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ACTE 11, SCÈNE VIII

VICTOR, <ruiie l'enètre.

Ehl alerle!... alerte!... Une femme à l'eau!..

A moi, celle-là, je la sauverai!...

(Il ôte sa vareuse et court.) UOYER, sortant du cabinet.

Ote-toi de là,clampin... ça me regarde... (Il repousse Félix et se précipite dans la Seine.)

FÉLIX, furieux.

Le voilà maintenant qui me prend mes bonnes actions!... Mais j'irai... j'arriverai avant lui... BUCHOT, l'arrélaiit.

Veux-tu te tenir tranquille .. Tiens, regarde-le comme il file sur sa brassée... Quel jarret!... Comme c'est dclaclié... .Mi!... hein!...

FÉLIX, voulant s'écliapptr.

Bien... la malheureuse vient de disparaître, je

vais...

BUCHOT, le retenant.

Laisse donc!... le voilà qui plonge...

OLIVIER

Disparus tous deux...

TOUS

Où sont-ils?... (Silence.)

BUCHOT, avec enthousiasme.

Les voilà... il la tient... il arrive... Hein!... comme s'il portait un enfant de deux jours... Estce qu'il y avait à avoir peur... quand Roycr s'en mêlait... Royer, lui, le roi des canotiers... J'étais bien sûr de son affaire... Bravo, Royer ! bravo, le ca-notier! Et comme nous le disionsloutà l'heure...

Pauvres que la détresse Pousse à ce l'roid tombeau, Attendez...

CHOEUR

Hé! là-bas, de la rive, Alerte, mariniers !

Le salut vous arrive Avec les canotiers!

ROVER, portant Marie.

La voilà! .. la voilà !...

HENRIETTE Ct OLIVIER.

Marie!...

HENRIETTE

Ma pauvre Marie .. elle est sans conDaissance...

ROVER

La jeune Olle de ce matin... c'est bizarre... Voyons, vous autres, les petites... entrez là, làdedans... Changez-la... réchauffez-la... Qu'on lui donne d'autres vêtemens.

HENRIETTE

Maiscouimenl faire?

ROVER

Cavoie... allez ciiez ma sœur, dites-lui ce qui vient d'arriver... Une robe, un bonnet, tout ce qu'il faut... rapportez-moi ça.

CAVOIE

J y cours. (Il sort.)

ROYiCR.

Emporlez-la doucement. Allons!

Soyez tranquille, monsieur Royer... J'en aurai soin, moi. (On emporte Marie.)

ROYEU.

Pauvre fille!... Mais qu'est-ce qui a donc pu la pousser à ça?...

FÉLIX

Un dé.^espoir d'amour...

BUCHOT.

Est-il béte!... Un accident, sans doute...

OLIVIER

La misère, peut-être...

BUCHOT.

Nous saurons ça tout à l'heure... mais, en attendant, toi... il ne faut pas te fluxionner... Viens prendre une autre veste.

ROVER

Allons donc! Pour quelques goultes d'eau de plus ou de moins... Ce n'est pas le dehors qui a froid... c'est le dedans... Un verre de rhum ! BLCHOT, à PicoMueau.

Mousse !

PICONNëAU.

Capitaine?

BUCHOT.

Une bouteille de rhum et une brosse pour

Voilà !... On y va...

BUCHOT.

Sais-tu qu il y a eu u» moment où, si ce n'avait pas été toi, j'aurais eu peur... (Lui préseciant le verre.) Un verre de rhum!

ROYER, après avoir bu.

C'est que cette eiifanl-là ne faisait pas une comédie, ou bien elle avait perdu tout à fait la tète, car lorsque je l'ai attrapée, elle s'est débattue... Je l'ai sentie troisfois m'échapper... Pauvre fille... mon Dieu!... je ne sais pas... Ça m'est arrivé quelquefois de tirer des malheureuses de l'eau... eh bien ! ça ne ma jamais fait cet effet-là... Je suis content comme si j'avais fait une bonne action. H faut que j'éreinte un mousse...

(Il bal l^iciniiioiiu en riant.) BUCbOT.

Tiens, encore un veirc... Et c'en est une bonne action!...

ROYER, après avoir bu.

