MARIE, ROYER
ROYER, à paît.
Allons, il faut qu'elle s'explique.,, il le faut. (A Marie.) Marie, la nuit s'avance... Il faut que vous sachiez...
MARIE, l'œil fixe, la voix brève et étouffée, durant toute la scène.
Gomme vous voudrez.
ROYER
Mais vous ne m'entendez pas...
MARIE
Je vous entends.
ROYER
Marie... l'amour n'a point cette tristesse... Oui, sans doute, souvent il épouvante le cœur qui entend son langage pour la première fols... Ce n'est pas sans trouble, sans crainte, que l'on confie son âme, son bonheur, son avenir à l'amant qui nous implore... On tremble... on a peur.
MARJE.
Mais j'ai peur... je tremble...
ROYER
Oui, mtTis d'une terreur glacée.... mais d'un horrible ellroi...
MARIE
Au contraire... j'attends, j'espère.
BOYER
Marie, écoutez-moi bien.
MARIE
Oui...
KOYER.
Marie, je vous aime.
MARIE
Oui.
ROYER
Le croyez-vous?
MARIE
Oui.
ROYER
Croyez que votre bonheur sera mon premier espoir, ma seule pensée, mon unique occupation.
MARIE
Oui.
ROYER
Mais vous, Marie, m'aimez-vous?
HARIE.
Oui.
BOYEB.
Oh! mais... cet amour, s'il n'est pas dans votre cœur, je le refuse... Je vous l'ai dit : l'amour seul paie l'amour.... Oh! par grâce, répondez-moi.... Pourquoi toujours celte pensée distraite... Marie, pourquoi ces réponses faites d'une voix brève, tremblante... épouvantée?
MARIE
Vous ai-je mal répondu?
ROYER
Non... oh! non, certes! et ce serait le bonheur, si dans votre voix j'entendais parler votre cœur... Mais pardonnez-moi ce que je vais vous rappeler... M'avez- vous compris quand je vous ai dit: Miirie, si vous voulez, je vous aimerai .. Pour vous, j'oublierai toutes les femmes... voui: serez l'unique maîtresse de ma vie, de mon âme... Je suis riche, et je puis donner à votre existence, à celle de tous ceux que vous aimez, le bonheur, le luxe... M'avez-vûus compris quand je vous ai dit tout cela ?
LES ÉTUDIANS
MAKIE.
Oui, je vous ai compris.
BOYER
Mais je n'ai pas voulu vous tromper, je ne le veui pas encore... Marie, je vous l'ai dit... mon amour sera tout à vous... mais mon amour seulement... Vous m'avez entendu?...
MARIE
Je vous ai entendu.
Vous m'avez entendu... Ainsi donc, lorsque je vous ai dit : Eh bien ! laissez aux cœurs froids les vaines hypocrisies... votre beaiilé n'a pas besoin de ces refus menteurs dont se servent les coquettes pour égarer les passions... Marie, comme je me donne à vous, donnez-vous à moi... et que vous m'avez répondu: Je leveux... c'est donc que TOUS croyiez à mon amour?
MARIE
Sans doute.
ROYER
Et maintenant, si je vous dis encore : Marie, soyez à moi.... me répondrez-vous comme vous l'avez fait il y a quelques instans... Oui?
MARIE
Oui.
ROYER
C'est donc que vous m'aimez ?
MARIE, avec explosion.
C'est que ma mère a faim et qu'elle se meurt!
ROYER
Oh! misérable! misérable et lâche!... Olivier avait raison!... Oh! Marie, grâce, pitié... ne me méprisez pas... ne me maudissez pas... Tant de beauté, tant de jeunesse avaient troublé mon cœur.... Mais non, je ne parle plus d'amour.... Venez, votre raére vous attend... Venez... venez !
MARIE
Oh ! merci, monsieur... Heureuse celle qui vous aimera!...
Les MÊMES. BUCIIOT.
BUCHOT.
Maladroit que Je suis !... J'ai dO le laisser tomber en prenant ce billet dans ma poche... C'est
(Marie et Royer traversent la scO-nc et rencontrent Buchot qui est penché et cherche à terre.)
BOYEB.
Qui estli?
BOCHOT, penché à terre.
Ne failefi pas attention... je cherche quelque chose... Ah! c'est heureux. .
(Il ramMse le médaillon et le regarde à la clarté du réicrbCrc.)
ROYER
Buchot!...
BUCHOT, regardant le médaillon.
C'est bien ça.
ROYER, lui arrachant le médaillon.
Qu'est cela... grand Dieu !...
BUCHOT.
Âhçal dites donc, vous!... Lui.. Royer!...
ROYER
D'où te vient ce bijou?... comment est-il entre tes mains?...
BUCHOT, embarrassé.
C'est un hasard... je l'ai trouvé...
Tu mens!...
BUCHOT.
Royer...
BOYEB.
Tu mens, te dis-je!...
MARIE
Monsieur...
ROYER
Oh! de grâce , un moment... si vous saviez... Buchot...
MARIE
Que va-t-il faire?...
ROYER
Mon ami, écoute-moi... Au milieu de tes désordres, tu es resté homme d'honneur... Sais-tu à qui ce médaillon appartient?
BUCHOT.
Oui... à peu prés...
ROYER
Eh bien! alors, il faut que tu médises... Car elle ne te connaît pas... Ce matin, je l'ai bien vu... Un autre te l'a confié...
BUCHOT.
Eh bien! oui... Tiens... vois-tu, Roger, il y a des choses qu'on ne doit pas cacher à un frère .. parce que si le malheur est réparable..,
ROYER
Oh! lu me fais trembler.
BUCHOT.
Et puis, la position est si extraordinaire.
ROYBR.
Mais parle donc, malheureux!
BUCHOT.
Eh bien! Olivier...
ROYER
Olivier...
BUCUOT.
Olivier, avec qui lu vas te battre dans quelques heures...
MARIE
Grand Dieu!
BUCHOT.
Il m'a dit : « Si je suis tué. In rapporteras ce mi'dnillon à M"*" Roycr dOriily. •