‹ [Magasin théâtralChapitre 90 sur 1545 · LE COMTE, CATHERINE · texte numérisé non relu

LE COMTE, CATHERINE

LE COMTE. Mon Dieu ! votre justice m'éprouve bien cruellement...

CATHERINE, à part. Ruinés... tous ruinés...

LE COMTE. Ce pauvre Pasca!, que va-t-ii devenir... [Avec un peu de colère.) Vous l'avez durement traité, madame...

CATHERINE. C'est possible... j'ai eu tort... mais aussi , à qui la faute ?... Pourquoi m'avoir caché ce dépôt?...

LE COMTE , s emportant. Pourquoi?...

pourquoi...

CATHERINE. Jc le sais... vous vous défiez de moi?...

LE COMTE, se levant. Eh bien... eh bien, oui, de vous, de vos neveux!... ou plutôt de ma faiblesse, de ma lâcheté qui m'enchaînent aux ordres d'une femme, et me font trembler devant trois misérables! Oui, je me suis méfié de moi-même jusqu'à présent; j'ai été sans énergie devant vous et sans courage devant eux, parce que je n'avais à disputer que le repos de quelques jours qui me restent : mais je me reveille enfin , lorsqu'il s'agit d'accomplir un devoir sacré, quand il s'agit de me rapprocher de ma seule affection dans ce monde; quand, par vous et par les vôtres, j'ai perdu ma fortune prtsque entière. Une fortune que je me suis vu contraint de soustraire à des regards avides; une fortune qui était à niti, bien à moi, quej'aisoriiede mapr'ipre maison, peu à pou, honieust'meat et en secret, comme ferait un vokml... -

CATHERINE. Ah!... VOUS avez fait cola!...

LF, COMTK. Oui , JH l'ai faii , parce «lueje ne Mie seniai.s pas le couiage dt; vous dire, faible et lâche que j'i'iais: Celle fortune n'est dI P'Hir vous ni pour vos neveux, madame... Je la garde...

CATHERINE, froidement. Pour voire fils , n'est-ce pas?. .

LE COMTE. Eh quoi!... vous savez?...

CATHKRiNE L'exisieuce de V'tre (ils... ce qui vous .senib'aii iiii iMysli-re impénétrable , ce que vous appeliez voire u ique secret! Mais, mon-ieur le comte , cherchez i)ien , il doit y en avoir d'auires. .. rar, si j'ai bonne méni-iire. j'en ronnais encore un...

LE COMTE. Que voulez-vous dire?

CATHiRiNE.>loiisieurdcClainariMs,nevous souvenez-vous plus du village de .Morsang?

LE COMTE. Morsaiig.... c'est là qu'autrefois ma mère... réunissait ses enfans pendant l'été... c'est là, je m'en souviendrai toujours, que pendant une longue convalescence où mts yeux affaiblis à la suite d'une blessure grave...

CATHERINE. C'cst là qu'à côté de la riche demeure de votre mère, une pauvre jeune fille vivait il y a vingt ans.

LE COMTE. Une j une liile!

CATH RiNE. L'honneur et l'espnir de ses parents! Llle était lonte la joie de s -n père, un f)auvre vieillard aux chev ux blancs. Sa m"re , sa bonne mère ne prononçait son nom qu'ai ec orgueil... Eil' s'appelait Marie Raymond , monsieur le comte.

LE co.MTE. iM.irieRavmoiid... Oui , Marie Raymond, (pii pssa dan-, ma vie comme un doux lève et que je ne reconnaîtrais même pas. Mai^ d'où savez vous cela , Catherine?

(ATHi BINE. Ah ! j' s.'is biiu autre chose , allez!... Je sais qu'un jour vous êtes venu lui parler d'amour... Vnu-lni avez dit desphrases, des m 'is qu'elle n'avait jamais entendus , la pauvre enfant ! Vous lui aviz fait des serments qu'elh- ne vous demandait «nème pas... elle était si simple , qu'elle pensaiique son honneui- valait le vôtre! ((ue .«^a beauté valait vol' foriune! el (|uesa vertu va'aii vot' noblesse... Tu seras ma femme, Marie! que vous lui répétiez iou,oiirs... lu seras ma femme! Ki elle vous crovait, l'innocecj'e jeune fille!... Elle endorniiiit ses renioids avec ces mots-là. . Et lin jour, où déjà d'lai.ssée par vous , à demi lôile , elle errait dans votre parc .. en ^e ié|)élant enco'e, tu seias ma femme, viaiie !... elle eiiiend t v(»tre voix... \oire voix qui di.saii le-, môm-s p rôles... non... ce n'élaieul pas les mêmes cette foislà; il y avait un nom de changé; vou.<« disiez, lu seras ma femme... Louise!... El Louise c'était une (Inclusse : e!li; a* vous aimait pas autaut, elle!... mais c'élait uueducUusel.*

Elle n' vous avait sacrifié ni son honneur ni sa vie !.. uiitis c'était une duche.sse. ce n'était pas la m^re de notre enfant, elle! mais c'était ime duchesse!