Allons donc!... esl-ce quil y a de quoi tant être fier?.,. Une pauvre femme se jelteàl'eau... on se jette après elle, on la sauve... quelque chose de rare... Ehl mon Dieu, n'y a-t-il pas quelqu'un qui l'a fait pour ma sœur, et pourtant il ne s'en c.iit pas vanté.

LES ÉTUDIANS

Il n'est pas moins vrjii que tu disais qu'à celui-là... lu lui (lontierais ta fortune, ta vie...

liOGEIt.

Uni, je l'ai dit, et »;est vrai... mais ce n'est pas la même cho.se... J'aime tant ma sœur... Ah 1 tenez, je suis heureux, et pourtant... (Bas.) Elle pleurait... (Haut.) Aïais je n'y veux pas penser... vGaùneiit.) Allons, à la ronde, et vivent les canotiers!

TOUS, buvant et uiiiqtiaTit.

Vivent les canotiers !

scÈNi<: IX.

Les Mêmes, CAVOIE.accomant, puis LOUISE.

C A VOIE, en <lehors.

Par ici... par ici, mademoiselle !

BUCUOT, apercevant Louise.

Qu'est-ce que c'est que ça ?

FÉLIX, de même.

Oh ! la jolie femme!

ROY EU, ctiercliant à voir.

Ou donc?

FÉLIX, montrant Louise.

Eh! là.

UOVEK.

Ma sœur! Louise!... A bas les bouteilles !

TODS.

Ta sœur!...

(Ils passent I esverres et les bouteilles à Piconne;iu.— Ils ôtent tous leurs casquettes, ù l'exception de Piconncau, qui est embarrassé. — Royer l'aperçoit et lui jette son cbapean.)

ROYEB, à Piconncau.

Eh bien! clampin.. tu n'as pas entendu?... ma sœur...

LOUISE, s'apptochant de Royer.

Mon frère... M. Cavoie m'a tout dit... Ah! c'est liien... merci... Que je l'embrasse...

ROYER, euibrassaut sa sœur.

A la bonne heure... j'ai ma récompense!

LOUISE

Pardon, messieurs, pardon.

ROYEB, les présentant.

Mes camarades... de bous amis... de braves jeunes gens I

LOUisn, à part.

Lui!

FÉLIX, avec préii.'iition.

Qui savent apprécier la grâce, la beauté... unie a l'esprit. .

ROYER, faisant taire Félii.

Oui, mes camarades, qui en auraient fait autant que moi, si je n'avais pas eu les jambes plus |iin9;ucs <|u'etix.

LOUISE, regardant Olivier.

Oui, je sais qu'ils sont tous dévoués et courageux.

OLIVIER, à part.

Oh ! qu'elle se taise, mon Dieu !

(Il se détourne.)

BUCUOT.

Certaiuemenl , rnadcmoisclie... nous sommes tous au service les uns des autres... mais voyezvous... il y en a qui ont la main heureuse... Eh bien ! votre frère est comme ça... s'il y a une querelle, c'est le premier à taper... (Royer lui fait des signes.) s'il y a un duel... il passe avant les autres...

KOYER. voulant l'interrompre.

Hein !... hein !. .

LOUISE

Ah ! vraiment?

ROYEK.

Il rit...

BUCHOT.

Et, de même, quand il y a une partie à faire, une bonne panse à se donner... ah ! dame, c'est toujours le maître... il décoiffe pne bouteille...

ROYER

Ucm! hem!

LOUISE

En vérité!

BOCHOT.

Il enlève un cancan...

ROYER, d'une voix tonnante.

Hum!...

Ah ! Georges, je ne savais pas...

ROYER

Mais non, il rit... je suis sage comme... une image.

LOUISE

Je le crois... Mais voici les vètemensque tu as demandés pour l'infortunée que tu as sauvée...

ROYEH.

Merci... donne... on va les lui porter...

LOUISE

J'y vaismoi-mémE... je veux la voir, la consoler peut-être.

ROYER, la retenant.

La voir... Non, non, c'est impossible... elle est en compagnie...

FÉLIX, d'un ton précieux.

Oui, elle est avec ces daines.

LOUISE

Eh bien! en ce cas, je vais les rejoindre... (A part.) Peut-être poiirrai-je m'informer...

(l"",lle fait un pas pour sortir.) ROYER, rarréiant.

Les rejoindre... Non, non, pas du touL..

LOUISE

Pourquoi cela ?

HOYER.

Oh : pourquoi. . poiirtiuni... <]rs dames sont

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