I.R CHIFFONNIER , MÊNASSIER
MÉNASSIBR, entrant ivre, et rCp'ardani aiiionr de loi. Numéro... Comme Paris est mal éclairé... Ah! dites donc, vertueux chiiïonnier.. le numéro onze delà rue Saint-Jacques?
LE CHIFFONNIER
Le voilà en face de vous.
MÊNASSIER, allant devant la maison.
Ça... c'est ma maison?... Qu'est-ce qu'ils ont donc fait de ma porte cochére?... Ce n'est pas <;a chez moi... J'ai une porte cochère... ce n'est pas mon numéroonze... Il doit y en avoir un autre... Le connaissez-vous?
LE CHIFFONNIER
Non.
MÊNASSIER.
Cent sous pour vous , si vous me reconduisez chez moi.
LE CHIFFONNIER
OÙ logez-vous ?
MÊNASSIER.
Rue Saint-Jacques, numéro onze.
LE CUIFFONMIER.
Eh bien ! le voilà.
MÊNASSIER.
Je vous dis que ce n'est pas le mien.
LE CHIFFONNIER
Alors, c'est que vous logez ailleurs.
MÊNASSIER.
Par exemple !... Tenez , voilà une lettre <ip papa... où il me dil... « C'est avec le plus grand » plaisir que j'apprends avec quelle ardeur lu Ira- )) vailles. . »- Hein!... «La régularité de la cou-
AGTl' IV, SCl-NL^ U\.
» duile me charme... » — Hein?... c'est vrai, c'est tous les jours la même chose... Voilà la lettre... voyez l'adresse.
tE CHIFFONNIER , lisant.
« Monsieur Ménassier, étudiant. »
ftlÉNASSIEIt.
Vous voyez bien que ça y est.
LE CBIFFONNIER, lisant.
« Faubourg-Saint-Jacques, numéro onze. »
MÉNASSIEB.
£h bien !
LE CHIFFONNIER
Eh bien! Faubourg-Sainl-Jacques.
MÉNASSIER.
Eh bien ! voilà un quart d'heure que je ne vous dis pas autre chose... Faubourg-Saint-Jacques , numéro onze.
LE CUIFFONMEH.
Eh bien!... continuez tout droit... jusqu'au haut de la montée.
MÉNASSIER, allant à droite et à gauche.
Comme ça?
LE CHIFFONNIER
Oui.
MÉNASSIER, b'arrêtant.
Une idée !... Pourquoi m'avez-vous dit que c'é lait là le numéro onze ?
LE CHIFFONNIER
Parce que c'est vrai.
MÉNASSIER.
Eh bien ! pourquoi me dites-vous maintenant que c'est là-haut ?
LE CHIFFONNIER
Parce que c'est là-haut.
MÉNASSIER.
Ah ça! dites donc, vieux porte-osier... Est-ce que vous croyez qu'on nie fait aller commeça?... Je vais t'apprendre, vieux blagueur...
(Il le menace.)
Prenez garde !
MÉNASSIER.
Ou plutôt, je te connais... Tu le dis comme ça: «Je vais l'attirer dans un mauvais coin... El puis, quand il se sera fié à mui... pst!... les autres... piquez-moi ça... En voilà un à plumer... je vous le vends. »
LE CHIFFONNIER, s'avançaiit sur lui.
Misérable !
MÉNASSIER, tirant son couteau.
Eh ! doucement... j'ai mon catalan... C'est égal, il y a trop loin d'ici à mon onze... les rues ne sont pas sûres... je retourne à l'estaminet... Tiens, que je suis bête!... c'est un boulanger... Où donc est-ce qu'on boit?... Ah ! c'est par là!... Adieu , vieux Judas Iscariote!
LE CHIFFONNIER, le menaçant.
Tais-toi ! tais-toi 1
(Ménassier s'éloigne en chantant.)
scÈMiî m.
Le CHÎFFOMNÎER, seul.
Eh quoi! toujours... lotijoiirs... Cethubitméme ne me met pas à l'abri de l'insulte... Par quelle fatalité le mot le plus indilférent me rappelle-t-il toujours cet exécrable souvenir?... Ce soir, à celle heure où tout dort, où la solitude devrait me laisser seul avec mon désespoir... il faut que ce misérable vienne me jeter à la face de ces mots qui m'épouvantent et me glacent... Triste débauche qui trompe la tendresse de son j)ére... mais qui ne rougit pas de lui , du moins. Ohl oui, c'csl vrai... je suis descendu à cet excès de dé.sespoir,quej'aimerais mieux le rencontrer ainsi, ivre, mai> oublieux, perdu, mais content... Oui, je préférerais cela à le voir passer chaque jour devant moi, pâle, sombre, désespéré... el se mourant dans son silence de la houle que je lui ai léguée avec mon nom maudit...
(Il se rassied sur la borne. — Une porte s'ouvre. — Un homme paraît sur le théâtre ; au même instant, une lenÊtre s'ouvre et une dame paraît.)
l'homme en habit de VOYAGE, en bas.
A demain, Agiaé... à demain, mon chat... dors tranquille , ma louloulte... Si la diligence passe par ici... je le ferai un petit cri d'amour. LA FEMME, à la fenêtre.
Va donc... tu perdras ta place...
(L'homme s'éloigne en chantonnant. — Une fcnfitie, en face, s'ouvre. — Arthur paraît et chante. )
ARTHUR, à la fenêtre.
C'est minuit qui somie , Entends, ma mignonne.
C'est l'heure où se donne Tendre rendez-vous.
Ton mari qui gronde Va faire sa ronde, Et la nuit profonde Trompe les jaloux.
C'est minuit , etc.
(Pendant la ritournelle , il descend et paraît sui le théâtre; il regarde de tous côtés.)
Mais là, sur la place , La patrouille passe.
Cachez-moi , de grâce, Par respect pour vous.
La garde s'avance , La porte en silence , S'ouvre, je m'élance...
Plaignez les jaloux.
LES ÉTUDIANS
C'est minuit , etc.
(Pendant le refrain, la femme a disparu de la fenêtre et a descendu ouvrir la porte. — Le jeune homme entre, la porie se refrnne.J
LE CniFFO?iNIEU,Seul.
Je l'iii suivi jusqu'à la porte de la Chaumière... je l'en ai vu sortir.... Oui , i! est moins triste... son visage semblait animé d'une espérance nouvelle... Ohî oui, oui, le plaisir, le bruit... auront enfin fait taire celte tristesse qui le consume... Le peu d'argent que jp lui ai envoyé, il la accepté... Oh ! que le luxe le lente, l'ébloui.^se, l'égaré, s'il le faut... Tout ce qu'il désirera, je le lui donnerai... ei peut-èlrc qu'alors il consentira à me voir.... J'achélerr.i le droit de lui pnrier (luelquefois... je le lui paierai de toute cette détestable fortune qui me pèse... je... Oh ! malheur, malheur !... acheter le cœur de son llls!.., (Ii se rassied.)
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SCÈM-: IV.
Lf. CHIFFONiMER, FÉLIX. BUCHOT, HENRIETTE, FAN FAN, VICTOR, Étd-
UIANS, GrISETTES.