LE COMTE, lincore une fois, Catherine, d'où .savez, vous cela?

CATHi-RiiNE. Du mois après, on célébrait une noce bien brillant^- ! la vôire , monsieur le comte!... et le même jour, à la même heure, en même temps que vous étiez à genoux à prier (levant l'autel, Marie aussi était à genoux, en train de prier: elle priait au bord d'une ri\ièr", et elle disait : Mon Dieu! puisque je vais mourir, pardonnez à celui qui me tue!

LE COMTE. El c'est moi, moi qui ai caii.sé celle mort! Ah! Caiherine, quels souvenirs avez-vous rappelés':*

CATHEiiiNE. Et c' n'est pas le seul malheur que vous ayez à vous reprocher! Vous aviez ai'porlé la honte dans c'te famille, et chez nous autres, pauvies gens qui n avons que l'honneur pour nous aider à vivre, chez nous autres la home moissonne vile, allez! Marie avait vu mourir son père et sa mère ; chacun s'était éloigné d'elle avec horreur , et un jour xint où la réprobation fut si grande, où l'insulte fut si grossière, que le mari d»' sa sœur se baltit pour elle... et le lemleniHin , il .se trouvait dans le vilhge trois en fanis sans ressources, trois orphelins, auxquels vous aviez loiit enlevé, et qui avaient bien ledroit de vous demander du pain. C'est pour ça , monsieur le comte, que je les ai amenés dans votre mai.»on... j'ai voulu qu'ils y demeurent, j'ai voulu que vot'fortnnedevienne la leur ; je vous les ai imposés, eu m' di.sant que tout ce que vous feriez pour eux ça n'serait pas une aumône, mais une réparation!...

i.E Co.MTE Eux!... les neveux de Marie!... mais vous Us appelez aussi vos neveux, vous, Catherine?...

CATHERINE. Catherine!... Ehl je le sais , monsieur . depuis votre lâche abandon, mes traits se fonl elfacés de voire souvenir... Je suis Marie Raymond !..

LE COMTE. Marie! loi, Marie, que j'ai rendue si malheurense, et i;uias voulu oiuurir! O.i! pardonne-moi , pardonne-moil

CATHERINE. Le ciel n'a pas accepté le .sacrifice (le cette vie maudite I tl il m'a fiapp'^e dans mon enfant. Ah! je l'ai chercha! bien hdiglemps! je l'ai bien loutiloinps pleuré i... il était mort , mort par la faute de >a mère; voilà pimrquoi en enlianldans cette demeure, je nie suis cachée sons un faux nom... car si je vous ava sdit: c'est moi, je s'us Marie Raymond... vous m'auriez demandé : iMarie, qu'as tu fait de mon Dis?

i.K coMiE. J.- l'aurais dit: Mnrie, tu me pardouueras mou crime et tes souÎTraiicei

PARIS ET LA BA^LIEUE

passives... car l'enfant que tu as tant pleuré, je l'ai j-auvé, tnoi , et je puis te le ren Ire...

CATHiiRLMi. Me le rendre!... se peut-il, grand Dieu I

LE C0M1E. Et tu l'as vu déjà... et ton cœur a été prévenu en sa faveur, et tu t'es sentie prête à l'aimer.

CATHERINE, l.ui!... F'éfléric! .. .

LECOMi'E. c'est ton fils!...

c^THEUiNE. Mon fils!... Et cette lettre! non ! nou, ce n'est pas mon fils!

LE C(jM1e, lui prennvi les mains. C'est ton fils, te dis-je ^ rtcueilli il y a vingt ans par Pascal. .

CATHERINE, avec horreur et se débattant. Mais non , non!... laissez moi ! laissez moi!

LE COMTE, lui serrant toujours les mains. Mais caliuf-toi donc, triais éroiite-uioi donc, Marie, c'est ion fils dont j'ai soigné l'enfance, ion fils que j'ai f^ii élever , ton fils. ..

CATHERiiNE. Mon fils qic l'on lue, enten-

i dez-vous! mon fils que l'on tue en ce moment...

j JE COMTE. Mon fils que l'on tue!... Oh!

i tu es en délire.

CATHERl^E, se dégageant. Mais laissezmoi donc pirlir!... je ne suis pas folle !... tenez! li^ez! lisez!...

Elle lui donne la lettre. Le Comte lit, arrive au passage où l'on annonce le meurtre de son ^nfant, et pousse un cri eioiitlé.

CATHERINE. Oh ! je le sauverai l LE COMTE. Ah ! et dans deux heures il sera mort!... Frédéric!., mon eufani!,.. n)on...

Il tombe.

CATHERINE , poussant un cri. Oh I je le sauverai; mon Dieu!... lui ici... et là bas... [Elle sonneviolemmentet revient au Comte. Les d'>mesiiques sont entrés et s'empressent autour du 6'om/e.)Oh! mon enfant! mou enfant d'abord !

Elle sort avec précipilatioo.

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ACri: CINQUIEME.

HcuDume 'Eableau.

Le bois de Vincennes.

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