KÉROUAN
Oh!... non... non... (\ part.) C'est la même! Haut.) Et celte preuve tu nous la dira*... ii'e.M-ce
LE GÉNÉRAL
Il suffit qu'elle me satisfasse, et...
(Il va cacher la lettre dans la poche de son hahit ; Kérouan lui arrête la main.)
KÉROUAN
Mais il neme suffit pas à moi (Il saisit la lettre.)
LE GÉNÉUAL.
Laisse celte lettre, malheureux!
KÉltOUAN.
Cette lettre est à moi ! (A Montéclain et à Lu-
ciie.) Et puisque vous m'avez menti tous deux
en me la lisant... tu vas me la liie, toi, Louise.
(Il la ramène jusqu'à l'avanl-scène.)
MONTÉCLAIN.
Silence, Louise !...
LE GÉNÉRAL
Ne la lis pas, Louise!...
KÉROUAN
Monsieur le comte et monsieur le marquis, taisez-vous !... c'est son père qui lui parle... Lis... malheureuse... lis.
(Il lui tend la lettre ; Louise à genoux fait un effort et s'arrête.)
Mon père... mon père, grâce!
KÉROUAN
J'écoule...
L0UI.SE, lisant, la voix bris^ée de sanglots.
« Mon père... j'ai oublié tous les devoirs de » l'honneur... Dieu m'en a punie par le malheur... » Je vais m'en punir par la rnort... >. Parlé.) Oui, j'ai voulu mourir... oui...
KÉROUAN
Lisez! lisez !
LUCILE, à part.
Pauvre Louise!
LOUISE , lisant.
« Pardonnez-moi de ne pas vous nommer celui » qui m'a perdue!... pardonnez-moi si, en ntou- » rant de son abandou... j'eniporie son secret » dans ma tombe pour ne pas le livrer à votre )» vengeance... »
KÉROUAN, ù voix basse.
Mais tu n'es pas morte!... Après ?...
LOUISE , lisant.
« Je veux qu'il n'y ait de malédiction que sur » moi!... Je ne veux de châtimens que pour » moi !... »
MONTÉCLAIN.
Noble cœur !
LE GÉNÉRAL
Brave fille!
LOUISE , lisant.
« En apprenant ma fiiute, moi vivante, vous y) m'eussiez tuée avec mon enfant! c'eût été peut- )) être un crime devant Dieu et dev;int les hom- » mes! je l'ai gardé pour moi, et pcut-èlre Dieu » me par<loiinpra-t-il ma mort, puisqu'elle vous
LA CLOSERIE DES GENÊTS
» épargne le désespoir et le malheur de me pu- • nir!... Adieu... mon péret... adieu, et soyez a béni!... »
(Kérouan rrsic immobile , Montéclain se place entre
lui et sa fille qu'il leK've et confie à Lucilc, le
général se live et s'approche de Kérouan.)
LE GÉNÉRAL, (l'un côlé , lui prenant la main.
Kérouan, mon ami.
MONTÉCLAIN, de l'auire, même jeu.
Kérouan!... écoule-moi!...
KÉROUAN , s'agenouillant lentement.
Mon Dieu Seigneur î vous qui punissez et qui pardonnez ! vous qui m'avez soutenu pendant quarante ans de travaux et de combats! vous qui m'avez appris à souffrir pour votre sainte cause! vous qui m'avez toujours montré où était le chemin de l'honneur I... Inspirez-moi, Seigneur mon Dieu! et dites-moi votre volonté!
(Il baisse la tête.) LUC ILE , bas à Louise.
Oh ! il te pardonnera.
LOUISE
Jamais! jamais 1
(En ce monHut , un grand bruit se fait entendre du coié des jarUins. — La porte s'ouvre, el M^e de Brias, suivie de son flls, de sa Glle et de toute la société qui a paru à la fête, entre rapidement.)
LE GÉNÉRAL, allant au devant d'eux pour les arrêter.
Ah ! madame! madame!...
M™e DE BRIAS.
Pardon, général, si j'entre ainsi ; mais je venais vous apporter mes excuses el celles de mon fils.
LE GÉNÉRAL
Pas un mot de plus! je vous en supplie!... KÉROUAN , se relevant U-nleuicnt.
Faites, madame.— Chacun sa part... à la vertu el à l'innocence, le respect et la vénération... au vice et au crime , la honte et le châtiment. — Venez... venez Louise... notre place n'est plus parmi les heureux et parmi les honnêtes gens! (Il prend la main de Louise et s'éloigne avec elle. —
Tous, frappés de surprise ou de douleur, s'inclinent
devant lui. — Le rideau tombe.)