‹ [Magasin théâtralChapitre 841 sur 1545 · MARIE, ROYER · texte numérisé non relu

MARIE, ROYER

ROYER, à paît.

Allons, il faut qu'elle s'explique.,, il le faut. (A Marie.) Marie, la nuit s'avance... Il faut que vous sachiez...

MARIE, l'œil fixe, la voix brève et étouffée, durant toute la scène.

Gomme vous voudrez.

ROYER

Mais vous ne m'entendez pas...

MARIE

Je vous entends.

ROYER

Marie... l'amour n'a point cette tristesse... Oui, sans doute, souvent il épouvante le cœur qui entend son langage pour la première fols... Ce n'est pas sans trouble, sans crainte, que l'on confie son âme, son bonheur, son avenir à l'amant qui nous implore... On tremble... on a peur.

MARJE.

Mais j'ai peur... je tremble...

ROYER

Oui, mtTis d'une terreur glacée.... mais d'un horrible ellroi...

MARIE

Au contraire... j'attends, j'espère.

BOYER

Marie, écoutez-moi bien.

MARIE

Oui...

KOYER.

Marie, je vous aime.

MARIE

Oui.

ROYER

Le croyez-vous?

MARIE

Oui.

ROYER

Croyez que votre bonheur sera mon premier espoir, ma seule pensée, mon unique occupation.

MARIE

Oui.

ROYER

Mais vous, Marie, m'aimez-vous?

HARIE.

Oui.

BOYEB.

Oh! mais... cet amour, s'il n'est pas dans votre cœur, je le refuse... Je vous l'ai dit : l'amour seul paie l'amour.... Oh! par grâce, répondez-moi.... Pourquoi toujours celte pensée distraite... Marie, pourquoi ces réponses faites d'une voix brève, tremblante... épouvantée?

MARIE

Vous ai-je mal répondu?

ROYER

Non... oh! non, certes! et ce serait le bonheur, si dans votre voix j'entendais parler votre cœur... Mais pardonnez-moi ce que je vais vous rappeler... M'avez- vous compris quand je vous ai dit: Miirie, si vous voulez, je vous aimerai .. Pour vous, j'oublierai toutes les femmes... voui: serez l'unique maîtresse de ma vie, de mon âme... Je suis riche, et je puis donner à votre existence, à celle de tous ceux que vous aimez, le bonheur, le luxe... M'avez-vûus compris quand je vous ai dit tout cela ?

LES ÉTUDIANS

MAKIE.

Oui, je vous ai compris.

BOYER

Mais je n'ai pas voulu vous tromper, je ne le veui pas encore... Marie, je vous l'ai dit... mon amour sera tout à vous... mais mon amour seulement... Vous m'avez entendu?...

MARIE

Je vous ai entendu.

Vous m'avez entendu... Ainsi donc, lorsque je vous ai dit : Eh bien ! laissez aux cœurs froids les vaines hypocrisies... votre beaiilé n'a pas besoin de ces refus menteurs dont se servent les coquettes pour égarer les passions... Marie, comme je me donne à vous, donnez-vous à moi... et que vous m'avez répondu: Je leveux... c'est donc que TOUS croyiez à mon amour?

MARIE

Sans doute.

ROYER

Et maintenant, si je vous dis encore : Marie, soyez à moi.... me répondrez-vous comme vous l'avez fait il y a quelques instans... Oui?

MARIE

Oui.

ROYER

C'est donc que vous m'aimez ?

MARIE, avec explosion.

C'est que ma mère a faim et qu'elle se meurt!

ROYER

Oh! misérable! misérable et lâche!... Olivier avait raison!... Oh! Marie, grâce, pitié... ne me méprisez pas... ne me maudissez pas... Tant de beauté, tant de jeunesse avaient troublé mon cœur.... Mais non, je ne parle plus d'amour.... Venez, votre raére vous attend... Venez... venez !

MARIE

Oh ! merci, monsieur... Heureuse celle qui vous aimera!...

Les MÊMES. BUCIIOT.

BUCHOT.

Maladroit que Je suis !... J'ai dO le laisser tomber en prenant ce billet dans ma poche... C'est

(Marie et Royer traversent la scO-nc et rencontrent Buchot qui est penché et cherche à terre.)

BOYEB.

Qui estli?

BOCHOT, penché à terre.

Ne failefi pas attention... je cherche quelque chose... Ah! c'est heureux. .

(Il ramMse le médaillon et le regarde à la clarté du réicrbCrc.)

ROYER

Buchot!...

BUCHOT, regardant le médaillon.

C'est bien ça.

ROYER, lui arrachant le médaillon.

Qu'est cela... grand Dieu !...

BUCHOT.

Âhçal dites donc, vous!... Lui.. Royer!...

ROYER

D'où te vient ce bijou?... comment est-il entre tes mains?...

BUCHOT, embarrassé.

C'est un hasard... je l'ai trouvé...

Tu mens!...

BUCHOT.

Royer...

BOYEB.

Tu mens, te dis-je!...

MARIE

Monsieur...

ROYER

Oh! de grâce , un moment... si vous saviez... Buchot...

MARIE

Que va-t-il faire?...

ROYER

Mon ami, écoute-moi... Au milieu de tes désordres, tu es resté homme d'honneur... Sais-tu à qui ce médaillon appartient?

BUCHOT.

Oui... à peu prés...

ROYER

Eh bien! alors, il faut que tu médises... Car elle ne te connaît pas... Ce matin, je l'ai bien vu... Un autre te l'a confié...

BUCHOT.

Eh bien! oui... Tiens... vois-tu, Roger, il y a des choses qu'on ne doit pas cacher à un frère .. parce que si le malheur est réparable..,

ROYER

Oh! lu me fais trembler.

BUCHOT.

Et puis, la position est si extraordinaire.

ROYBR.

Mais parle donc, malheureux!

BUCHOT.

Eh bien! Olivier...

ROYER

Olivier...

BUCUOT.

Olivier, avec qui lu vas te battre dans quelques heures...

MARIE

Grand Dieu!

BUCHOT.

Il m'a dit : « Si je suis tué. In rapporteras ce mi'dnillon à M"*" Roycr dOriily. •

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