‹ [Magasin théâtralChapitre 821 sur 1545 · SCÈNE Xï · texte numérisé non relu

SCÈNE Xï

HENRIETTE, MARIE, puis ROYER.

MARIE

Mais oii donc est celui ([ui m'a sauvée ?

HENRIETTE

Il va revenir.

MARIE

Je voudrais lui témoigiier ma reconnaissance.

UENUIETTE.

Tu n'as donc plus envie de mourir?

MAIUE.

Oh ! Henriette, que j'ui souffert dans ces courts instans d'agonie !... J'entendais ma mère m'appeler... et puis je n'entendais plus... Je me suis sentie fuir sous l'eau... C'était un horrible bourdonnement... le cœur m'a manqué... Oh! j'ai eu peur, alors... j'ai eu peur...

HENRIETTE

Pauvre enfant... Et que serait devenue ta mère?

MARIE

Tu as raison... et que va-l-elle devenir maintenant?

HENRIETTE

Eh bien!... espère... attends... Tu es si jolie comme ça.

MARIE, se regardant.

Moi?...

HENRIETTE

Oui ; jamais je ne l'avais vue aiusi parée... et ça te va... Ah! mais tu es charmante...

MARIE

Oh! tais-toi, Henriette, tais-loi... Mon Dieu, je deviens folle... Mais tout à l'heure, lorsque je me suis regardée dans la glace, après que vous m'avez eu habillée, cl que je me suis vue ainsi... je ne sais ce que j'ai éprouvé... mais jamais... non, jamais la iiii.«érc ne m'avait paru si hideuse... Il faudra cependant reprendre ces haillons.

HENRIETTE

Mais pourquoi ?

Je pense ù ma mère...

HENRIETTE

A ta mère...

MARIE

Oh ! laisse-moi retourner prés d'elle.

(itoycr parait.)

HENRIEITE.

Tu veui partir ?

ACTi: 11. SCÈINE XII.

MARIE-

Il le fnnt... Je \o veux... (Ras.) Tp!p dirai-je?.. ces habits me brûlent... ma misère m'ép luvante... ma tête se pcrrl... je pense à ma mère qui se meurt, à la tienne qui vit heurense... Vos chants me rendent folle.. Non, je veux partir... il le faut... laisse-moi partir!...

BOYF.R, s'approchant avec respect.

Seule, mademoiselle?...

MAIIIK.

Seule... Oui, monsieur.

Ça ne se peut pas... La Seine conle tout, le long du chemin qui méfie d'ici à Paris... el ce que vous avez fait une fois, vons pourriez bien l'essayer eneore.

HENRIETTE

Et vous ne seriez pas là pour la sauver.

MAHIE.

C'est donc vous, monsieur?...

BOVER.

Bavarde, va... Eh bien ! oui, c'est moi... ce serait un autre, que ce serait la même chose...

MARIE

Vous qui ce matin avez pris pitié de ma mère?

ROYER

Bah!... parlez-en...

MARIE

Ah! vous êtes bon... généreux.

HENRIETTE

Oui, c'est un brave s^rçon, lui... (A part.) Voilà un homme qu'on peut aimer...

KOYER.

Taisez-vous donc, Henriette... Ecoulez, mademoiselle Marie... car je sais votre nom, je l'ai demandé à Henriette... nous avons causé de vous tout le long du chemin...

MAlîIE.

De moi ?

Oui...

ROYER

Eh bien! Marie, pardon, mademoiselle... nous sommes sans façons, nous autres... il ne faut pas se désespérer ainsi... Oui, je suis un bon garçon... un peu brusque... le cœur sur la main... Dés que ' je vous ai vue, je me suis dit : — Voilà une jeune fille... qui... que... Ah! c'est la vérité... lUARir:.

Monsieur...

ROYER

Ce n'est pas parce que vous êtes belle et jeune... et modeste... et charmante... et... non... c'est...

ne sais comment vous dire ça... c'est parce que vous êtes triste... parce que vous avez un

chagrin secret qui vous dévore... C'est si bon de rendre le sourire à une jolie bouche comme ça... de consoler un bon cœur comme le vôtre... de secourir une pauvre mère qui souffre... et puis après, la beauté, la jeunesse, ça ne gale rien, n'est-ce pas ?...

HENUIETTE.

Tiens! pardi... je croi>! bien...

ROYER

Ce n'est pas une raison, précisément... mais quand ça s'y trouve... si bien... si .. dame ! on aime mieux ça.

MARIE

Ah ! tenez je barbolte... Eh bien! au fait... voulez-vous un ami? donntzmoi la main... je serai le votre... rien que ça... Et ça, parce que je vous aime...

MARIE

Monsieur... je vous remercie... mais je ne puis.

HENUIETTE.

Ail! c'est un honnête homme...

fiOYEU.

En attendant, vous allez revenir avec nous...

MARIE

Monsieur...

ROYER

Non, non... quand on a du chagrin dans le cœur, ça ne passe comme ça... Je le sais, moi...

HENRIETTE

Il a raison... D'abord, je ne veux pas que tu

partes seule.

ROVER

Ohé! là-haut, les autres, la Chaumière ouvre à huit heures, et voilà le jour qui baisse.

(II revient parler à Henriette.) TOUS.

On y va !

(Les éiudians et les grisettes reparaissent, portant des lanternes de couleur.)

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