SCÈNE xni
MARIE, puis OLIVIER.
MARIE, seule un moment et éperdue.
Oh! mais vous le voulez, mon Dieu!... Demain, ma mère chassée... ma mère expirant peulètre sur le pavé de la rue... Eh bien ! non, cela ne sera pas!... Vous me maudirez, mon Dieu... mais moi, je crierai du fond démon déshonneur... «Non, vous n'avez pas élé juste!...»
OLIVIER, l'apercevant.
C'est elle, enfin...
MARIE, se croyant seule.
Oh!... pardonnez-moi, Seigneur, vous êtes pitoyable et bon... vous m'enverrez un appui , un protecteur...
OLIVIER , descendant vers Marie.
Marie!...
MARIE
Mon.sieur Olivier, vo'j lez- vous me sauver?...
OLIVIER
Vous sauver?... Oh ! je le veux !
MARIE
Eh bien! enimencz-moi... Il le faut , voyezvous... Ohl vous ne savezpas ce que cest que ce délire de l'âme, lorsqu'une voix infernale lui crie sans cesse d'un côté : ^iisére, pauvreté, agonie... etque de l'autre une vo x flalleiise lui dit: Amour,
richesse, bonheur!... Oh! arrachez-moi à cette affreuse tentation!...
OLIVIER
Eh bien! venez, Marie, venez... prés de votre mère... sous ce toit pauvre, mais où habite l'honneur.
MARIE
Oui. . oui... Mais cet asile , je ne l'ai plus que pour quelques heures...
OLIVIER
Grand Dieu !
MARIE
(^elte femme , qui était là tout à l'heure, nous a chassées...
OtlVITR.
Vous aussi!
MAIUE.
Oui... Mais à vous, je puis tout vous dire... Je ne sais... mais, en vous parlant, je crois m'adresser au frère que j'ni perdu... Demain, nous serons sans asile... eh bien ! je vous en demande un pour ma mère et pour moi.
OLIVIER
Un asile? à moi!... (A part.) A moi, qui n'ai plus que celui de la tombe...
MARIE
Oui, à VOUS... et j'y entrerai sans crainte... Dieu me dit que votre hospitalité sera sacrée... VOUS recueillerez ma mère , n'est-ce pas? OLIVIER, pleurant.
Hélas ! moi aussi , je suis chassé de ma pauvre demeure.
MARIE
Vous aussi !... O mou Dieu !... Eh bien! associons notre douleur et notie misère , monsieur... La vôtre ne peut être descendtie aussi bas que la mienne... et je ne crains pas de vous tendre la main... Le pauvre est pitoyable... Prêtez-moi... donnez-moi de quoi ailcnrlre huit jours... le temps de trouver du travail...
OLIVIER, avec désespoir.
Moi!... 0 misère... misère!...
MARIE, le suppliant.
Eh bien!... deux jours... un seul... du pain pournia mère... pour demain seulement...
OLIVIER
Demain...
MARIE, de même.
Oui , pour demain... Je chercherai, je trouverai... Je mendierai s'il le faut... Un jour, c'est quelquefois le salut... c'est quelquefois tout l'avenir... demain peut nous sauver,
OLIVIER
Mais demain tout sera fini pour moi... demain ne m'appartient même pas !
MARIE, avec un énergique désespoir.
Oh ! inalédiclion sur vous tous ! Non , mon Dieu ! vous n'êtes pas juste !
Li:s i^yruDfANS,